Le parc hôtelier littoral algérien franchit un cap symbolique cet été : avec l’entrée en service de 39 nouvelles structures, il totalise désormais 104.000 lits répartis sur 901 établissements. Un bond qualitatif, selon la ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Houria Meddahi, qui fixe un objectif encore plus ambitieux à l’horizon 2029, celui d’atteindre 220.000 lits, adossés à une transition numérique déjà bien engagée : 70 % des établissements des wilayas côtières ont automatisé leurs procédures de réservation et de paiement électronique.
Par K. Boukhalfa
C’est depuis la plage Caroubier d’Azeffoun, dans la wilaya de Tizi Ouzou, que la saison estivale 2026 a été officiellement lancée ce dimanche, sous la présidence du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, en présence du ministre des Travaux publics, Abdelkader Djellaoui, et du directeur général de la Protection civile, le colonel Boualem Boughelaf.
Le choix de Tizi Ouzou n’est pas anodin. La ministre Meddahi l’a présenté comme une « reconnaissance de ses potentialités touristiques exceptionnelles », inscrivant ce rendez-vous dans une lecture stratégique : « Ce n’est pas une simple occasion de divertissement, mais une étape à travers laquelle nous traduisons la vision du président Tebboune de modernisation et de compétitivité de la destination Algérie ».
Sur le plan réglementaire, l’été 2026 marque l’application rigoureuse de la gratuité totale d’accès aux plages, avec un plafonnement des concessions à 30 % de la surface de chaque plage, garantissant 70 % d’accès public libre sur les 470 plages autorisées à la baignade.
L’hébergement chez l’habitant fait également l’objet d’une régulation formalisée. À Tizi Ouzou, le tissu artisanal local, fort de plus de 17.000 inscrits, est présenté comme un pilier du concept de « tourisme intégré », couvrant thermalisme, camping forestier et tourisme de montagne sur toute l’année.
Toutefois, ces avancées ne doivent pas occulter un constat que les économistes formulent sans détour : le tourisme ne contribue qu’à hauteur de 3 % du PIB algérien.
Ouali Yakoub, enseignant-chercheur à l’Université M’hamed Bougara de Boumerdès, le rappelait en avril dernier, chiffres à l’appui : en 2025, l’Algérie a accueilli 3,5 millions de touristes étrangers, dont 1,5 million dans le seul Grand Sud. Des flux encore loin des ambitions présidentielles annoncées à l’investiture : 10 millions de touristes étrangers et une contribution de 10 % au PIB d’ici 2030.
Pour rappel, le « Tourism Development Master Plan 2030 » vise 12 millions de visiteurs étrangers d’ici à cette échéance, puis 14 millions en 2035, à la faveur d’investissements massifs dans les infrastructures, la restauration de sites historiques, la construction de milliers d’hôtels et la simplification des procédures de visa.
D’ailleurs, à fin juin 2025, plus de 2.000 projets touristiques avaient été approuvés, dont quelque 800 en cours de réalisation, avec un objectif de porter la capacité nationale à 255.850 lits et de créer plus de 100.000 emplois.
Le tourisme saharien s’impose comme un axe prioritaire : festivals, visas à l’arrivée dans le Sud et ouverture de liaisons aériennes directes ont permis d’enregistrer plus de 16.000 visiteurs étrangers dans les régions désertiques en 2024.
Sur le plan législatif, la révision de la loi n° 03-02 de 2003, finalisée début 2025 et adoptée par l’Assemblée le 23 juin de la même année, vient compléter ce dispositif en professionnalisant le cadre d’exercice et en imposant un plan d’aménagement obligatoire pour chaque plage autorisée, incluant accès piétons, zones d’activités et aménagements pour personnes à mobilité réduite.
L’équation reste donc ouverte : les outils juridiques, les ambitions chiffrées et les premières réalisations sont là. Reste à transformer l’essai en faisant du tourisme ce levier de diversification économique que les autorités appellent de leurs vœux et que le potentiel naturel, culturel et saharien du pays rend tout à fait atteignable.
K. B.





