Alger, Algérie

mercredi 22 juillet 2026 00:52

Données personnelles : matière première de l’IA

Organisation mondiale de l’intelligence artificielle : L’Algérie signe l’accord fondateur

La Haut-Commissaire à la Numérisation, Meriem Benmouloud, a signé, jeudi dernier à Shanghai, au nom de l'Algérie, l'accord portant création d'une nouvelle organisation intergouvernementale consacrée à l'intelligence artificielle. Une adhésion qui positionne le pays comme membre fondateur aux côtés de vingt-huit autres Etats, en pleine rivalité sino-américaine sur la gouvernance de cette technologie.

Talia Ait Larbi

Correspondant

En effet, vingt-neuf Etats ont signé cet accord fondateur, en présence du secrétaire général des Nations unies, António Guterres. La signature a précédé l’ouverture de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC), qui réunit à Shanghai, du 17 au 20 juillet, chercheurs, industriels et responsables gouvernementaux du monde entier.

L’Algérie a signé cet accord via sa Haut-Commissaire à la Numérisation, Meriem Benmouloud, mandatée par le président Tebboune, et figure parmi les membres fondateurs de cette organisation.

Le projet remonte à juillet de l’année dernière, quand le premier ministre chinois Li Qiang avait annoncé, lors de l’édition précédente de la même conférence, la création d’une organisation mondiale de coopération sur l’intelligence artificielle, siège prévu à Shanghai, assortie d’un plan d’action en treize points bâti autour de six principes, dont le respect de la souveraineté des Etats, la sécurité des systèmes et une coopération technologique ouverte. Un an plus tard, cette annonce s’est concrétisée par un texte juridique international engageant formellement les Etats signataires.

Présentée comme la première organisation intergouvernementale entièrement consacrée à l’intelligence artificielle, la nouvelle structure entend jouer un rôle comparable à celui de l’Organisation mondiale de la santé pour la santé publique ou de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour le nucléaire civil, en devenant un cadre permanent de concertation entre Etats sur la sécurité des systèmes, l’harmonisation des standards techniques et la prévention des dérives, discrimination algorithmique ou désinformation de masse.

Ses statuts précis et l’étendue réelle de son pouvoir normatif, capacité à certifier des systèmes ou simple rôle consultatif, n’ont pas encore été rendus publics dans le détail.

Intégration numérique

Pour l’Algérie, cette adhésion s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années autour de la souveraineté numérique. Le Haut-Commissariat à la Numérisation avait signé, en avril dernier, un protocole d’accord avec le consortium chinois Huawei portant sur la création de deux centres de données nationaux, à Alger et à Blida.

La participation à la nouvelle organisation prolonge cette orientation, en donnant à l’Algérie un accès direct aux discussions qui définiront les futures normes internationales de gouvernance de l’intelligence artificielle.

La signature intervient dans un climat de confrontation technologique assumée entre Pékin et Washington. Lors du discours d’ouverture de la conférence, le président chinois Xi Jinping a dénoncé, sans nommer directement les Etats-Unis, l’usage étendu de la notion de sécurité nationale par certains pays pour restreindre l’accès d’autres nations aux technologies avancées, une allusion aux contrôles américains sur l’exportation de semi-conducteurs de pointe.

Ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis, ni le Royaume-Uni ne figurent parmi les vingt-neuf signataires, ce qui dessine, dès sa création, une ligne de partage entre deux approches concurrentes de la régulation mondiale de l’intelligence artificielle.

Intégrer une organisation encore en construction représente bien plus qu’un symbole diplomatique pour l’Algérie. Cela lui permet de peser, dès la phase de définition des statuts, sur les règles qui structureront l’économie numérique mondiale des prochaines décennies, au moment où chaque grand bloc régional avance déjà ses propres normes.

La nature exacte des engagements souscrits et le calendrier de mise en œuvre côté algérien devront toutefois être précisés dans les prochaines semaines.

T. A. L.

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