Située dans la région Centre-nord du pays, la wilaya de Bouira s’étale sur une superficie de près de 4500 km², allant des étages bioclimatiques humide et subhumide du Djurdjura jusqu’au climat pré-aride de la steppe hodnéenne, formée de terrains pastoraux et faisant partie du couloir des Hauts Plateaux. Au milieu, trône la plaine centrale, à vocation agricole, appelée plaine de Hamza, allant des Aribs (Bir Ghebalou-Aïn Bessam) jusqu’à la plaine de la haute Soummam (El Esnam).
Par Amar Nait Messaoud
La diversité écologique du territoire de la wilaya a engendré naturellement la diversité des vocations des terres et des systèmes de production.
Si la partie septentrionale développe une vocation de la montagne (arboriculture, forêts, tourisme, artisanat), la région sud est portée principalement sur l’élevage extensif des ovins et la céréaliculture vivrière. La grande production céréalière revient principalement à la plaine de Hamza.
Mais, la diversité de la production agricole a prévalu au cours des trois dernières décennies, faisant émerger les filières importantes, à l’image de la pomme de terre, de l’oléiculture qui s’étend à des espaces autres que ceux du piémont du Djurdjura, ainsi que la filière des viandes blanches.
La forêt occupe 26 % de la superficie globale de la wilaya, soit 112 250 ha, répartis sur les massifs du Djurdjura (dont une partie constitue un Parc national), des Bibans, de l’Atlas blidéen et du Titteri‑Hodna. Néanmoins, un déséquilibre est perceptible dans cette répartition du fait que la région sud, à vocation pastorale, demeure majoritairement sans couverture forestière.
Pire que cela, la matière première du pastoralisme ovin, à savoir le couvert végétal qui constitue le fourrage naturel, a été gravement affectée par la dégradation et le recul de sa consistance spatiale, en raison de la surcharge pastorale (nombre excessif de têtes ovines par rapport au rythme de régénération des fourrages) et des changements climatiques de ces dernières années.
C’est ce couloir latitudinal, allant de la commune de Taguedite jusqu’à la commune de Ridane, que les pouvoirs publics, à travers principalement l’administration des forêts, ont classé comme front de la lutte contre la désertification, et ce depuis les années 1970, lorsque le premier projet du Barrage vert a été lancé.
Autrement dit, les plus grands efforts de verdissement, de réinstallation du couvert végétal, de reforestation, de travaux de restauration des sols, de protection de la biodiversité et de réhabilitation des zones pastorales ont été déployés dans cette zone laquelle, administrativement, relève de deux daïras : Sour El Ghozlane et Bordj Okhriss.
Ce territoire du sud de la wilaya, en limite avec les wilayas de M’sila et Médéa, occupe presque 20 % de la superficie de la wilaya. Une partie de ce territoire, soit une superficie de 95 000 hectares, est classée comme périmètre du Barrage vert.
Les travaux de lutte contre la désertification ont été initiés dès les premières années de l’Indépendance sur ce «front» sous plusieurs intitulés : Chantiers populaires de reboisements (CPR), Grands travaux, premier projet de Barrage vert, Projet d’emploi rural (en cofinancement avec la Banque mondiale), les projets de proximité de développement rural intégré (PPDRI), la Ceinture oléicole, etc.
Plusieurs institutions publiques se sont impliquées dans ces programmes : administration des forêts, direction de l’agriculture, Haut commissariat au développement de la steppe (HCDS), etc.
Typologie innovante
De ces programmes de lutte contre la désertification menés sur ce couloir naturel spécifique depuis plus d’un demi‑siècle, des leçons ont été tirées par les techniciens et cadres du terrain sur l’éventail de solutions qui peuvent contribuer à entretenir, consolider et étendre les ouvrages et les travaux de la lutte contre la désertification.
C’est là un des axes de réflexion auxquels renvoie l’étude sur la réhabilitation et l’extension du Barrage vert réalisée par le Bureau national des études de développement rural (Bneder) en 2016.
Depuis 2023, le deuxième projet du Barrage vert a été lancé avec tous les enseignements issus des différents projets menés jusque‑là.
La diversification des espèces de plantation, une meilleure maîtrise des périmètres prioritaires d’intervention, la prise en compte des besoins immédiats des éleveurs en matière de nouvelle offre fourragère (plantation d’espèces pastorales qui ont enregistré une grande réussite), la poursuite des plantations fruitières, principalement l’olivier, la prise en charge des travaux de la petite hydraulique (sources, forages,…), les travaux de désenclavement des périmètres des travaux et bourgades et exploitations agricoles, toutes ces actions, combinées sur le même territoire, offrent une typologie innovante d’intervention sur les territoires menacés par la désertification.
Elle permet une meilleure intégration des populations au projet et offre de plus grandes garanties de la réussite et de la durabilité des ouvrages.
L’impact environnemental et socio‑économique de la lutte contre la désertification fera, dans une deuxième étape, l’objet d’une évaluation qui permettra, par ricochet, d’évaluer la pertinence et l’efficacité des politiques publiques dédiées à la réhabilitation des espaces ruraux.
A. N. M.





