Alger, Algérie

mercredi 22 juillet 2026 00:12

Le prix moyen du Brent à 73 USD en 2025

L’économie au bout du baril

À l'heure où les chancelleries occidentales scrutent leurs cadrans monétaires avec une fébrilité d'apothicaire, le Sud Global dessine les contours d'une résilience qui ne doit plus rien au hasard. Entre le vertige des dettes du Nord et l'affirmation souveraine des nations émergentes, cette semaine du 13 au 18 avril 2026 marque un point de bascule. Maintenant, et plus que jamais, la géopolitique de l'énergie et la rigueur macroéconomique dictent leur loi au tumulte des marchés. Plongée dans une actualité où le pragmatisme l'emporte sur l'incertitude.

Eco Times

Correspondant

À l’heure où les chancelleries occidentales scrutent leurs cadrans monétaires avec une fébrilité d’apothicaire, le Sud Global dessine les contours d’une résilience qui ne doit plus rien au hasard. Entre le vertige des dettes du Nord et l’affirmation souveraine des nations émergentes, cette semaine du 13 au 18 avril 2026 marque un point de bascule. Maintenant, et plus que jamais, la géopolitique de l’énergie et la rigueur macroéconomique dictent leur loi au tumulte des marchés. Plongée dans une actualité où le pragmatisme l’emporte sur l’incertitude.

Par Lyazid Khaber

Le monde est un funambule distrait. En ce dimanche 19 avril 2026, l’économie planétaire tente de traverser un ravin abyssal avec une chaussure délacée. À Washington, les «réunions de printemps» du FMI et de la Banque mondiale ont troqué leurs dossiers techniques pour des boules de cristal opaques.

Comme disait Sénèque : «il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va». Une formule qui va bien à ce qu’on vit en ce moment. Car derrière le marbre des institutions, la maîtrise n’est qu’une façade fragile.

Désormais, c’est le baril de pétrole qui dicte le tempo de chaque battement de cils diplomatique. Dans ce théâtre d’ombres chinoises, la géopolitique a définitivement pris le volant, laissant les certitudes au fossé.

Le tango amer de la stagflation

C’est précisément dans ce brouillard que l’Occident redécouvre une vérité cruelle. Celle qui fait que l’argent a un prix, et l’illusion a une fin. Oui, aux États‑Unis, par exemple, la croissance nargue encore l’Europe avec une superbe insolente.

Mais, faut‑il en convenir, il ne s’agit là que d’un sourire de façade qui cache mal une angoisse rampante. La gesticulation trumpiste ne sert au final que pour amuser la galerie. De l’autre côté du rideau, l’inflation américaine refuse de plier bagage.

Elle s’incruste comme un invité indésirable qui vide le buffet national. Ce paradoxe du dollar, puissant mais dévoré de l’intérieur par une fièvre tenace, illustre bien l’impuissance des taux d’intérêt à refroidir les ardeurs des prix alors que le Brent a flirté cette semaine avec les 95 dollars.

Ainsi, et pendant que Washington s’essouffle, le Vieux Continent sombre dans une léthargie poliment nommée « croissance modérée ». Avec une prévision de 1,1 % pour la zone euro, le compte est loin d’être bon. Toutefois, la BCE tente de nous convaincre du contraire. Selon elle, l’horizon s’éclaircit ! Au même moment, l’orage gronde sur les indices manufacturiers.

C’est qu’a résumé d’ailleurs, Pierre‑Olivier Gourinchas, l’économiste en chef du FMI, qui, avec le tact d’un naufragé élégant, estime que « Les politiques doivent être agiles ». Une manière très académique de nous dire que l’on navigue à vue dans un choc stagflationniste aggravé par les menaces sur le détroit d’Ormuz.

Sur le ring de la souveraineté

À l’opposé de cette dérive, le Sud Global observe le spectacle avec le flegme des vieux sages, conscient que l’embellie apparente cache des chantiers colossaux.

Certes, l’Afrique subsaharienne affiche une croissance encourageante de 4,1 %, mais ce chiffre en trompe‑l’œil ne doit pas occulter cette réalité brutale qui fait que le «diable» se niche dans le remboursement d’une dette étouffante qui dévore les budgets.

La solution ne peut être qu’africaine. Car à Washington, les créanciers internationaux dissèquent la «viabilité» financière des pays pauvres avec la froideur clinique d’un médecin légiste, sans s’émouvoir du poids social de leurs calculs.

Ce manque d’empathie est d’autant plus périlleux que l’économie est aujourd’hui percutée par la guerre en Iran. Cet élément qui s’ajoute au chambardement déjà enclenché depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, porte un coup fatal à la stabilité.

En effet, cette guerre désorganise les routes commerciales et fait grimper les coûts de transport. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les équilibres globaux et les économies des pays du Sud.

Face à cette indifférence des institutions et aux chocs extérieurs, la souveraineté économique est devenue le nouveau cri de guerre des pays du Sud. Désormais, le ton a changé : «on ne demande plus l’aumône ou des leçons de bonne gouvernance, mais des infrastructures concrètes, des ponts et des usines pour bâtir une autonomie réelle».

Car après tout, et comme le répétait souvent l’humoriste français Pierre Dac : «si tu ne sais pas qui tu es, n’importe qui peut te nommer».

Algérie, ou l’Art de tirer son pétrole du jeu

Au milieu de ces turbulences, l’Algérie ne joue pas les pivots de parade, mais peaufine une trajectoire de contournement plutôt efficace. Les chiffres du FMI viennent de tomber, et le verdict est sans appel : la croissance nationale est revue à la hausse à 3,8 % pour 2026, contre les 2,9 % anticipés.

Ce bond de 0,9 point n’est pas qu’un simple ajustement comptable, c’est la reconnaissance même d’une dynamique qui parvient à s’extraire de la morosité planétaire.

Cette résilience se manifeste par plusieurs paramètres à prendre en ligne de compte. D’abord une maîtrise plus affirmée de l’inflation et puis, une diversification qui commence à porter ses fruits. Alger ne se contente plus de gérer sa rente, comme certains esprits retournés peuvent le prétendre.

Au contraire, l’Algérie qui marque des points éloquents sur le plan diplomatique, avec notamment la réception cette semaine de la visite du Pape Léon XIV, envoie un message clair et sans ambages à ses partenaires, notamment européens. Elle capitalise ainsi sur sa position de fournisseur fiable pour sécuriser des partenariats stratégiques.

Tandis que le pétrole joue au yo‑yo au gré des annonces de cessez‑le‑feu ou de frappes au Moyen‑Orient, le pays affiche un solde du compte courant en nette amélioration, passant d’un déficit de 7,7 milliards en 2025 à 1,2 milliard de dollars en 2026.

Ces chiffres proviennent du dernier rapport sur les Perspectives de l’économie mondiale (World Economic Outlook) publié par le Fonds Monétaire International (FMI) en ce mois d’avril 2026, confirmant l’amélioration des revenus issus des exportations d’hydrocarbures, couplée à une gestion budgétaire rigoureuse.

Ainsi, et en ajustant ses voiles aux vents contraires, le pays évite l’écueil de la stagnation monétaire qui paralyse ses voisins importateurs.

Le verdict du dimanche

En définitive, il est indéniable que le monde entre dans l’ère du « sauve‑qui‑peut structuré ». L’élégance consiste désormais à ne pas paniquer quand le voisin s’affole. Tandis que l’Occident hésite entre baisser les taux ou augmenter les doses d’optimisme, les nations qui ont su préserver leur autonomie stratégique ramassent les mises.

La résilience n’est donc plus un concept de séminaire pour technocrates. C’est une armure. Et cette armure, cette semaine, semble plus que jamais forgée dans le fer de la souveraineté.

L. K.

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