Alger, Algérie

mercredi 22 juillet 2026 02:23

La Banque d’Algérie renforce son dispositif «Connaissance du Client» : Une réforme bancaire au cœur de la transparence financière

La Banque d’Algérie renforce son dispositif «Connaissance du Client» : Une réforme bancaire au cœur de la transparence financière

Le secteur bancaire et financier algérien franchit un tournant décisif. Réunis lundi à Alger lors d’une journée d’étude organisée par la Banque d’Algérie, ministres, gouverneurs de banques et responsables d’institutions financières ont planché sur la mise en œuvre de l’instruction n° 04-2026 du 30 avril 2026, relative à la connaissance du client, mieux connue sous son acronyme anglais KYC (Know Your Customer). Une directive qui ambitionne de transformer en profondeur les pratiques bancaires nationales et de doter le pays d’un système financier plus transparent, plus sûr et davantage intégré dans les standards internationaux.

Eco Times

Correspondant

Le secteur bancaire et financier algérien franchit un tournant décisif. Réunis lundi à Alger lors d’une journée d’étude organisée par la Banque d’Algérie, ministres, gouverneurs de banques et responsables d’institutions financières ont planché sur la mise en œuvre de l’instruction n° 04-2026 du 30 avril 2026, relative à la connaissance du client, mieux connue sous son acronyme anglais KYC (Know Your Customer). Une directive qui ambitionne de transformer en profondeur les pratiques bancaires nationales et de doter le pays d’un système financier plus transparent, plus sûr et davantage intégré dans les standards internationaux.

Par Sofiane Idiri

Le KYC désigne l’ensemble des procédures par lesquelles une institution financière vérifie et documente l’identité de ses clients, la nature de leurs activités et l’origine de leurs fonds. Loin d’être une simple formalité administrative, ce dispositif constitue l’un des piliers fondamentaux de la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

À l’échelle mondiale, les organismes de régulation, du Groupe d’action financière (GAFI) aux banques centrales des grandes économies considèrent le KYC comme un prérequis incontournable à toute intégration dans le système financier international.

Pour l’Algérie, dont les ambitions de diversification économique ne cessent de croître, l’adoption d’un cadre KYC solide n’est plus une option, mais une nécessité stratégique.

La nouvelle instruction s’inscrit dans la continuité du règlement n° 24-03 du 24 juillet 2024 relatif à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme, dont elle constitue le bras opérationnel.

Ce que prévoit concrètement la directive

Selon l’instruction 04-2026, toute institution assujettie est tenue, avant l’entrée en relation d’affaires et tout au long de celle-ci, d’identifier et de vérifier l’identité de ses clients. Cette obligation s’étend au client habituel comme au client occasionnel, à son représentant légal, à toute personne agissant en son nom, ainsi qu’aux bénéficiaires effectifs de l’opération.

Concrètement, les banques devront établir un dossier client complet permettant de connaître non seulement l’identité et l’adresse du titulaire, mais aussi la nature et la finalité de la relation d’affaires.

L’objectif est d’établir un profil de risque pour chaque client, afin de détecter les comportements financiers suspects et d’y réagir à temps.

Bouzred : mobiliser les agences bancaires au service du citoyen

Prenant la parole lors de cette journée, le ministre des Finances, Bouzred, a insisté sur le rôle central que devront jouer les réseaux bancaires dans la mise en œuvre de cette réforme.

Il a rappelé que ce sont les agences bancaires qui sont en contact direct avec les citoyens et les opérateurs économiques, et qu’elles sont donc en première ligne pour expliquer et appliquer les nouvelles procédures.

Le ministre a également souligné que la directive KYC s’inscrit dans le cadre des dispositions de la loi de finances 2026, en particulier celles relatives à la régularisation volontaire de la situation fiscale des opérateurs économiques.

Un impact transversal : commerce, fiscalité et économie informelle

La portée de cette réforme dépasse largement le seul cadre bancaire. Le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, a rappelé le travail d’assainissement du registre du commerce mené conjointement avec l’ABEF, les douanes et la Banque d’Algérie : plus de 43 000 registres du commerce ont été épurés en 2020 et 2021, permettant de suspendre plus de 12 000 registres fictifs liés à des comptes bancaires.

Les nouvelles mesures, selon lui, amplifieront cet effort en apportant davantage de transparence aux transactions commerciales et financières.

La ministre du Commerce intérieur, Amal Abdelatif, a quant à elle mis en avant la dimension inclusive du dispositif : le KYC représente une opportunité concrète pour les opérateurs de l’économie informelle de rejoindre le circuit officiel, de régulariser leur situation fiscale et d’accéder pleinement aux services financiers formels.

Un déploiement progressif pour un défi d’envergure nationale

Le ministre des Postes et Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a mis en relief l’ampleur du défi logistique : avec plus de 30 millions de comptes bancaires et financiers en Algérie, le déploiement du KYC exige une approche progressive et graduée, tenant compte des capacités réelles des banques et de la nécessité de préparer leurs agences à accueillir un afflux important de clients et de dépôts.

Au-delà des enjeux internes, l’adoption rigoureuse du KYC envoie un signal fort aux partenaires financiers et aux investisseurs étrangers.

En se conformant aux normes internationales de diligence raisonnable, l’Algérie renforce sa crédibilité sur la scène financière mondiale, condition indispensable pour fluidifier ses échanges commerciaux extérieurs et attirer les capitaux dont son économie a besoin.

S. I.

Lire le journal

Lisez l’édition du jour en ligne facilement.

Newsletter Finances

Recevez chaque matin l’essentiel de l’actualité du domaine.