Alger, Algérie

mercredi 22 juillet 2026 00:50

Hydrogène vert, solaire, et fiscalité : Le virage que l’Algérie ne doit pas rater

Hydrogène vert, solaire, et fiscalité : Le virage que l’Algérie ne doit pas rater

Invité hier sur les ondes de la Chaîne 3, le directeur général de Green Energy Cluster Algeria, M. Boukhalfa Yaici a livré une analyse dense et chiffrée des enjeux énergétiques auxquels fait face l'Algérie, entre opportunités européennes, ambitions industrielles et impératifs réglementaires.

Eco Times

Correspondant

Invité hier sur les ondes de la Chaîne 3, le directeur général de Green Energy Cluster Algeria, M. Boukhalfa Yaici a livré une analyse dense et chiffrée des enjeux énergétiques auxquels fait face l’Algérie, entre opportunités européennes, ambitions industrielles et impératifs réglementaires.

Par K. Boukhalfa

L’initiative TMED de la Commission européenne, dotée d’une enveloppe pouvant atteindre 25 milliards d’euros pour les énergies renouvelables en Méditerranée, ne laisse pas Boukhalfa Yaici indifférent. Pour le directeur général de Green Energy Cluster Algeria, ce mécanisme représente bien plus qu’un simple signal politique de Bruxelles : c’est une opportunité concrète de lever les obstacles qui freinent depuis des années les grands investissements européens dans la région.

«L’Algérie a toujours manifesté son intérêt pour des projets de grande ampleur comme le South H2 Corridor dans le domaine de l’hydrogène vert, mais aussi dans le domaine de l’électricité comme le projet MEDRING », a-t-il rappelé, avant d’insister sur la nature gagnant-gagnant de cette coopération.

L’Europe sécurise une énergie verte décarbonée. L’Algérie, elle, développe une base industrielle locale, génère des emplois et enclenche une montée en gamme économique. Et c’est précisément sur ce fait que M. Yaici a insisté avec le plus de conviction. L’Algérie ne saurait se contenter d’exporter des ressources brutes. La vocation est ailleurs : transformer sur place, et exporter de la valeur ajoutée.

D’ailleurs, l’exemple de l’hydrogène vert est évocateur. Un kilogramme produit en Algérie intègre environ 70 % d’énergie locale (solaire et éolienne), ce qui fait de la chaîne de valeur un levier industriel puissant. «Au lieu d’extraire une matière première comme le minerai de fer, on peut la transformer en acier vert et l’exporter vers l’Union européenne », a-t-il indiqué, tout en soulignant que des véhicules fabriqués en Europe pourraient ainsi intégrer de l’acier produit en Algérie avec une empreinte carbone réduite.

L’horizon 2030 donne la mesure de l’ambition : 950.000 emplois à créer dans ce secteur, selon les projections avancées par le responsable. Concernant le projet South H2 Corridor, Yaici a souligné qu’il figure au cœur de cette stratégie d’exportation.

Le responsable y voit une réponse pragmatique à l’éternelle question du transport des énergies renouvelables entre l’Afrique du Nord et l’Europe, un obstacle qui a longtemps bloqué les coopérations dans ce domaine. Mais la condition préalable est exigeante : ramener le coût de l’électricité verte de 5 centimes de dollar le kilowattheure aujourd’hui à 1,5 ou 2 centimes.

Pour y parvenir, il faut maintenir la dynamique du programme 15.000 MW, finaliser la première tranche de 3.200 MW déjà en cours, et surtout lancer le prochain round de 3.000 MW sans discontinuité. « On ne doit pas s’arrêter comme cela se faisait par le passé », a-t-il averti, en allusion aux séquences d’inaction qui ont dans le passé asséché les compétences et rendu obsolètes les équipements.

Sur le plan de la politique fiscale intérieure, Boukhalfa Yaici salue une première dans l’histoire budgétaire algérienne : quatre articles de la loi de finances 2026 sont consacrés à la transition énergétique. Parmi eux, une réduction des droits de douane à 5 % pour les fabricants de panneaux solaires, la suppression des droits de douane sur les électrolyseurs, et un dispositif fiscal permettant aux entreprises investissant dans les énergies vertes de déduire jusqu’à 5 % de leurs impôts dus.

Mais ce dernier mécanisme, dit article 103, souffre selon l’intervenant d’un double défaut. D’abord, son seuil de 5 % favorise mécaniquement les grandes entreprises, laissant les PME sur le côté. Ensuite aucun texte d’application n’a encore été publié. Les entreprises ne savent ni à qui s’adresser, ni comment activer le dispositif.

« Sur le papier, c’est très intéressant. Manque aujourd’hui la mise en application », résume M. Yaici. Dans le même sillage, l’intervenant a indiqué que Green Energy Cluster Algeria a rencontré en avril dernier le ministre des Énergies renouvelables pour formuler des propositions concrètes, notamment une révision à la hausse du plafond de déduction — jusqu’à 30 % — dans le cadre de la prochaine loi de finances 2027, le tout corrélé à un taux de contenu local.

Une simulation réalisée sur 785 entreprises grandes consommatrices d’électricité révèle que ce mécanisme renforcé générerait un marché de 2,4 GW de capacité solaire, permettrait d’économiser environ 1 milliard de mètres cubes de gaz naturel, et dégagerait quelque 4 milliards de dollars de revenus supplémentaires à l’exportation.

Par ailleurs, le chiffre le plus frappant de l’intervention reste celui-ci : pour chaque dinar que l’État consent à l’industriel dans le cadre de ce mécanisme fiscal, il en récupère 18,3 sous forme d’impôts, de taxes et de recettes induites (fabricants de panneaux, installateurs, prestataires de services), l’ensemble de l’écosystème étant mobilisé.

C’est précisément ce raisonnement que Yaici entend défendre lors d’une journée nationale réunissant l’ensemble des parties prenantes, déjà validée dans son principe par le ministère. L’objectif : transformer un article de loi en dynamique de marché, et inciter les opérateurs privés à prendre le relais d’un État qui ne peut indéfiniment porter seul le poids de la transition énergétique.

K. B.

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