Après tant d’années d’attente, le rêve devient réalité pour la mine de fer de « Gara Djebilet » à Tindouf. En effet, ce projet stratégique sera opérationnel dès le début du premier trimestre 2026. L’annonce a été faite par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors d’une réunion du Conseil des ministres tenue avant-hier à Alger.
Par Akrem R.
A travers le lancement de l’exploitation industrielle de cette mine riche en fer, l’Algérie se prépare à franchir une nouvelle étape dans son parcours vers le renouveau économique et la diversification de son économie, encore dépendante à plus de 90 % des hydrocarbures.
Depuis son arrivée au Palais d’El Mouradia, le président Tebboune s’est engagé dans la diversification de l’économie nationale et l’exploitation des diverses richesses naturelles du pays, dont notamment les mines, en ressuscitant ce projet de Gara Djebilet programmé dans les années 70 mais jamais abouti.
Des instructions fermes ont donc été données au gouvernement pour l’accélération des travaux de ce projet historique, sous sa supervision directe, afin de relever le défi de l’exploitation de Gara Djebilet qui aura des retombées positives sur l’économie nationale, incarnant la nouvelle orientation algérienne consacrant le principe de souveraineté économique et la diversification des ressources hors hydrocarbures.
Lors de cette réunion, le président de la République a également donné des instructions fermes pour «redoubler d’efforts, autant que faire se peut, étant donné qu’il ne reste pas beaucoup pour que ce projet stratégique voie le jour, dans toutes ses sections et structures».
Cette orientation confirme l’attachement du président de la République à la concrétisation de ce mégaprojet, d’un investissement entre 12 et 15 milliards de dollars, qui aura un effet visible sur l’économie nationale à partir de 2029 et 2030, en augmentant les exportations hors hydrocarbures et la satisfaction de la demande locale, ainsi que la création d’environ 15 000 emplois directs et 5 000 autres indirects.
Un chiffre d’affaires de près de 4 milliards de dollars attendu
Classé deuxième mondial en termes de réserves, avec 3,5 milliards de tonnes, dont 1,7 milliard exploitables, le gisement de fer de Gara Djebilet symbolise un nouveau chapitre dans l’histoire industrielle du pays, qui pourrait bien changer la donne à long terme. Il est d’ailleurs perçu comme étant une bouffée d’oxygène pour l’économie nationale en pleine mutation.
Selon les estimations, il devrait générer un chiffre d’affaires de près de 4 milliards de dollars pour une exportation de 30 millions de tonnes de minerai, avec un profit net estimé à près d’un milliard de dollars pour le pays, et cela après déduction des charges et du partage avec les partenaires étrangers.
Selon des experts, la rentabilité de la mine de Gara Djebilet dépend des cours mondiaux du fer brut, des coûts d’exploitation, du transport, des coûts environnementaux et des bénéfices partagés avec les partenaires étrangers selon la règle des 49/51 %.
En interne, ce projet stratégique va répondre à la demande croissante en matière première minière, notamment les trois grandes usines de la sidérurgie, à savoir Tosyali à Oran, le complexe sidérurgique de Jijel «Algerian Qatari Steel» et enfin celui d’Annaba.
En effet, il est attendu la substitution des importations algériennes en la matière, chiffrées à près de 2 milliards de dollars par an. Il est à rappeler que des investissements colossaux ont été consentis ces dernières années pour la réalisation d’une infrastructure adéquate en eau, en transport ferroviaire et en énergie.
Ainsi, pour une meilleure valorisation des richesses minières en interne, des usines de transformation seront réalisées dans les régions de Tindouf, Bechar et Naâma.
Si le Groupe Sonarem a annoncé la réception de la première unité de traitement primaire du minerai de fer de la mine de Gara Djebilet (Tindouf) à la fin avril 2026, d’une capacité de 4 millions de tonnes par an, cette installation permettra le concassage, le criblage et la séparation à sec du minerai, avec un taux de récupération supérieur à 85 %, le Conseil des ministres a approuvé la création de nouvelles usines de traitement du minerai de fer dans trois wilayas.
Le président de la République a, à cet égard, ordonné de «faire en sorte que la première cargaison du minerai de fer soit acheminée, via la ligne ferroviaire, vers le complexe sidérurgique Tosyali d’Oran, à partir de 2026 ».
«L’Algérie aura ainsi franchi la première étape vers la réduction de la facture d’importation du minerai de fer et la réalisation progressive de l’autosuffisance», a soutenu le président de la République.
Inauguration de la nouvelle ligne ferroviaire Tindouf-Béchar en janvier 2026
En parallèle de ce méga-projet, un autre projet d’envergure est en cours de réalisation et devrait être réceptionné incessamment. Il s’agit du projet de la ligne ferroviaire reliant Béchar-Tindouf-Gara Djebilet qui accompagnera cette dynamique de développement.
Le président de la République a, par ailleurs, enjoint au ministre des Travaux publics de «préparer l’inauguration de la nouvelle ligne ferroviaire, en plein désert, reliant Tindouf à Béchar, dans son intégralité, en janvier 2026, pour sa mise en exploitation officielle, en faisant de cet événement une journée de fête immortalisant cette réalisation nationale d’envergure, marquant l’entrée de l’Algérie dans une nouvelle ère, celle des grandes étapes économiques franchies par le peuple algérien sur la voie du développement de son pays».
L’infrastructure a pour but de faciliter le transport du minerai tout en renforçant la logistique nationale et en contribuant à la dynamisation économique du Sud-Ouest du pays.
Les travaux de raccordement, de construction de gares et de mise en place des équipements spécifiques avancent selon le calendrier fixé, voire avec une avance sur les délais contractuels, comme l’affirme l’ANESRIF. Il est donc envisagé d’entamer l’acheminement des matières premières dès le début de l’année 2026.
D’une longueur totale de 950 kilomètres, la ligne ferroviaire Béchar–Tindouf-Gara Djebilet est destinée au transport du minerai de fer de Gara Djebilet, l’une des plus vastes mines au monde, avec des réserves estimées à 3,5 milliards de tonnes.
Une fois achevée, cette ligne permettra d’acheminer jusqu’à 50 millions de tonnes de minerai par an vers les complexes sidérurgiques du nord du pays, notamment celui de Toumiat, près de Béchar, ou vers le port d’Arzew pour l’exportation.
Ce mégaprojet intègre aussi la création d’un pôle industriel sidérurgique complet, incluant une unité de production de rails, une usine de fabrication de wagons, et des infrastructures logistiques à Béchar.
Il s’inscrit dans la stratégie de valorisation des ressources minières nationales et de développement économique du Sud algérien.
Selon Abdelkader Mazzar, directeur central de la communication de l’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (ANESRIF), ce projet aura un impact considérable sur la croissance régionale.
A. R.





