Alors que ce mois de février 2026 s’étire sous une chape de tensions géopolitiques rares, le centre de gravité de la prospérité mondiale opère une translation historique. Entre le protectionnisme de Washington mis en échec par le droit, les secousses telluriques au sommet de la finance européenne et l’éclosion d’une Afrique conquérante, les certitudes d’hier se consument. Au cœur d’une zone méditerranéenne en pleine métamorphose, l’Algérie s’impose comme un pôle de résilience, affichant une santé macroéconomique qui défie l’atonie des marchés occidentaux. Analyse d’une semaine de rupture où le Sud global, cessant d’être un simple décor, prend enfin les commandes du récit mondial.
Par Lyazid Khaber
A Washington, la «doctrine Trump» a heurté un mur juridique cette semaine. En tentant d’imposer des tarifs douaniers radicaux par décret, le président américain a subi un camouflet majeur: la Cour suprême a invalidé ces mesures ce vendredi 20 février, jugeant qu’elles excédaient les prérogatives exécutives.
Pour Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management, cette instabilité institutionnelle est délétère: «L’incertitude sur la politique commerciale américaine injecte une volatilité toxique pour le dollar». Loin de désarmer, Donald Trump a déjà riposté en annonçant une taxe mondiale de 10%, prélude à une guerre d’usure législative qui fragilise l’hégémonie de la monnaie verte.
Le moteur franco-allemand au bord de la rupture
L’Europe, jadis cœur battant de l’économie-monde, s’enfonce dans une morosité que les observateurs ne disent plus conjoncturelle, mais structurelle.
Le continent subit un décrochage brutal face aux blocs américain et asiatique, plombé par une industrie manufacturière à l’agonie, singulièrement en Allemagne où le modèle énergétique et exportateur vacille sur ses bases.
Ce marasme est exacerbé par un clash frontal entre Paris et Berlin sur la gouvernance budgétaire et les priorités de défense, paralysant toute impulsion communautaire. Dans ce climat de désunion, les rumeurs persistantes sur une prétendue démission de Christine Lagarde à la tête de la BCE ont agi comme un détonateur, révélant la fragilité extrême d’une zone euro sans boussole.
Bien que la présidente ait tenté d’éteindre l’incendie en réaffirmant son engagement jusqu’en 2027, le mal est fait puisque l’incertitude monétaire se greffe désormais à une croissance atone de 1,3% et à un endettement public hors de contrôle.
Ce cocktail transforme le Vieux Continent en un espace de stagnation, où le moteur franco-allemand, grippé par ses propres dissensions, semble incapable d’offrir une vision commune dans un monde qui n’attend plus son réveil.
Le réveil des Lions, souveraineté et défis structurels
Pendant que le Nord se fragmente, l’Afrique confirme son statut de nouvelle frontière de la croissance. Le rapport de l’ONU sur la situation économique mondiale (WESP 2026) prévoit une accélération du PIB continental à 4,3%.
Ce dynamisme cache toutefois un paradoxe tenace: le continent, assis sur les ressources les plus précieuses de la planète, peine encore à transformer cette richesse géologique en prospérité sociale, restant trop souvent captif de son rôle d’exportateur de matières brutes.
Pour Claver Gatete, Secrétaire exécutif de la CEA, l’urgence est à la création de valeur locale via la ZLECAf, afin que l’Afrique cesse de subir des prix fixés dans des officines lointaines. Cette ambition se heurte néanmoins à une réalité financière brutale soulignée par la BAD: un déficit annuel en infrastructures dépassant les 100 milliards de dollars.
Les Lions africains tentent désormais de briser ce cycle de dépendance, exigeant des coûts de financement équitables pour imposer leur propre tempo à la globalisation.
Algérie, la locomotive sereine et le pivot énergétique du Sud
Dans ce paysage convulsif, l’Algérie récolte les fruits d’une stratégie de résilience qui rayonne désormais au-delà de ses frontières. Selon les dernières projections du FMI, le PIB algérien devrait avoisiner les 290 milliards de dollars en 2026, consolidant sa place de 4ème puissance économique du monde arabe.
Cette ascension, portée par une Loi de Finances (LF 2026) tablant sur une croissance de 4,1%, s’appuie sur une diversification hors hydrocarbures et une maîtrise exemplaire de l’inflation.
Mais au-delà des agrégats, c’est le retour en force de la diplomatie économique algérienne qui redessine les équilibres: la reprise stratégique des relations avec le Niger marque un tournant pour la stabilité du Sahel. Ce réchauffement agit comme un catalyseur pour le projet monumental de l’Oléoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à la Méditerranée.
Véritable artère vitale pour la sécurité énergétique de l’Europe et le développement subsaharien, ce mégaprojet positionne Alger comme le verrou incontournable des échanges Sud-Nord. L’Algérie ne se contente plus d’être une économie résiliente; elle s’impose comme le pivot géopolitique d’un Sud qui a cessé de demander la permission pour exister.
Le verdict du dimanche
Ce dimanche (22 février 2026) cristallise une rupture historique: la puissance n’est plus l’apanage exclusif des anciennes métropoles. Tandis que l’Occident s’abîme dans des crises de gouvernance et des guerres commerciales intestines, le Sud global —Algérie en tête— trace son propre sillage souverain.
Comme le souligne le dernier rapport du World Economic Forum (WEF), «2026 marque l’an I de la souveraineté économique des pays émergents, devenus le principal rempart contre la volatilité systémique du Nord». Dans ce nouvel ordre, la stabilité ne se décrète plus, elle se construit à Alger, Lagos et Addis-Abeba.
L. K.







