Alger, Algérie

mardi 21 juillet 2026 15:55

Coopération : Une mission espagnole attendue à Alger

Donner une nouvelle dimension aux relations économiques entre l’Algérie et l’Espagne : Pedro Sánchez à Alger

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, effectue à partir d’aujourd’hui une visite officielle à Alger, un déplacement qui vient consacrer une normalisation entamée depuis plusieurs mois entre les deux pays. Selon le rapport mensuel sur le commerce extérieur (COMEX) publié le 19 février 2026 par le ministère espagnol de l'Économie, du Commerce et de l'Entreprise, les échanges entre l'Algérie et l'Espagne connaissent une dynamique inédite, portée par un net rattrapage commercial après la crise diplomatique de 2022.

K. Boukhalfa

Correspondant

Le réchauffement entre Alger et Madrid s’est officialisé le 26 mars 2026, lorsque le président de la République Abdelmadjid Tebboune et le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares ont acté la réactivation du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération, signé initialement en 2002 puis suspendu en 2022.

Cette dynamique s’est confirmée avec la présence de l’Espagne comme invitée d’honneur de la 57ᵉ Foire internationale d’Alger (FIA), tenue du 22 au 27 juin 2026 au Palais des expositions, une édition marquée par une forte mobilisation des entreprises espagnoles.

D’ailleurs, le président de la République avait lui-même donné le ton dès février 2025 en qualifiant l’Espagne de « pays ami », avant d’expliquer que le choix de Madrid comme invitée d’honneur de la FIA relevait « de la raison et du cœur ». Des signaux politiques qui ont ouvert la voie à cette visite de travail, la première d’un chef de gouvernement espagnol à Alger depuis la reprise des relations.

Selon le quotidien espagnol El Periódico, Pedro Sánchez sera accompagné d’une délégation où figurent quatre grands groupes énergétiques espagnols, en l’occurrence Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve. Une présence qui, au-delà du seul volet énergétique, illustre l’ampleur des intérêts économiques que Madrid entend faire valoir à Alger et confirme le poids que revêt ce déplacement pour les milieux d’affaires espagnols.

Selon Diario Público, le Président du gouvernement espagnol doit par ailleurs rencontrer son homologue algérien Sifi Ghrieb et prendre part à un forum bilatéral d’affaires à l’occasion de cette visite.

Au-delà des hydrocarbures traditionnels, la composition de la délégation espagnole laisse entrevoir une ambition qui dépasse le seul cadre gazier. Les énergies bas carbone et l’hydrogène vert s’imposent en effet progressivement comme un axe de coopération à part entière entre les deux pays.

L’Algérie dispose à cet égard d’atouts considérables pour s’imposer sur ce marché émergent : un ensoleillement exceptionnel, de vastes espaces disponibles et une position géographique qui en fait un candidat naturel pour alimenter les futurs corridors énergétiques reliant l’Afrique du Nord à l’Europe.

Sa proximité avec l’Espagne, premier point d’entrée sur le continent européen, renforce encore cette logique et ouvre la voie à des perspectives de coopération à moyen et long terme, en complément des dossiers gaziers traités à court terme.

Sur le plan économique également, d’autres secteurs pourraient connaître des avancées. Sánchez devrait tenir selon la même source une rencontre avec un groupe d’entreprises d’autres secteurs allant des infrastructures, de l’hydraulique, de l’industrie alimentaire, de l’ingénierie ou des énergies renouvelables.

Les chiffres du COMEX

Les chiffres du rapport COMEX traduisent une accélération spectaculaire des flux commerciaux. Sur l’ensemble de l’année 2025, les exportations espagnoles vers l’Algérie ont bondi de 168,5 %, pour atteindre 2,133 milliards d’euros, contre des niveaux nettement inférieurs en 2024. Ce sursaut, qualifié par les analystes espagnols d’« effet de rattrapage », place l’Algérie parmi les marchés les plus dynamiques pour les opérateurs ibériques sur l’ensemble de l’année écoulée.

Dans l’autre sens, les importations espagnoles en provenance d’Algérie se sont établies à 6,296 milliards d’euros en 2025, en hausse de 2,8 % par rapport à 2024, avec une progression mensuelle spectaculaire de 57,4 % au seul mois de décembre, pour un montant de 593,4 millions d’euros. Au global, le volume des échanges bilatéraux a atteint environ 10 milliards de dollars, avec plus d’une centaine d’entreprises espagnoles aujourd’hui implantées sur le marché algérien.

Le rapport espagnol souligne également la montée en puissance de plusieurs filières dans cette dynamique exportatrice, parmi lesquelles les produits carnés, les composants automobiles et le fer et l’acier. La filière agroalimentaire, première catégorie d’exportation espagnole avec 19,3 % du total national, conforte par ailleurs sa présence croissante sur le marché algérien.

K. B.

Dépasser le schéma classique

Au-delà des chiffres, c’est la nature même de la relation qui est en train d’évoluer. Le président du Forum d’affaires algéro-espagnol (F2AE), Abdallah Seriai, a estimé, dans une déclaration fait lors de la dernière Foire Internationale d’Alger, que le choix de l’Espagne comme invitée d’honneur de la FIA constituait un message fort adressé aux opérateurs économiques espagnols, jugeant que «le moment est venu de donner une nouvelle impulsion aux affaires, aux investissements et aux partenariats économiques».

Il a ajouté que les indicateurs actuels reflètent un retour en force de la coopération économique entre les deux pays, confirmant la place de l’Espagne en tant que partenaire économique majeur de l’Algérie. Cette volonté de structuration s’est traduite concrètement en avril dernier à Madrid, où le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE) ont signé un mémorandum d’entente destiné à renforcer les relations économiques bilatérales et à concrétiser une orientation stratégique vers des projets industriels communs. Les deux organisations patronales se sont d’ailleurs retrouvées une nouvelle fois à la veille de l’ouverture de la FIA, le 22 juin dernier.

Portée par l’évolution d’une économie algérienne davantage orientée vers la production, la relation entre les deux pays ambitionne désormais de dépasser le schéma classique de client à fournisseur qui a longtemps prévalu. L’industrie, l’agriculture et les futurs projets communs sont autant de leviers identifiés par les deux parties pour bâtir un partenariat plus équilibré et plus diversifié dans les années à venir.

À l’aune de ces indicateurs, la visite de Pedro Sánchez à Alger apparaît moins comme un simple geste diplomatique que comme la validation politique d’une trajectoire économique déjà largement engagée entre les deux rives de la Méditerranée.

K. B.

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