Alger, Algérie

mardi 21 juillet 2026 23:31

Transition énergétique et consolidation de ses ambitions à l’international : Sonelgaz déroule sa stratégie pour 2026

Augmentation de la consommation électrique durant l’été : Un pic de 22 150 MW attendu sur le réseau national

Face à cette demande record annoncée par Sonelgaz, le réseau électrique national bascule sous haute tension. Ce pic historique, exacerbé par un coût de production massivement subventionné et une forte intensité énergétique, pousse l’opérateur public à muscler ses infrastructures.

Talia Ait Larbi

Correspondant

Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse la logistique. Il s’agit d’amorcer un virage urgent vers la maîtrise de l’énergie. Lors d’une journée de sensibilisation organisée hier par le ministère de la Communication, en partenariat avec celui de l’Énergie et des Énergies renouvelables, le groupe Sonelgaz a dévoilé ses prévisions pour la saison estivale de cette année 2026.

Sur le Réseau interconnecté national (RIN), la demande devrait progresser de 3,5 % par rapport à l’été précédent pour atteindre 21 350 MW en conditions normales. En cas de canicule exceptionnelle, ce pic pourrait grimper de 7 % pour s’établir au niveau record de 22 150 MW.

Fatma-Zohra Marzougui, directrice de la communication de Sonelgaz, a rappelé la rapidité de cette croissance : le pic national est passé de 19 543 MW en 2024 à 20 628 MW en 2025.

Une hausse d’environ 1 000 MW qui équivaut à la production d’une centrale de taille moyenne. La hausse de la demande touche également le Sud. Elle progresse de 3,5 % pour le pôle In Salah‑Adrar‑Timimoun, et grimpe jusqu’à 10 % sur les autres réseaux du Grand Sud.

Pour sécuriser l’approvisionnement, Sonelgaz a injecté 1 855 MW de capacités supplémentaires dans le réseau pour cette année (dont 788 MW sont déjà opérationnels). Le plan intègre également 58 nouvelles infrastructures de transport et 644 postes de distribution.

Les chantiers sont quasi finalisés, affichant un taux de réalisation de 90 % pour les lignes moyenne tension et de près de 100 % pour les transformateurs. De plus, la conversion au gaz des groupes diesel du Grand Sud atteint désormais 84 %, dégageant 150 MW de capacité additionnelle.

Le poids financier et structurel des subventions

Au-delà du défi technique, l’équation économique de l’énergie reste complexe. Un kilowattheure (kWh) dont la production coûte entre 12 et 14 dinars est facturé seulement 1,77 dinar aux ménages algériens.

Concrètement, une facture d’électricité de 5 000 dinars dissimule un coût réel d’au moins 16 000 dinars pris en charge par l’État. Chaque année, l’enveloppe publique dédiée au soutien des prix de l’énergie s’élève à environ 15 milliards de dollars.

Merouane Chabane, directeur général de l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE), a élargi le constat à l’échelle macroéconomique. En 2024, la consommation finale de l’Algérie a atteint 56,9 millions de tonnes équivalent pétrole (tep). Plus de 70 % de cette énergie est absorbée par des secteurs non productifs de biens manufacturés ou de valeur ajoutée.

À titre de comparaison, l’Espagne produit un PIB près de 3,6 fois supérieur à celui de l’Algérie pour un volume d’énergie quasi identique. L’intensité énergétique de l’Algérie (2,78 tep par million de dinars de PIB) est ainsi trois fois plus élevée que celle de son voisin européen. Cette tendance s’explique par l’évolution de la consommation par habitant, passée de 0,5 tep avant 2000 à 1,23 tep en 2024.

Aussi, le secteur électrique s’accapare-t-il, à lui seul, près de la moitié du gaz naturel distribué sur le marché intérieur, puisé dans des réserves prouvées de 2 400 milliards de m³. Face à cela, le chantier de l’isolation reste immense : seuls 600 logements intègrent un programme de haute performance énergétique sur un parc de plus de 2,2 millions d’unités.

Bien que la loi sur la maîtrise de l’énergie ait été promulguée il y a 27 ans, les habitudes de consommation peinent à évoluer. Pour rectifier la trajectoire, les autorités se fixent des objectifs ambitieux à l’horizon 2035, avec une réduction de 15 % de la consommation d’énergie primaire, l’installation de 15 000 MW de capacités renouvelables, et une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 14 % portée par les efforts nationaux, pouvant atteindre 31 % en cas de soutien financier international.

L’APRUE rappelle que la transition repose aussi sur des éco‑gestes simples mais massifs, à commencer par le réglage du climatiseur sur 25 °C plutôt qu’à une température inférieure, un geste qui permettrait à lui seul de réduire la consommation d’électricité du pays de près de 20 %.

T. A. L.

Consommation d’énergie : Zoheir Bouamama appelle les administrations à l’action

Le ministre de la Communication, Zoheir Bouamama, a ouvert hier une journée de formation pour les mé- dias dédiée à la rationalisation de la consommation de l’énergie. Coorganisé avec le ministère de l’Energie et des Energies renouvelables, cet événement a eu lieu sous le thème : « Le média national… partenaire dans la diffusion de la conscience énergétique ». Il s’inscrit dans le fil des directives du président Abdelmadjid Tebboune.A cette occasion, le ministre a annoncé qu’une circulaire venait d’être transmise à l’ensemble des secteurs pour imposer des mesures strictes d’économie d’énergie au sein de toutes les administrations publiques, qui doivent désormais donner l’exemple. Pour mesurer l’urgence de ce plan de rigueur, Zoheir Bouamama a rappelé un ordre de grandeur frappant : la consommation nationale double durant la saison estivale, bondissant d’environ 10 000 MW en temps normal à près de 21 000 MW lors du pic de pointe, entre fin juin et début septembre.

T. A.L.

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