Réuni sous la présidence du chef de l’État, M. Abdelmadjid Tebboune, le Conseil des ministres de ce dimanche a tracé les grandes lignes d’une ambition industrielle nationale sans précédent. Pétrochimie, phosphate, port d’Annaba et gestion de l’eau figuraient au menu d’une séance dense, reflet d’une volonté politique de transformer en profondeur l’économie algérienne.
Par Sofiane Idiri
Le Conseil des ministres a planché sur la stratégie nationale de développement de l’industrie pétrochimique en vue de produire des matières premières, réduire les importations et hisser l’Algérie au rang des grands pays producteurs.
Le président Tebboune a ordonné d’exploiter sans délai les capacités considérables dont dispose le pays pour la production de matières premières entrant dans la fabrication du plastique, avec pour objectif déclaré de positionner l’Algérie en tête des nations productrices, notamment dans le segment de l’hélium.
Ce positionnement s’inscrit dans une dynamique de transformation profonde du secteur des hydrocarbures. L’objectif est de renforcer davantage la valorisation des ressources nationales à travers le développement de produits à forte valeur ajoutée, dans le cadre d’un vaste programme d’investissements prévu pour les prochaines années.
Les projets phares en chantier
Complexe MTBE d’Arzew. Sonatrach développe une unité de production de MTBE (méthyl tertio-butyl éther), additif essentiel pour l’essence sans plomb, à Arzew. Lancés en juin 2022 pour un investissement de 500 millions de dollars, les travaux devraient aboutir à une mise en service en 2026, avec une capacité de 200 000 tonnes par an couvrant l’intégralité des besoins nationaux et permettant l’exportation du surplus.
Complexe LAB de Skikda. Un accord conclu avec l’ingénieriste italien Tecnimont pour un budget d’1,05 milliard de dollars prévoit l’installation à Skikda d’un complexe dédié à l’alkylbenzène linéaire (LAB), matière première des détergents et produits nettoyants industriels. Actuellement importé, ce produit sera fabriqué localement à hauteur de 100 000 tonnes à partir de décembre 2027. Unité d’éthylène et craquage naphta/GPL.
Skikda accueillera également une unité de production d’éthylène d’une capacité annuelle de 850 000 tonnes, dont la mise en service est attendue fin 2027, ainsi qu’un complexe de craquage du naphta et du GPL d’une capacité d’un million de tonnes par an. Sonatrach avait mis sur la table une dizaine de milliards de dollars dans le secteur de la pétrochimie. Les fruits de ses investissements sont attendus dès 2026-2027.
L’un des projets les plus importants est le complexe de production de propylène implanté à Arzew d’une capacité de 550.000 tonnes/an. Le coût de l’investissement est estimé à 1,5 milliard de dollars. Les travaux de réalisation ont été confiés à la société de service Petrofac en 2023 et doivent être achevés en 2027. Ce projet est d’une importance inouïe pour l’économie nationale.
En arrière-plan se dessine l’ambition d’améliorer le taux d’intégration de l’industrie automobile en Algérie. Il est destiné à couvrir les besoins nationaux et à exporter l’excédent. Les besoins nationaux en ce produit sont estimés à 120.000 tonnes/an.
Fertial, acteur exclusif du phosphate concentré
Dans ce cadre, le président de la République a instruit que la société algérienne Fertial bénéficie de l’exclusivité de l’exploitation du phosphate concentré en tant que première étape, cette entreprise faisant partie intégrante du tissu industriel du secteur minier. Cette décision stratégique traduit la volonté de créer une chaîne de valeur nationale intégrée, depuis l’extraction minière jusqu’à la transformation pétrochimique.
L’autre dossier majeur du Conseil des ministres concerne les deux projets structurants de l’Est algérien : le quai minier dans le cadre de l’extension du port d’Annaba et la ligne ferroviaire minière Bilad El-Heddba – Oued El-Kibrit – port d’Annaba.
Ces infrastructures constituent les artères vitales permettant d’exporter les gigantesques réserves de phosphate de la région de Tébessa, classées parmi les plus importantes au monde.
Le grand axe Bilad El-Heddba – Annaba : une dorsale industrielle pour l’Est algérien
Le chef de l’État a salué les efforts consentis par les équipes engagées sur le terrain et a chargé le ministre des Travaux publics de transmettre ses encouragements aux travailleurs et aux équipes de maîtrise d’œuvre mobilisés sur ces chantiers stratégiques.
Il a par ailleurs insisté sur l’obligation d’efficacité et de cadence maximale jusqu’à l’achèvement complet de ces projets, qui « propulseront l’Algérie vers une nouvelle ère en tant que pays émergent à économie diversifiée ».
À cet égard, le ministre des Travaux publics a reçu l’instruction de mobiliser toutes les capacités disponibles pour accélérer l’avancement des chantiers des travaux publics préalables à l’exploitation du phosphate de Bilad El-Heddba, en vue d’un démarrage de la production dans les meilleurs délais.
Les autres points de l’agenda gouvernemental
Le Conseil des ministres a également examiné l’état d’avancement de l’opération d’importation des moutons de l’Aïd El-Adha. Le ministre de l’Agriculture a confirmé l’engagement du gouvernement à distribuer un million de têtes ovines au minimum 48 heures avant la fête.
En réponse, le président Tebboune a ordonné une surveillance plus rigoureuse et un rythme plus soutenu pour garantir la réussite de l’opération d’importation et de distribution dans les meilleures conditions. Une mesure notable a été prise lors de cette séance : le chef de l’État a interdit formellement l’abattage des femelles parmi les ovins importés. Celles-ci seront obligatoirement orientées vers l’élevage dans des espaces dédiés, afin de préserver et développer le cheptel national, dont le renforcement constitue un enjeu de souveraineté alimentaire.
Le dernier point inscrit à l’ordre du jour portait sur la situation de l’Algérienne des Eaux (ADE) et sur la gestion des ressources hydriques.
Le président de la République a demandé une révision du plan de gestion et de distribution de l’eau, de manière plus organisée et plus efficace, en accordant une priorité absolue à la lutte contre les pertes d’eau dans les réseaux de distribution, dont les fuites atteignent des niveaux préoccupants.
Le chef de l’État a également insisté sur la nécessité d’impliquer l’ensemble des secteurs concernés dans le système de gestion des ressources en eau, afin de garantir une efficacité accrue dans la résolution des problèmes de gestion et de mieux répondre aux attentes des citoyens. Il a ordonné une refonte du mode de gestion de l’Algérienne des Eaux et sa modernisation selon une logique d’efficience, notamment dans les communes qui ne disposent pas d’antennes de l’ADE mais qui possèdent des réservoirs et des sources d’eau.
En marge de ces points inscrits à l’ordre du jour, le Premier ministre a présenté un compte rendu de l’activité gouvernementale des deux semaines écoulées.
Ce Conseil des ministres confirme, s’il en était besoin, la volonté du président Tebboune de faire de l’industrialisation et de la diversification économique les piliers d’une Algérie nouvelle, moins dépendante des hydrocarbures bruts et davantage positionnée sur les marchés mondiaux des produits transformés à haute valeur ajoutée.
S. I.







