Alger, Algérie

mercredi 22 juillet 2026 00:51

Conseil supérieur de la communauté scientifique nationale à l’étranger : L’Algérie mobilise ses élites

L’Algérie, qui affiche de grandes ambitions pour la diversification de son économie, investit dans la recherche scientifique en mobilisant ses compétences, notamment celles issues de la diaspora, pour atteindre l’objectif escompté. Un Conseil supérieur de la communauté scientifique nationale à l’étranger vient d’être installé.

Hakim O.

Correspondant

Placé sous la tutelle de la Présidence de la République et doté d’une autonomie financière, ce nouvel organe consultatif a pour objectif de structurer l’apport de la diaspora d’élite pour en faire un levier direct de transfert technologique, d’intégration industrielle et de diversification macroéconomique. C’est en effet un tournant stratégique dans la politique de développement du pays.

L’exploitation de la matière grise de nos compétences est plus que nécessaire pour amorcer ce changement de paradigme, en alignant l’université sur les besoins du monde économique.

Ces dernières années, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a insisté sur cette question en instruisant l’Exécutif sur un rapprochement étroit entre l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et le monde économique, dont les besoins sont énormes. Les premières expériences sont encourageantes, où de nombreuses recherches se sont transformées en projets industriels.

Toutefois, avec les mutations que connaît le monde, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle et d’autres technologies innovantes, un transfert technologique de pointe est primordial pour poursuivre le chemin du développement et surtout être au diapason de ce qui se passe ailleurs dans le monde.

Conscient de cette réalité, le gouvernement, sur instruction du chef de l’État, passe à la vitesse supérieure en installant officiellement les fondations d’un écosystème d’innovation directement connecté aux impératifs industriels nationaux.

C’est dans ce cadre que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a présidé hier, au pôle technologique de Sidi Abdallah, une réunion constitutive du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger, en présence d’éminents chercheurs et scientifiques algériens établis à l’étranger. Plus qu’une instance académique, cette structure se positionne comme un levier d’ingénierie économique et technologique à haute valeur ajoutée.

Le savoir comme matière première

Dans son intervention à l’ouverture des travaux de cette réunion, le ministre a rappelé la doctrine économique de « l’Algérie victorieuse » : la diversification ne se fera pas uniquement par l’exploitation des ressources naturelles, mais par l’injection massive de matière grise dans les chaînes de valeur locales.

«L’Algérie ne possède pas seulement des richesses naturelles, mais elle regorge également d’une immense richesse humaine et scientifique, représentée par les chercheurs et experts algériens répartis à travers le monde», a-t-il martelé.

L’objectif macroéconomique est clair : faire de la science et de la veille technologique le nouveau pivot de la sécurité nationale et du développement durable, face à un marché mondial en pleine mutation algorithmique et énergétique.

Le ministre a expliqué que cette nouvelle structure constitue un cadre juridique et organisationnel permettant à la communauté scientifique algérienne de contribuer activement aux différents processus de développement, que ce soit par l’apport de conseils et de consultations, le transfert d’expertises et de technologies ou l’accompagnement de projets nationaux à dimension stratégique.

M. Baddari a ajouté que le placement du Conseil supérieur de la communauté scientifique nationale à l’étranger sous la haute autorité du Président de la République porte de fortes significations politiques, dont la principale est la reconnaissance du statut prestigieux dont jouit l’élite scientifique algérienne auprès de l’État, en plus de conférer au Conseil la flexibilité et l’efficacité nécessaires pour mener à bien ses missions et atteindre ses objectifs.

Selon les explications du ministre, le Conseil sera chargé d’une série de missions stratégiques, parmi lesquelles l’accompagnement des processus de transfert de technologies, la construction de passerelles de coopération durables entre les scientifiques algériens à l’étranger et les universités ainsi que les centres de recherche à l’intérieur du pays.

Il s’agira également de mettre en place un système de veille scientifique et technologique destiné à soutenir les efforts de l’Algérie dans le développement de son économie et le renforcement de sa capacité à s’adapter aux mutations scientifiques mondiales.

Un pont direct entre la diaspora et les opérateurs économiques

Pour ce premier jalon, 31 scientifiques de premier plan mondial, spécialisés dans le dépôt de brevets à fort impact commercial et évoluant dans des universités d’élite, ont pris part aux travaux (24 présents à Alger et 7 par visioconférence), a expliqué le Dr Djilali Tassalit, directeur du Développement technologique et de l’Innovation au ministère et directeur du CDER, dans une déclaration à la presse en marge de cette réunion.

Le Conseil supérieur de la communauté scientifique nationale à l’étranger a vocation à jouer un rôle stratégique dans le renforcement de la souveraineté technologique du pays.

Il servira de plateforme d’intermédiation entre les entreprises publiques et privées nationales et les compétences algériennes établies à l’étranger, afin de favoriser l’intégration des innovations de rupture brevetées par ces dernières dans le tissu économique national.

Il contribuera également à instaurer un véritable transfert vertical de technologies, en encadrant juridiquement la transmission des savoir-faire stratégiques vers les secteurs industriels nationaux, au-delà des partenariats classiques.

Grâce à son autonomie financière, ajoute-t-il, le Conseil pourra, en outre, soutenir et cofinancer des projets de recherche appliquée ciblant les besoins de l’économie nationale, notamment dans des domaines prioritaires tels que les énergies renouvelables, la sécurité hydrique et la transition numérique.

Cette mutualisation des compétences ciblera également l’élite de demain. Les pointures de la diaspora, à l’instar de figures mondiales comme les professeurs Zerhouni ou Belkacem Haba, vont s’impliquer de manière organique dans l’encadrement des doctorants et des étudiants de master en Algérie.

Cet accompagnement de la part de l’élite algérienne établie à l’étranger, combinant présentiel et visioconférence, vise à aligner la formation universitaire sur les exigences réelles du marché de l’emploi et de la R&D industrielle. Une stratégie qui devrait améliorer significativement le positionnement des universités algériennes dans les classements internationaux, un indicateur de plus en plus surveillé par les investisseurs étrangers en quête de talents locaux.

H. O.

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