Réunis à Alger pour la deuxième édition du CEO Survey Algérie 2026, ministres, dirigeants et experts ont dressé mardi un tableau résolument offensif de l’économie nationale, entre diversification des financements, montée en puissance du numérique et valorisation des ressources minières et énergétiques.
Par K. Boukhalfa
C’est dans une salle réunissant ce que l’économie algérienne compte de décideurs que PwC et le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) ont choisi de dévoiler, mardi au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, les résultats du CEO Survey Algérie 2026. Une deuxième édition très attendue, portée par un cabinet qui accompagne les entreprises dans leur transformation et la création de confiance grâce à des services d’audit, de conseil et d’investissement combinant expertise et technologies.
Présent mondialement et en France/Maghreb, PwC dispose en Algérie d’une équipe d’environ 130 professionnels offrant une forte connaissance du marché local, tout en s’appuyant sur la puissance de son réseau international.
Le verdict de l’enquête est sans équivoque : l’Algérie ne se contente plus de gérer ses ressources, elle entend les transformer en leviers de puissance économique régionale.
Ainsi, sur le front du financement, le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a mis en avant la nécessité de diversifier les sources de financement de l’économie nationale.
Cela passe, selon lui, par le développement du marché des valeurs mobilières, la modernisation du système financier et la généralisation de la numérisation dans les secteurs des impôts et des douanes — un levier pour « renforcer la transparence et intégrer les ressources dans les circuits officiels ».
Il a également mis en relief l’intérêt croissant pour les obligations souveraines conformes à la charia en tant qu’outils de financement alternatifs, une piste qui gagne du terrain dans plusieurs économies émergentes.
La transition énergétique s’impose comme l’un des axes stratégiques les plus structurants. D’ailleurs, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a exposé une feuille de route visant à « renforcer la souveraineté énergétique à travers l’augmentation de la part des énergies renouvelables », avec une attention particulière portée à la localisation industrielle de la filière.
Des audits énergétiques globaux sont en cours, et ce, dans le cadre d’un plan de décarbonation du mix énergétique et d’amélioration de l’efficacité à toutes les étapes (production, consommation et recyclage).
Du côté des hydrocarbures, le ministre d’État Mohamed Arkab a présenté le lancement de l’appel « Algérie Bid Round 2026 » comme un signal adressé aux investisseurs internationaux, reflet d’« un engagement à offrir un climat d’investissement transparent et stable, soutenu par un cadre juridique flexible et des procédures simplifiées ».
De son côté, le ministre des Mines, Mourad Hanifi, a rappelé que des projets structurants comme le phosphate intégré et Gara Djebilet incarnent une rupture de paradigme : l’Algérie ne veut plus se contenter d’exporter ses matières premières brutes. Elle entend les valoriser sur son propre sol.
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, a quant à lui indiqué que l’Algérie atteint désormais un taux de couverture de 83 % de ses besoins en médicaments, avec l’ambition d’aller plus loin en développant la recherche, l’innovation et les capacités d’exportation, notamment vers les marchés africains, terrain d’expansion naturel pour la production nationale.
Pour sa part, la ministre Haut-commissaire à la numérisation, Meriem Benmouloud, a présenté les avancées de l’Algérie dans la construction d’un modèle numérique souverain : cadres législatifs et techniques finalisés, passage vers une gouvernance numérique effective et localisation de l’innovation. Des jalons qui, selon elle, soutiennent l’émergence d’une économie numérique compétitive.
Un tissu économique en train de se consolider
Une fois dressé le tableau des ambitions gouvernementales, les responsables d’organismes et dirigeants d’entreprises sont venus en confirmer la traduction sur le terrain.
Dans ce sillage, le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache, a révélé que 53 % des projets d’investissement enregistrés sont en cours de réalisation, et que plus de 1400 projets sont déjà entrés en phase de production. Des chiffres qui viennent confirmer que la dynamique n’est pas qu’une affaire de discours.
Le président du CREA, Kamel Moula, a abondé dans ce sens, soulignant que les réformes engagées ont permis l’émergence d’« un tissu de sous-traitance autour des grands projets ».
Il a toutefois invité à ne pas se satisfaire des acquis, tout en appelant à « renforcer la confiance, développer le système logistique et améliorer la compétitivité » dans une vision projetée bien au-delà de l’horizon 2030.
C’est précisément dans cette optique que le PDG de Tosyali Algérie, Alp Topcuoglu, a annoncé qu’à partir de septembre prochain, l’Algérie amorcera une nouvelle phase industrielle avec la production et l’exportation d’aciers de haute qualité.
«La transition du pays d’un statut d’importateur à un pôle régional », a-t-il indiqué, sera portée notamment par le projet de Gara Djebilet, capable de générer 4 millions de tonnes de fer destinées à la valorisation locale.
L’expert minier international Marcel Genet a, pour sa part, estimé que les ressources énergétiques et minières dont dispose l’Algérie lui confèrent des atouts lui permettant de « jouer un rôle de premier plan dans l’industrie minière à l’échelle mondiale ».
Il a toutefois rappelé que « le principal défi réside dans l’exploitation des technologies pour valoriser ces ressources et réduire la dépendance aux importations ».
En conclusion, Karim Sassi, directeur associé au cabinet PwC, a salué une dynamique qu’il estime reposer sur « des réformes profondes et des projets structurants ayant doté l’économie nationale d’une meilleure capacité de résilience face aux fluctuations géopolitiques ».
Ainsi, dans un contexte mondial marqué par les tensions commerciales et l’instabilité des marchés, l’Algérie semble avoir choisi son cap : transformer ses richesses en moteurs industriels, ses réformes en confiance, et sa position géographique en avantage compétitif.
K. B.





