- Eco Times : Quelle est la consistance du projet d’autoroute électrique de 800 kilomètres qui doit relier le Sud au Nord du pays ?
Boukhalfa Yaici : L’Algérie possède trois réseaux électriques : le réseau interconnecté du Nord, la boucle TIA (Timimoune – In Salah – Adrar) et le réseau du Grand Sud comprenant une trentaine de sites isolés. Ce que va faire Sonelgaz, c’est relier le réseau interconnecté du Nord au pôle TIA. Le but de cette interconnexion est de transférer de grandes quantités d’énergie, produites sur les Hauts-Plateaux et le Sud, vers le réseau interconnecté du Nord.
- Cette autoroute sera-t-elle alimentée par les centrales photovoltaïques qui seront construites au sud du pays ?
L’idée est de pouvoir transférer de grandes quantités d’énergie issues des nouvelles centrales photovoltaïques du Sud vers le Nord du pays, et probablement, par la suite, de lier ces grands transferts d’énergie à l’exportation d’électricité vers l’Europe.
- Cela concerne-t-il le programme de 3 200 MW en énergie qui doit être achevé en 2026-2027 ?
Ce programme n’est pas concerné. Ce que prépare Sonelgaz, c’est le renforcement du réseau de transport pour absorber les 15 000 MW et au-delà. Cette capacité doit entrer en service d’ici 2035, ce qui représente en clair une capacité nouvelle de 11 800 MW à installer. Sans cela, nous serons limités.
Le réseau actuel du Sud ne peut pas absorber ces volumes d’énergie car la consommation locale y est beaucoup moins importante qu’au Nord. L’autoroute va donc transférer les électrons du Sud vers le Nord du pays.
- Quelle est, en somme, la plus-value de ce projet ?
Sur le plan industriel, ce projet est conçu pour être réalisé, à ma connaissance, sur la base de produits et de services locaux. Il permet de faire travailler les entreprises algériennes.
C’est un domaine que nous maîtrisons : nous pouvons fabriquer des supports, des câbles et des panneaux solaires en Algérie pour ces centrales photovoltaïques.
De plus, ce projet offre la possibilité de ne pas être bloqué par un réseau insuffisant qui empêcherait l’évacuation de grandes quantités d’énergie.
- S’agit-il d’un nouveau programme d’énergie renouvelable ou d’un programme qui va s’additionner à celui des 3 200 MW ?
Le programme de développement des énergies renouvelables de 15 000 MW est destiné à la demande interne. L’objectif affiché est de remplacer une grande partie des centrales actuelles et de réduire la consommation nationale de gaz naturel.
Les réseaux actuels peuvent absorber 7 000 MW, et l’on prévoit d’atteindre une capacité d’absorption de 15 000 MW d’ici à 2035. Il faut donc impérativement renforcer les réseaux électriques et offrir de nouvelles capacités de transport, d’autant que le gros de la consommation d’énergie en Algérie se concentre au Nord, principalement à l’Est et à l’Ouest.
- La capacité de 11 800 MW qui doit être installée pour atteindre les 15 000 MW d’ici 2035 est-elle liée à cette autoroute électrique ?
Bien sûr, cela va faciliter le transfert de ces flux d’énergie du Sud vers le Nord. Si on regarde la configuration du réseau, il est surtout maillé au Nord, avec des centrales électriques sur la côte (à l’Ouest et à l’Est) ainsi qu’une nouvelle centrale en cours dans la wilaya de Djelfa.
Certaines centrales fonctionnent depuis des années, d’autres sont en construction. Comme les besoins énergétiques vont augmenter, nous passerons d’une capacité de production actuelle de 27 000 MW à 35 000 MW à moyen terme.
Pour y parvenir, soit nous construisons de nouvelles centrales à cycle combiné (au gaz), soit nous injectons de l’énergie renouvelable, principalement du solaire et de l’éolien, à partir du Sud et des Hauts-Plateaux. Faut-il configurer le système de transport électrique pour qu’il absorbe les 11 800 MW et les futurs programmes d’énergies renouvelables, dans la perspective d’exporter l’électricité vers l’Europe ? Il faut impérativement développer de nouvelles capacités de transport de l’ordre de 8 000 MW.
De nouvelles infrastructures de transport seront donc nécessaires. À mon sens, Sonelgaz anticipe à la fois la demande et la production future.
- Qu’en est-il des interconnexions électriques vers l’Europe ?
Cela doit faire l’objet d’autres démarches qui ne sont pas encore totalement arrêtées. Il pourrait y avoir uniquement des centrales photovoltaïques dédiées, reliées par des lignes directes pour ces interconnexions vers l’Europe. Une autre approche consisterait à réaliser une interconnexion globale avec le réseau électrique algérien. Dans ce cas, il faudra démontrer que ce sont des « électrons verts » qui sont exportés. Pour répondre aux exigences de l’Union européenne, il faudrait que la production ait lieu au moment même de la consommation, et que le tout soit connecté au même réseau.
- On évoque un nouveau programme de 3 000 MW en énergie solaire qui sera lancé prochainement…
Pour le moment, rien n’a été officiellement annoncé. Ce que l’on sait, c’est que Sonelgaz a finalisé toutes les études : les sites d’implantation des centrales ont été déterminés pour cette capacité de 3 000 MW. Il reste à définir les modalités de financement (international ou local) et la formule de réalisation (en EPC ou en IPP), puis à obtenir le feu vert des autorités. Je pense que le ministère de l’Énergie l’annoncera d’ici la fin de l’année.
Si l’on veut atteindre l’objectif des 15 000 MW d’ici à 2035, il est crucial de lancer ces 3 000 MW afin de répondre à la demande, de réduire la consommation de gaz naturel et, surtout, de permettre à l’appareil de production national d’améliorer ses performances.
Cela favorisera des investissements capables de faire baisser le coût de l’électricité, une étape indispensable pour aller, à terme, vers l’hydrogène vert.





