Sous la direction de Pascal Boniface, fondateur de l’IRIS (France), cette édition de référence dresse un panorama exhaustif des forces en présence. Elle analyse comment l’année 2026 marque un tournant décisif dans la redistribution de la puissance entre l’Occident et les nations du Sud Global.
Par Lyazid K.
La décomposition de l’ordre unipolaire et l’affirmation multipolaire
Pascal Boniface et les chercheurs de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) partent d’un constat structurel : l’ordre international né des accords de 1945 est entré dans une phase de décomposition accélérée.
L’ouvrage démontre que l’année 2026 consolide une multipolarité de fait, où les États-Unis, bien que conservant une primauté militaire, ne disposent plus du monopole de l’agenda mondial.
L’analyse met en lumière la montée en puissance de « l’autonomie stratégique » des puissances émergentes, qui refusent désormais de s’aligner systématiquement sur les blocs traditionnels.
Ce basculement géoéconomique est illustré par l’influence grandissante des BRICS élargis et la multiplication d’alliances régionales qui contournent les institutions multilatérales classiques, comme l’ONU ou le G7, jugées de plus en plus paralysées par le droit de veto ou les intérêts divergents.
L’extension des domaines de lutte
Le cœur de cette édition prospective porte sur l’élargissement spectaculaire des champs de confrontation. Pascal Boniface souligne que la compétition systémique, notamment le duel sino-américain, ne se limite plus aux frontières terrestres ou aux détroits maritimes névralgiques.
L’ouvrage consacre une part importante à la « guerre des fonds marins », où la sécurité des câbles sous-marins et l’accès aux ressources minérales deviennent des enjeux de souveraineté vitaux.
Parallèlement, la militarisation de l’espace extra-atmosphérique franchit un nouveau palier en 2026. La maîtrise des technologies critiques, telles que l’intelligence artificielle appliquée au combat et les semi-conducteurs de nouvelle génération, devient le véritable thermomètre de la puissance.
La supériorité stratégique dépend désormais de la capacité d’un État à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement technologiques contre les sabotages, l’espionnage et les embargos ciblés.
L’urgence climatique et la géopolitique des ressources vertes
L’analyse de l’IRIS n’élude pas le défi de la transition écologique, qui redessine brutalement les alliances diplomatiques et les dépendances économiques.
Pascal Boniface explore comment la course mondiale à la décarbonation crée de nouvelles vulnérabilités, notamment envers les pays détenteurs de métaux critiques indispensables aux batteries et aux énergies renouvelables.
L’ouvrage analyse le risque de voir apparaître un « protectionnisme vert », où les normes environnementales sont instrumentalisées comme des armes douanières par les grandes puissances pour freiner leurs rivaux.
Parallèlement, l’année 2026 est présentée comme une étape charnière pour la gestion des crises migratoires liées au climat, forçant les États à intégrer la résilience écologique et la sécurité alimentaire dans leur définition même de la défense nationale, bien au-delà du seul prisme militaire traditionnel.
Vers une diplomatie de réseaux et d’imprévisibilité
En conclusion, Pascal Boniface appelle à une vigilance accrue face à une scène internationale devenue structurellement imprévisible. Il décrit un monde de « diplomatie à géométrie variable », où les alliances sont désormais thématiques et fluides plutôt qu’idéologiques et figées.
Le rôle des acteurs non étatiques — géants de la technologie, ONG internationales et groupes de pression numériques — est plus déterminant que jamais dans la conduite des affaires du monde, agissant parfois comme des puissances diplomatiques autonomes.
Pour le directeur de l’IRIS, la clé de la stabilité en 2026 résidera dans la capacité des nations à maintenir des canaux de dialogue malgré une polarisation extrême.
L’enjeu est d’éviter qu’une erreur de calcul technologique ou un incident frontalier mineur ne dégénère, par un effet d’engrenage, en un conflit global incontrôlable.
L. K.





