Alger, Algérie

mercredi 22 juillet 2026 00:49

Sortie de la liste grise du GAFI : La performance algérienne saluée par un think tank américain

Sortie de la liste grise du GAFI : La performance algérienne saluée par un think tank américain

La dernière analyse d’un think tank américain « Atlantic Council », en l’occurrence, est sans équivoque : la sortie de l'Algérie de la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI) constitue une performance notable, obtenue en moins de vingt mois, un délai nettement plus court que celui observé pour d'autres pays de la région.

K. Boukhalfa

Correspondant

L’analyse rappelle que lors de sa session plénière de juin à Paris, le GAFI a officiellement retiré l’Algérie de sa liste de surveillance renforcée, mettant fin à un épisode entamé en octobre 2024. La comparaison avec d’autres cas est éloquente : le Maroc avait eu besoin de deux années pour obtenir sa radiation en 2023, tandis que les Émirats arabes unis avaient suivi un parcours presque aussi long en 2024.

L’Algérie, elle, a bouclé son plan d’action en un temps record, démontrant sa capacité à répondre efficacement lorsque les objectifs fixés sont précis, techniques et adossés à des enjeux économiques tangibles.

Pour rappel, le mécanisme du GAFI, organisme intergouvernemental chargé de fixer les standards mondiaux en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ne constitue pas une sanction à proprement parler, mais fonctionne comme un signal de risque pour les marchés internationaux.

L’inscription sur cette liste grise entraîne généralement un durcissement de la vigilance bancaire, voire la rupture de certaines relations de correspondance bancaire.

Une étude du Fonds monétaire international datant de 2021 évalue à 7,6% du PIB, en moyenne, le recul des flux de capitaux entrants pour un pays placé sous cette surveillance.

L’inscription de l’Algérie sur la liste grise en octobre 2024, la seconde après un premier épisode clos en 2016, faisait suite à une évaluation mutuelle de 2023 ayant mis en lumière des insuffisances dans la supervision financière : transparence des bénéficiaires effectifs, déclaration des transactions suspectes, sanctions financières ciblées contre le financement du terrorisme, et contrôle des organisations à but non lucratif.

Face à ce constat, les autorités algériennes ont pris un engagement politique de haut niveau auprès du GAFI et de son organe régional, le MENAFATF. Dès février 2026, le GAFI a considéré que l’Algérie avait substantiellement complété son plan d’action, une appréciation confirmée par une mission de vérification sur le terrain en avril, ouvrant la voie à la radiation lors de la plénière de juin.

La présidente du GAFI, Elisa de Anda Madrazo, avait d’ailleurs salué les avancées réalisées par l’Algérie en matière de supervision fondée sur les risques, de transparence des bénéficiaires effectifs et de sanctions financières ciblées.

Concrètement, plusieurs textes ont porté cette dynamique de mise à niveau. La loi de finances 2025 a interdit les paiements en espèces pour les transactions immobilières, les biens de luxe et les primes d’assurance, s’attaquant ainsi aux circuits informels qui compliquaient la supervision. La loi 25-10 a refondu le dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent datant de 2005.

Un registre public des bénéficiaires effectifs a été mis en service au Centre national du registre du commerce, s’appuyant sur le règlement 24-03 de la Banque d’Algérie, tandis que la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF) a vu ses moyens et prérogatives renforcés, et que la Banque centrale a codifié des règles unifiées de connaissance de la clientèle à travers l’instruction 04-2025.

Plus de visibilité. Cette mobilisation s’inscrit dans une trajectoire plus large. Depuis le déclenchement du conflit en Ukraine en 2022, l’Algérie a développé une stratégie consistant à transformer ses atouts énergétiques et commerciaux en partenariats renforcés avec des capitales européennes comme Rome et Berlin.

Lorsque la Commission européenne a répliqué l’inscription du GAFI en juin 2025, les banques européennes traitant des transactions algériennes ont dû appliquer une vigilance renforcée, ajoutant une friction supplémentaire aux liens économiques qu’Alger cherchait justement à consolider.

L’enjeu dépassait donc la seule technique financière : à l’heure où la crédibilité économique pèse lourd dans les rapports de force régionaux, l’Algérie a traité ce dossier comme une question de rang et de reconnaissance internationale, en lui donnant un portage politique de haut niveau.

Ainsi, l’analyse de l’Atlantic Council invite Washington à revoir sa perception d’une Algérie jugée opaque et difficile à réformer. Une certification technique, issue d’une évaluation par des pairs et d’une inspection sur le terrain, vient contredire cette image et démontre que les réformes engagées sont réelles.

Le rapport suggère à Washington trois pistes concrètes pour capitaliser sur cette dynamique : la relance du Dialogue stratégique américano-algérien, resté en sommeil depuis octobre 2023, avec un accent porté sur la coopération économique ; la mise en place d’un partenariat structuré entre les États-Unis et la CTRF pour lutter contre le financement illicite en Afrique du Nord et au Sahel, l’Algérie disposant d’une expertise reconnue sur les flux financiers transitant par ses frontières méridionales ; et enfin l’adoption d’une méthode fondée sur des objectifs précis et mesurables, plutôt que sur des exigences politiques générales, une approche qui aurait fait ses preuves avec le dossier du GAFI.

Si cette radiation ne prouve pas à elle seule une transformation durable de la culture de contrôle en Algérie, elle constitue néanmoins un jalon significatif selon l’analyse, largement saluée par une institution internationale indépendante.

Pour Alger, qui revendique depuis longtemps une reconnaissance à la hauteur de ses efforts de réforme, cette validation extérieure a une valeur particulière et ouvre la voie à un approfondissement de la coopération économique avec ses partenaires internationaux, Washington en tête.

K. B.

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