Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, est attendu à Alger ce lundi. Objectif affiché : renforcer la coopération économique, particulièrement dans son volet le plus stratégique, l’énergie. Selon la presse espagnole, la composition de la délégation qui l’accompagne témoigne de l’importance capitale que revêt ce partenariat pour les deux nations.
Outre la ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, le Président du gouvernement espagnol sera entouré des dirigeants des principales compagnies énergétiques de la péninsule, notamment Naturgy, Enagás, Repsol et Moeve (ex-Cepsa).
Cette visite officielle couronne le net réchauffement des relations politiques et économiques entre Alger et Madrid, après une période de tensions diplomatiques qui aura duré deux ans (2022-2024). Les deux parties ont désormais choisi de surmonter leurs dissensions, conscients du caractère hautement stratégique de leur relation, dont l’énergie demeure le pilier central.
Le gaz, un pilier resté immuable face aux tensions
Il convient de souligner que la brouille diplomatique et le coup de froid sur les échanges commerciaux n’ont jamais altéré les flux énergétiques. En 2024-2025, l’Espagne est restée l’un des tout premiers clients de Sonatrach à l’échelle mondiale.
La compagnie pétrolière nationale a scrupuleusement honoré l’ensemble de ses engagements contractuels, assurant la livraison continue de 9 à 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an via le gazoduc Medgaz, qui relie directement l’Algérie à l’Espagne.
À ce volume s’est ajoutée, en 2025, la livraison de 1,9 milliard de mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL). L’Espagne se positionne ainsi comme le deuxième plus grand importateur de gaz algérien, juste derrière l’Italie. En 2025, la péninsule ibérique a absorbé environ un tiers des exportations globales de gaz naturel de l’Algérie, tandis que le gaz algérien couvrait parallèlement un tiers des besoins de la consommation espagnole.
Cap sur la transition énergétique et l’alliance verte
Aujourd’hui, cette coopération ne veut plus se cantonner aux seules énergies fossiles ; elle ambitionne de s’étendre activement à la transition énergétique. Le ton avait déjà été donné en 2024-2025, période durant laquelle deux grands opérateurs espagnols ont manifesté un intérêt concret pour les énergies vertes en Algérie.
En 2024, Cepsa a signé un protocole d’accord (MoU) avec Sonatrach pour mener des études de faisabilité sur la production d’hydrogène vert, destiné principalement au marché européen. Ce projet intégré repose sur un procédé d’électrolyse de l’eau alimenté par des sources solaires et éoliennes. L’intérêt de la compagnie s’est également porté sur la production d’ammoniac vert, un vecteur énergétique à plus forte valeur ajoutée.
Pour consolider cet engagement, le PDG de Cepsa s’est rendu à Alger en avril 2025 afin de s’entretenir avec l’ancien PDG de Sonatrach, Rachid Hachichi. À l’issue de cette rencontre, les deux groupes ont officialisé leur volonté de coopérer dans les énergies propres en confirmant le lancement de projets innovants, incluant des centrales solaires et éoliennes. Pour marquer ce virage stratégique vers la décarbonation, Cepsa opère désormais sous le nom de Moeve.
Vers un hub européen de l’hydrogène
Parallèlement, Arturo Gonzalo Aizpiri, le PDG d’Enagás — principal gestionnaire du réseau de transport de gaz en Espagne —, a lui aussi rencontré le premier responsable de Sonatrach, Rachid Hachichi. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération gazière et son élargissement aux énergies propres, à la recherche et développement (R&D), ainsi qu’à la formation.
Lors de cette entrevue, Enagás a proposé à Sonatrach d’intégrer les groupes de travail existants, formés d’entreprises espagnoles, portugaises et allemandes, dédiés au développement de l’hydrogène vert en Espagne (le gouvernement espagnol ayant confié à Enagás la gestion du futur réseau de distribution d’hydrogène).
Dans son communiqué, Sonatrach a perçu cette proposition comme une opportunité majeure d’établir une présence directe de la compagnie nationale sur le marché espagnol des énergies de demain.
L’objectif ultime est de bâtir une véritable «alliance verte» : l’hydrogène vert produit en Algérie serait exporté vers l’Espagne. Cette dernière ambitionne elle aussi de transformer le sud de la péninsule en un hub énergétique incontournable. Cette transition s’inscrit, de surcroît, dans un contexte où les deux pays partagent une préoccupation majeure : la préservation de leurs ressources hydriques respectives.
Un ancrage économique croisé très dense
Ce partenariat renouvelé s’appuie sur des intérêts économiques déjà solidement ancrés. Sonatrach détient des actifs stratégiques d’importance en Espagne : elle possède 4% des actions du groupe Naturgy et détient une part majoritaire de 51% dans le gazoduc Medgaz (les 49% restants étant détenus par Naturgy).
La compagnie nationale s’appuie également sur une filiale locale dédiée à la commercialisation du gaz en Espagne, possède 11,6% du capital du méthanier espagnol Reganosa, et exploite, en partenariat avec le géant allemand BASF, le complexe de propylène de Tarragone.
Enfin, sur le sol algérien, l’ingénierie espagnole conserve une place de choix. La société Técnicas Reunidas réalise actuellement, en groupement avec le chinois Sinopec, la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud. Ce projet d’envergure, représentant un investissement de 4 milliards de dollars, permettra de produire 5 millions de tonnes de carburants par an.
K. R.





