Alger, Algérie

mardi 21 juillet 2026 17:24

Algérie-Allemagne : La puissance d’un partenariat

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, effectue depuis hier une visite officielle de deux jours en Républiquefédérale d’Allemagne, à l’invitation de son homologue Frank-Walter Steinmeier. L’événement n’est pas anodin : il s’agit de lapremière visite d’un chef d’État algérien à ce niveau protocolaire depuis des années, dans un contexte où l’axe Alger-Berlins’inscrit dans une dynamique inédite de rapprochement stratégique.

Sofiane Idiri

Correspondant

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune est arrivé hier à Berlin pour une visite officielle de deux jours en République fédérale d’Allemagne. Au programme : un entretien restreint avec le président Steinmeier, puis des discussions avec le chancelier Friedrich Merz portant sur l’approfondissement de la coopération bilatérale. Une rencontre avec les membres de la communauté algérienne établie en Allemagne est également prévue, tout comme un forum économique algéro-allemand réunissant responsables, chefs d’entreprise et investisseurs des deux pays, explique un communiqué de la présidence de la République.

Ce forum devrait déboucher sur l’annonce d’un partenariat stratégique et la signature de plus d’une trentaine d’accords, couvrant les hydrocarbures, les énergies renouvelables et la transition énergétique, l’industrie pharmaceutique, la transformation industrielle et les technologies avancées, souligne la même source.

Un contexte énergétique porteur

La coopération entre les deux pays connaît une dynamique fulgurante. Le 2 juillet dernier, Sonatrach a procédé à sa toute première livraison de gaz naturel liquéfié vers l’Allemagne, une cargaison chargée au complexe GL2Z d’Oran et acheminée vers le terminal flottant de regazéification de Wilhelmshaven. Ce geste, hautement symbolique, vient s’ajouter au rôle déjà consolidé de l’Algérie comme deuxième fournisseur de gaz de l’Europe en 2025, avec près de 40 milliards de m³ exportés vers le continent, dont l’essentiel par gazoduc via l’Italie et l’Espagne.

Le partenariat entre Alger et Berlin ne se limitera pas aux hydrocarbures. Le projet SoutH2 Corridor, infrastructure destinée à acheminer plusieurs millions de tonnes d’hydrogène vert produit dans le sud algérien vers l’Europe via la Tunisie et l’Italie, figure parmi les dossiers techniques et politiques centraux de cette visite.

L’Allemagne y voit un levier concret pour alimenter la décarbonation de son tissu industriel, tandis qu’Alger cherche à valoriser un potentiel solaire et éolien encore largement sous-exploité. La coopération économique s’étend également à d’autres secteurs jugés très porteurs.

Au-delà du gaz : industrie, pharmacie, automobile

La sous-traitance industrielle et le transfert de savoir-faire figurent en bonne place, tout comme l’industrie pharmaceutique, où plusieurs groupes allemands sont déjà en œuvre. Le secteur automobile retient particulièrement l’attention : confrontés à une crise structurelle sur leur propre marché, plusieurs équipementiers allemands explorent depuis quelques semaines des pistes de partenariat industriel avec l’Algérie, autour de la sous-traitance locale et du transfert technologique.

Les relations économiques entre Alger et Berlin remontent aux années 1960-1970, période durant laquelle l’Allemagne avait contribué à l’effort d’industrialisation du pays. Cette coopération historique reste toutefois en deçà du potentiel réel des deux économies, une situation que les deux capitales affichent aujourd’hui la volonté commune de corriger.

Pour l’Algérie, ce rapprochement avec la première puissance industrielle européenne s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenariats économiques, dans la continuité des efforts engagés pour améliorer le climat des affaires et attirer l’investissement étranger.

L’agenda de cette visite officielle devrait également aborder des questions sécuritaires régionales, notamment les tensions au Moyen-Orient, la situation au Sahel et les flux migratoires, confirmant la dimension globale de ce partenariat qui dépasse le seul cadre économique.

S. I.

Dix ans d’échanges commerciaux

L’Allemagne occupe aujourd’hui la sixième place parmi les fournisseurs de l’Algérie, derrière la Chine,la France et l’Italie. En 2025, les exportations allemandes vers l’Algérie se sont établies autour de 2,1milliards d’euros, un montant globalement stable mais qui a reculé de 5,6 % au premier trimestre 2026.

Ces ventes allemandes sont dominées par les produits chimiques, les machines industrielles et les véhicules automobiles ; les exportations de machines ont d’ailleurs progressé de 23 % en 2025, pour atteindre 462 millions d’euros, portées par l’activité industrielle algérienne.

Dans l’autre sens, les exportations algériennes vers l’Allemagne ont connu une dynamique nettement plusfavorable : une hausse d’environ 11 % en 2025, à 1,4 milliard d’euros, suivie d’une progression de 20 %au premier trimestre 2026. Ces ventes reposent presque exclusivement sur les hydrocarbures bruts et lesproduits pétroliers, ce qui explique une balance commerciale structurellement excédentaire en faveur del’Algérie.

Des groupes allemands historiques comme Knauf, Siemens, Liebherr ou BASF sont implantés en Algé-rie depuis plusieurs décennies. La visite présidentielle et le forum économique qui l’accompagne ouvrela voie à une diversification vers l’industrie, la pharmacie et les technologies propres.

S. I.

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