Jadis simple escale aux confins du désert, la wilaya d’Adrar s’affirme désormais comme le poumon agro-industriel du pays. Entre technologies de pointe et investissements records, ce territoire aride relève le défi de la souveraineté alimentaire, transformant le sable en or vert.
Par Nabila A.
L’Algérie amorce un tournant historique dans sa stratégie économique. Alors que le pays vise l’autosuffisance en blé dur dès les prochaines années, Adrar s’impose comme la pièce maîtresse de cet échiquier.
Grâce à l’exploitation de la nappe albienne et à une volonté politique de fer, la région ne se contente plus de produire: elle industrialise son agriculture pour rompre définitivement avec la dépendance aux hydrocarbures.
L’agriculture 4.0 : la technologie au service du rendement
Dans cet environnement où le thermomètre frôle les 50°C, l’improvisation n’a pas sa place. La région est devenue un véritable laboratoire à ciel ouvert. Pour optimiser chaque goutte d’eau, les exploitations déploient l’artillerie technologique: capteurs d’humidité, sondes tensio-métriques connectées et pilotage des pivots d’irrigation à distance.
L’imagerie satellite et les drones assurent désormais le suivi de milliers d’hectares. Selon les chiffres récents de la Direction des Services Agricoles (DSA), les rendements dans le Sud atteignent des sommets, oscillant entre 47 et 51 quintaux par hectare, surpassant largement la moyenne des wilayas du Nord.
«Adrar est devenue un pôle national qui aspire à porter la sécurité alimentaire du pays», soulignent les autorités locales.
Blé et Maïs : les piliers de la souveraineté
La campagne de moisson-battage 2024-2025 confirme cette dynamique avec une production attendue de 1,5 million de quintaux de céréales pour la seule wilaya d’Adrar. Parallèlement, la culture du maïs grain y connaît un essor fulgurant, considéré comme un «investissement stratégique» pour l’indépendance agroalimentaire.
L’olivier, traditionnellement réservé au Nord, s’est également acclimaté avec un succès surprenant. L’huile produite à Adrar, réputée pour sa pureté et son très faible taux d’acidité, commence déjà à séduire les marchés internationaux, prouvant que la diversification est possible au cœur du Sahara.
Industrialisation : créer de la valeur au cœur du désert
Le défi actuel n’est plus seulement de récolter, mais de transformer. Le paysage d’Adrar se mue en zone industrielle avec l’implantation de minoteries et semouleries pour traiter les grains sur place et réduire les frais logistiques, et des unités de conditionnement modernes répondant aux standards d’exportation.
D’autre part, il y a le développement des filières d’alimentation animale valorisant les résidus de récolte (pailles, sons) dans une logique d’économie circulaire.
L’État soutient ce mouvement via l’Office de développement de l’agriculture industrielle en terres sahariennes (ODAS), qui facilite l’accès au foncier pour les projets structurants. Des géants nationaux comme Sonatrach investissent également massivement dans des projets de grandes cultures stratégiques sur des milliers d’hectares.
Une porte ouverte sur l’Afrique
Au-delà de la consommation nationale, Adrar regarde vers le Sud. Sa position stratégique en fait un hub naturel pour la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).
En maîtrisant l’agriculture en milieu extrême, l’Algérie ne se contente pas de nourrir sa population; elle se prépare à exporter son savoir-faire et ses produits «Made in Algeria» vers le Sahel et au-delà.
N. A.
Investir à Adrar sous l’égide de l’ODAS
Pour transformer Adrar en pôle agro-industriel, l’Algérie a déployé un arsenal de mesures incitatives pilotées par l’Office de Développement de l’Agriculture Industrielle en Terres Sahariennes (ODAS). Ce guichet unique simplifie radicalement le parcours de l’investisseur en centralisant les démarches administratives.
Accès privilégié au foncier et à l’énergie
L’ODAS met à disposition des porteurs de projets des assiettes foncières stratégiques sous forme de concessions, souvent pour des superficies égales ou supérieures à 250 hectares.
Les projets retenus bénéficient d’un accompagnement pour le raccordement électrique et l’obtention prioritaire des autorisations de forage, points névralgiques de l’exploitation en milieu désertique.
Un bouclier fiscal de 3 à 10 ans
Grâce à la nouvelle Loi sur l’investissement (n° 22-18), les entreprises agricoles et agroindustrielles s’installant à Adrar bénéficient de régimes d’incitation très avantageux:
– Phase de réalisation: Exonération des droits de douane pour les équipements importés et franchise de TVA sur les biens et services locaux liés au projet.
– Phase d’exploitation: Après constat d’entrée en activité, les sociétés bénéficient d’une exonération totale de l’Impôt sur le Bénéfice des Sociétés (IBS) et de la Taxe sur l’Activité Professionnelle (TAP) pour une durée allant
de 3 à 10 ans selon l’envergure du projet.Éligibilité et critères de sélection
Pour prétendre à ces avantages via la plateforme numérique de l’ODAS, l’investisseur
doit présenter un dossier solide incluant:– Un business plan détaillé démontrant l’intégration du projet (production + transformation).
– Des capacités financières justifiées par des relevés bancaires récents.
– Un engagement sur le développement de filières stratégiques (céréales, oléagineux, sucre).«L’ODAS n’est pas qu’un distributeur de terres, c’est un partenaire stratégique qui sécurise l’investissement lourd en garantissant l’accès aux infrastructures de base», précise-t-on auprès du Ministère de l’Agriculture et
du Développement Rural.







