Alger, Algérie

mercredi 22 juillet 2026 03:30

Abderrahmane Hadef, Consultant international en développement économique à «Eco Times»

Abderrahmane Hadef, Consultant international en développement économique à «Eco Times» : «Transformer l’avantage conjoncturel»

Dans cet entretien, le consultant international en développement économique, Abderrahmane Hadef, décrypte les enjeux majeurs de la visite de la cheffe du gouvernement italienne, Giorgia Meloni, placée sous le signe du renforcement stratégique entre l’Algérie et l’Italie. Il revient également sur les opportunités de renforcer les investissements italiens en Algérie, notamment dans les secteurs productifs à forte valeur ajoutée, ainsi que sur les leviers à activer pour diversifier les exportations algériennes au-delà des hydrocarbures. M.Hadef a mis également en avant l’intérêt pour l’Algérie de s’inspirer du modèle économique italien, fondé sur un tissu dynamique de PME, des clusters industriels performants et une forte articulation entre formation, innovation et production.

Eco Times

Correspondant

Dans cet entretien, le consultant international en développement économique, Abderrahmane Hadef, décrypte les enjeux majeurs de la visite de la cheffe du gouvernement italienne, Giorgia Meloni, placée sous le signe du renforcement stratégique entre l’Algérie et l’Italie. Il revient également sur les opportunités de renforcer les investissements italiens en Algérie, notamment dans les secteurs productifs à forte valeur ajoutée, ainsi que sur les leviers à activer pour diversifier les exportations algériennes au-delà des hydrocarbures. M.Hadef a mis également en avant l’intérêt pour l’Algérie de s’inspirer du modèle économique italien, fondé sur un tissu dynamique de PME, des clusters industriels performants et une forte articulation entre formation, innovation et production.

Propos recueillis par Hakim O.

C’est aujourd’hui mercredi que la cheffe du gouvernement italienne effectuera une visite de travail en Algérie. Selon vous quels sont les dossiers principaux qui seront examinés lors de ce déplacement à Alger ?

La visite de Giorgia Meloni en Algérie intervient dans un contexte international marqué par de profondes mutations géopolitiques, notamment les tensions persistantes au Moyen-Orient et les reconfigurations des marchés énergétiques mondiaux.

Dans ce cadre, la coopération entre l’Algérie et l’Italie connaît une dynamique ascendante, portée par une convergence d’intérêts stratégiques.

Au-delà de la relation énergétique traditionnelle, les deux pays s’orientent progressivement vers un partenariat plus structurant, fondé sur l’investissement, la co-production et la création de valeur.

Cette visite constitue ainsi une opportunité majeure pour consolider cet axe stratégique euro-méditerranéen. La rencontre entre Giorgia Meloni et Abdelmadjid Tebboune devrait s’articuler autour de plusieurs dossiers structurants.

En premier lieu, le partenariat énergétique demeurera central, avec un accent particulier sur la sécurisation des approvisionnements en gaz au profit de l’Europe, mais également sur l’élargissement de la coopération vers les énergies renouvelables et l’hydrogène vert.

En second lieu, la dimension économique et industrielle prendra une importance accrue. Il s’agira de promouvoir les investissements directs italiens en Algérie, notamment dans les secteurs productifs à forte valeur ajoutée.

Par ailleurs, la projection vers l’Afrique constituera un axe stratégique majeur. L’Algérie, en lien avec la Zone de libre-échange continentale africaine, et l’Italie, à travers le Plan Mattei, peuvent construire une plateforme de co-développement orientée vers les marchés africains.

Enfin, les enjeux géopolitiques régionaux, notamment en Méditerranée et au Sahel, ainsi que les implications des tensions au Moyen-Orient sur la sécurité énergétique, seront également au cœur des échanges.

L’Italie et l’Europe d’une manière générale veulent plus du gaz. Selon vous, le contexte énergétique actuel est-il une opportunité pour l’Algérie de mieux négocier et capter plus d’IDE ?

Le contexte actuel constitue indéniablement une opportunité stratégique pour l’Algérie. La demande accrue de gaz de la part de l’Europe renforce sa position en tant que fournisseur fiable et crédible. Cependant, l’enjeu fondamental réside dans la capacité à transformer cet avantage conjoncturel en levier structurel.

L’Algérie doit ainsi orienter ses négociations vers la captation d’investissements directs étrangers, notamment avec des partenaires comme ENI. Il s’agit de conditionner l’accès aux ressources à des engagements concrets en matière de : développement industriel, transfert de technologies, investissements dans les énergies renouvelables.

Cette approche permettrait de repositionner l’Algérie non seulement comme fournisseur d’énergie, mais comme acteur clé de la transformation énergétique et industrielle en Méditerranée.

Au-delà de l’énergie, l’Algérie et l’Italie travaillent sur l’élargissement et la diversification de leur coopération. Comment s’inspirer du modèle italien et dans quels domaines ?

L’expérience italienne offre plusieurs enseignements stratégiques pour l’Algérie. Le premier concerne le rôle central des PME dans la structuration du tissu industriel. Le modèle italien repose sur un réseau dense d’entreprises innovantes et exportatrices, capables de s’adapter rapidement aux évolutions des marchés.

Le second enseignement réside dans le développement de clusters industriels territorialisés, favorisant la spécialisation, l’innovation et la montée en gamme.

En outre, l’Italie dispose d’un savoir-faire reconnu dans des secteurs clés tels que : les énergies renouvelables, l’agro-industrie, les infrastructures et l’ingénierie.

Enfin, la réussite italienne repose sur une forte articulation entre formation, innovation et industrie, un axe stratégique également promu par Abdelmadjid Tebboune.

Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint les 13 milliards d’euros mais une grande partie de nos exportations sont du gaz. Quelle stratégie à mettre en place pour diversifier les exportations algériennes notamment ?

La diversification des exportations constitue un impératif stratégique pour l’Algérie afin de renforcer la résilience de son économie. Cette stratégie doit d’abord s’appuyer sur la transformation locale des ressources naturelles, à travers le développement d’industries à forte valeur ajoutée. Elle doit également viser une meilleure intégration dans les chaînes de valeur régionales et internationales, en s’appuyant notamment sur le partenariat avec l’Italie.

Le développement de nouveaux secteurs exportateurs est également crucial, notamment dans les énergies renouvelables, l’agro-industrie et certains segments industriels.

Dans ce cadre, le modèle des zones économiques spéciales apparaît comme un levier particulièrement pertinent. Ces zones permettent d’attirer des investissements directs étrangers (IDE) orientés vers l’exportation, en offrant un environnement compétitif, des incitations ciblées et une connectivité logistique adaptée.

Elles peuvent ainsi jouer un rôle déterminant dans la création de pôles industriels exportateurs et dans l’intégration de l’Algérie dans les chaînes de valeur mondiales. Enfin, l’exploitation des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine permettra d’élargir les débouchés des produits algériens à l’échelle continentale.

Enfin quelles perspectives pour le partenariat algéro-italien ?

La visite de Giorgia Meloni en Algérie pourrait marquer un tournant dans la structuration du partenariat entre les deux pays. À moyen et long terme, cette relation est appelée à évoluer vers un partenariat stratégique global reposant sur trois piliers essentiels : un partenariat énergétique élargi, intégrant les énergies renouvelables et les nouvelles chaînes de valeur énergétiques ; une coopération industrielle renforcée, fondée sur l’investissement productif, le transfert technologique et la co-production ; une projection conjointe vers l’Afrique, permettant de positionner l’Algérie et l’Italie comme acteurs clés du développement régional.

Dans un monde en recomposition, l’axe Alger–Rome peut ainsi devenir un moteur de stabilité et de prospérité en Méditerranée, en contribuant à l’émergence d’un modèle de coopération fondé sur la création de valeur, la durabilité et l’équilibre des intérêts.

H. O.

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