Le lancement officiel, ce dimanche 19 avril, de l’appel d’offres international “Le Bid Round 2026” par l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft) ne surgit pas du néant. Il couronne deux années de tractations, de signatures et de contrats conclus. Tour d’horizon d’une dynamique qui a précédé et largement préparé le rendez-vous du jour.
Par K. Boukhalfa
Quand Alnaft lance officiellement son « Bid Round 2026 », le terrain a déjà été soigneusement balisé. Depuis 2024, Sonatrach multiplie les accords de partenariat, les contrats d’exploration et les protocoles de coopération avec des majors venus des quatre coins du globe.
L’objectif affiché est clair : renouveler les réserves, augmenter la production et démontrer que le domaine minier algérien, fort de plus de 1,7 million de km², reste largement prospectif.
Les chiffres parlent d’eux‑mêmes. En 2025, Sonatrach a enregistré 17 découvertes d’hydrocarbures, concentrées dans des bassins dits matures. Une performance que son P‑DG, Noureddine Daoudi, a qualifiée de confirmation que “notre domaine minier demeure largement prospectif”.
C’est précisément l’exploration qui constitue aujourd’hui le moteur de cette relance. Longtemps cantonnée à la gestion de champs matures, l’Algérie a opéré un virage stratégique majeur : replacer l’activité exploratoire au cœur de sa politique énergétique. Les résultats sont déjà visibles.
Le rythme des découvertes s’est accéléré, et l’intérêt des compagnies internationales pour les zones vierges du domaine minier national ne cesse de croître. L’exploration algérienne est bel et bien sur une très bonne lancée, et les acteurs du secteur le savent.
Dans la foulée, le groupe a tracé un plan d’investissement ambitieux pour 2026‑2030, dans lequel l’exploration et la production représentent à elles seules 75 % des dépenses de développement, avec un programme prévoyant le forage d’environ 500 puits d’exploration et quelque 950 puits de développement.
Ainsi, la dynamique actuelle prend racine dans le Bid Round de 2024, dont les résultats ont été officialisés le 21 juillet 2025 avec la signature de contrats majeurs, mobilisant un investissement initial de plus de 600 millions de dollars sur une durée de 30 ans.
Parmi les attributions notables : le groupe chinois Sinopec sur le bloc « Qarn El Qessa 2 » dans la région de Béchar ; le consortium QatarEnergy–TotalEnergies sur le bloc « Ahara » dans le bassin d’Illizi via un contrat de partage de production ; l’italien Eni en partenariat avec le thaïlandais PTTEP sur le périmètre « Reggane 2 » ; ainsi que le groupe chinois ZPEC sur le bloc « Zarafa 2 » dans la zone Adrar‑In Salah.
Ces attributions ont d’emblée envoyé un message fort aux marchés : la flexibilité du modèle de Partage de Production (PSC), réintroduit par la loi 19‑13, est opérationnelle et attractive.
Les géants américains frappent à la porte
L’un des faits les plus marquants de cette période préparatoire est l’entrée en scène des supermajors américaines.
Dès mai et juin 2024, Sonatrach a signé des protocoles d’accord avec ExxonMobil et Chevron, portant notamment sur l’exploration de bassins gaziers d’envergure comme celui de l’Ahnet. Chevron a par ailleurs confirmé son intérêt pour le segment offshore algérien, encore largement sous‑exploité.
Ces accords, mûris tout au long de l’année 2025, illustrent un changement de statut : l’Algérie n’est plus seulement un fournisseur fiable, elle redevient une destination d’exploration à part entière.
Repsol, Harbour Energy, Sinopec : les contrats récents
Dans le prolongement de cette dynamique, plusieurs contrats structurants ont été récemment approuvés et publiés au Journal officiel.
Deux d’entre eux concernent le partenariat entre Sonatrach et l’espagnol Repsol. Le premier porte sur le développement des périmètres de Menzel Lejmet dans le bassin d’Illizi, en association avec Repsol et l’indonésien PT Pertamina.
Le second concerne l’un des plus grands gisements de gaz sec d’Algérie, Reggane Nord, dans le cadre du partenariat conclu en juin 2025 entre Sonatrach, Repsol et le britannique Harbour Energy — ce dernier ayant racheté en début d’année les parts de l’allemand Wintershall Dea dans ce groupement.
Un troisième contrat, d’une valeur de 850 millions de dollars, a été signé avec le groupe chinois Sinopec pour l’exploration et l’exploitation des périmètres de Hassi Berkane Nord, témoignant de l’approfondissement de la coopération sino‑algérienne dans le secteur énergétique.
À ces signatures s’ajoutent trois contrats de service conclus en décembre 2025 entre Sonatrach et l’indonésienne Pertamina, portant sur l’enlèvement du pétrole brut, du condensat et des GPL produits sur le périmètre Menzel Ledjmet, pour une durée de 25 ans.
Un accord‑cadre de partenariat a également été signé avec le vietnamien Petrovietnam en novembre 2025, ouvrant de nouvelles perspectives de coopération en matière de prospection.
BP de retour, Eni consolidé
Symbole fort de cette reconquête : le retour de British Petroleum. Le 14 avril dernier, Alnaft a annoncé avoir accordé à BP une autorisation de prospection, marquant le retour du géant britannique en Algérie après plus de trois ans d’absence. Un retour intervenu quelques jours seulement avant le lancement du Bid Round 2026.
Du côté de l’italien Eni, la coopération s’est encore renforcée : un décret présidentiel publié en janvier 2026 a validé un nouveau contrat avec sa filiale Eni Algeria Exploration B.V. pour renforcer la production sur des périmètres stratégiques.
Equinor, de son côté, a signé un mémorandum d’entente en 2024‑2025 portant notamment sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, conjuguant enjeux de production et engagements environnementaux.
Un appel d’offres dans un marché favorable
Au‑delà des contrats, le contexte joue en faveur de l’Algérie. L’évolution de la situation géopolitique, en particulier les tensions persistantes au Moyen‑Orient, a renforcé l’intérêt des pays européens pour la diversification de leurs sources d’approvisionnement énergétique.
L’Algérie, fournisseur historique et reconnu comme partenaire “sûr”, se retrouve en position idéale pour répondre à cette demande croissante en gaz naturel.
C’est dans ce contexte que le Bid Round 2026, portant sur 24 blocs, prend toute sa dimension stratégique. Il ne s’agit pas d’un pari, mais de la concrétisation d’une stratégie de plusieurs années : ouvrir davantage le domaine minier national, diversifier les partenaires, et augmenter significativement la production primaire.
Les fondations sont posées. Le coup d’envoi est donné.
K. B.







