À Béjaïa, les prix de la prestigieuse figue sèche de Béni Maouche connaissent cette année une baisse notable, sans toutefois devenir réellement accessible pour la majorité des consommateurs. Malgré cette diminution, ce produit phare demeure coûteux, bien que la saison 2025 ait enregistré une récolte exceptionnellement abondante, inégalée depuis plusieurs années. Selon plusieurs acteurs de la filière, la production aurait même pu être plus élevée encore si des stratégies agricoles plus performantes étaient mises en place, notamment dans la gestion des vergers, la lutte contre les pertes et l’organisation des circuits de commercialisation.
Enquête réalisée par Sofiane Idiri
(2ème partie et fin)
Modernisation, irrigation, pépinières : les clés d’une relance durable
Parmi les solutions proposées pour améliorer le rendement de la filière figue à Béni Maouche, plusieurs spécialistes insistent d’abord sur la nécessité pour les agriculteurs de maîtriser les techniques culturales essentielles à la productivité du figuier. La première étape repose sur une caprification bien menée, opération déterminante pour assurer une bonne pollinisation et, par conséquent, un volume de production satisfaisant.
Pour garantir cette réussite, plusieurs travaux doivent être réalisés au bon moment. Le labour du sol au mois de mars constitue une première opération fondamentale. Il permet d’aérer la terre, de favoriser l’infiltration de l’eau et de préparer le terrain à une bonne reprise végétative.
À cela s’ajoute la taille de régénération des vieilles plantations, indispensable pour revitaliser les vergers anciens et relancer la croissance des sujets affaiblis. «Cette technique permet de les rajeunir et de stimuler une nouvelle dynamique de production», explique Mohand Salah Hamlaoui.
Les spécialistes recommandent également de favoriser les irrigations d’appoint, devenues cruciales dans un contexte marqué par la sécheresse. Une première irrigation de 30 à 50 litres par arbre en hiver, en cas de déficit hydrique, permet à l’arbre «d’entrer en bonne végétation», selon les agronomes locaux.
Une seconde irrigation réalisée au mois de mai facilite la pénétration du blastophage dans le fruit, étape essentielle à la caprification.
Enfin, une dernière irrigation au début du mois de juillet contribue au bon développement des sycones et au grossissement des fruits, tout en réduisant significativement les risques de coulure, explique M. Hamlaoui.
L’usage des fertilisants est un autre levier déterminant. Les spécialistes appellent les agriculteurs à utiliser davantage les engrais phosphatés et potassiques, «essentiels pour la tolérance à la sécheresse», souligne Mohand Salah. Selon lui, un apport d’environ cinq quintaux par hectare de la formule 3×15 à la fin de l’hiver est bénéfique au développement de l’arbre.
La taille de fructification, qui intervient généralement au mois de février, complète ce dispositif en permettant d’équilibrer la charge de l’arbre et d’améliorer la qualité des fruits produits.
Au-delà des pratiques agricoles, plusieurs experts estiment qu’il est indispensable de revoir la stratégie globale de développement de la filière. Pour eux, la culture du figuier doit enfin devenir une véritable chaîne structurée, au sens économique du terme.
L’un des premiers axes d’intervention concerne l’élargissement des superficies dédiées au figuier dans la région. « Il faut élargir les espaces réservés à cette culture », insiste M. Hamlaoui, qui rappelle que plusieurs terres actuellement consacrées à d’autres cultures pourraient être avantageusement converties au figuier, jugé plus rentable.
Selon ses estimations, la seule région de Béni Maouche pourrait accueillir jusqu’à 1 000 hectares supplémentaires. Cependant, l’extension des superficies implique un approvisionnement important en plants. Le renforcement de la filière passe donc par le développement d’un véritable marché local des plants de figuier. À ce titre, M. Hamlaoui préconise la création
de pépinières de 01 hectare chacune, capables de produire localement les plants nécessaires. L’idéal serait d’en implanter au moins trois dans la wilaya de Béjaïa et trois autres dans la wilaya de Sétif, de préférence dans les 21 communes relevant de l’indication géographique protégée de Béni Maouche (11 à Béjaïa et 10 à Sétif).
Produire localement permettrait non seulement de réduire les coûts, mais aussi de préserver la biodiversité du figuier, considérée comme un patrimoine génétique précieux.
Les besoins sont importants : «Dans les cinq prochaines années, il faudra 70 000 plants tous les deux ans, soit 35 000 figuiers et 35 000 caprifiguiers, ce qui représente un total de 175 000 plants durant cette période», estime M. Hamlaoui.
Enfin plusieurs spécialistes appellent à une mécanisation plus adaptée aux spécificités de la région, notamment pour les travaux de labour. Ils encouragent l’utilisation de motoculteurs ou d’outils modernes capables de réduire la pénibilité du travail et d’améliorer l’efficacité des exploitations.
«L’État doit soutenir les agriculteurs avec des subventions pour l’acquisition de motoculteurs », souhaite Kemadi Karim, agriculteur de la région.
Cette demande se justifie d’autant plus que Béni Maouche est une zone montagneuse, où le travail du sol reste particulièrement difficile.
«Je l’ai dit à maintes reprises lors de séminaires et de rencontres : la mécanisation de l’arboriculture en montagne, notamment à travers l’usage de motoculteurs, est indispensable. Il faut soutenir cette démarche», insiste pour sa part M. Hamlaoui.
S. I.







