Dans un contexte marqué par le stress hydrique et la raréfaction des ressources naturelles, la réutilisation des eaux usées traitées s’impose progressivement comme une solution stratégique pour l’agriculture en Algérie. Une récente étude menée à la station d’épuration de Sidi Merouane (wilaya de Mila) met en lumière le potentiel de cette ressource non conventionnelle, tout en soulignant les précautions nécessaires pour en garantir un usage durable.
Synthèse Akrem R.
Les analyses physicochimiques effectuées entre janvier et mai 2025 sur les effluents traités de la station de Sidi Merouane montrent des résultats encourageants. L’eau présente un pH neutre à légèrement alcalin (7,3 à 7,5), une conductivité électrique modérée et une teneur en sels dissous relativement stable autour de 750 mg/L.
Ces valeurs traduisent une salinité acceptable pour la majorité des cultures, même si certaines espèces sensibles nécessitent des précautions particulières.
Les concentrations en nitrates (jusqu’à 6,2 mg/L) et en phosphates (jusqu’à 5,02 mg/L) demeurent globalement conformes aux recommandations de la FAO, avec seulement quelques pics ponctuels enregistrés en mai.
De plus, les indices agronomiques tels que le rapport d’adsorption du sodium (SAR entre 2,87 et 3,29), le pourcentage de sodium (48 à 52 %) et le coefficient de Kelly (KR < 1) indiquent une eau utilisable en irrigation, notamment sur des sols bien drainés.
L’usage d’eaux usées traitées dans l’agriculture présente plusieurs avantages. D’une part, il contribue à sécuriser l’approvisionnement en eau dans une région où les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents.
Des bénéfices économiques et environnementaux
D’autre part, il permet une réduction des coûts liés aux engrais, puisque ces effluents contiennent des nutriments bénéfiques comme l’azote et le phosphore. En outre, leur réutilisation réduit la pression sur les nappes phréatiques et limite le rejet de polluants dans le milieu naturel.
Selon l’étude, cette ressource peut devenir un levier pour améliorer la productivité agricole et renforcer la sécurité alimentaire, à condition d’être intégrée dans une politique de gestion intégrée de l’eau.
Si les résultats sont globalement positifs, l’étude souligne aussi certaines limites. Les teneurs en nitrites et en phosphates, parfois supérieures aux normes recommandées, rappellent la nécessité d’un suivi régulier de la qualité de l’eau et des sols.
Une irrigation prolongée sans contrôle pourrait en effet conduire à une accumulation de sels ou de substances toxiques, avec des effets négatifs sur la fertilité des sols et la croissance des cultures.
Par ailleurs, les risques sanitaires ne doivent pas être négligés. Le contact direct avec les eaux usées traitées peut exposer les agriculteurs et les consommateurs à des agents pathogènes.
Un encadrement technique et réglementaire s’avère donc indispensable, incluant le choix des cultures adaptées, le contrôle du drainage et, si nécessaire, un mélange avec des eaux de meilleure qualité.
La réutilisation des eaux usées traitées s’inscrit dans les orientations nationales visant à diversifier les ressources en eau et à soutenir la transition vers une agriculture durable. L’expérience de la STEP de Sidi Merouane dé- montre qu’avec une gestion appropriée, cette ressource peut constituer une alternative viable face au déficit hydrique et un outil stratégique au service de la sécurité alimentaire.
Au-delà du cas de Mila, la généralisation de telles pratiques suppose une meilleure coordination entre opérateurs publics, agriculteurs et chercheurs, ainsi qu’un cadre réglementaire adapté.
Car si la valorisation des eaux usées traitées apparaît comme une réponse prometteuse à la crise de l’eau, elle ne pourra produire ses effets qu’au prix d’une gestion rigoureuse et durable.
A. R.







