L’Algérie dispose d’un patrimoine viticole riche, couvrant plusieurs régions et cépages de table ou de cuve. Mais ce patrimoine est confronté à une menace invisible et largement sous-estimée comme le virus associé au piqûre du bois du rupestris de la vigne (GRSPaV). Ce pathogène, le plus répandu au monde dans les vignobles, est connu pour sa «très grande variabilité génétique» et son rôle soupçonné dans diverses maladies du bois.
Synthèse Akrem R.
Une équipe de chercheurs algériens, en partenariat avec des laboratoires tunisiens et irakiens, a publié en décembre 2024 dans la revue scientifique «Phytopathologia Mediterranea» la première étude consacrée à la «diversité génétique du GRSPaV en Algérie».
Les résultats ouvrent la voie à une meilleure compréhension de la propagation de ce virus et à l’élaboration de stratégies de lutte adaptées.
Le GRSPaV est rapporté dans la majorité des pays producteurs de vigne. En Algérie, une étude antérieure avait déjà estimé que près de «six ceps sur dix (57,9 %)» étaient porteurs de ce virus.
Sa diffusion s’explique essentiellement par la «circulation de matériel végétal infecté» (greffons, porte-greffes, plants importés), car aucun vecteur naturel (insecte ou acarien) n’a été identifié jusqu’ici.
Ce virus est associé à la «piqûre du bois» et à la «nécrose des nervures», symptômes qui fragilisent les ceps, réduisent leur vigueur et peuvent, à terme, compromettre la productivité des vignobles. Bien que son rôle exact dans ces maladies ne soit pas totalement élucidé, sa présence massive constitue une alerte sérieuse pour les producteurs.
Pour la première fois, les chercheurs ont entrepris un «dépistage moléculaire et une analyse génétique approfondie» du GRSPaV en Algérie. Dix isolats du virus ont été prélevés sur différentes variétés de vigne : huit cépages de table (dont Dattier, Cardinal, Gros noir) et deux cépages de cuve (Valensi et Carignan).
Les séquences du gène de la protéine de capside (CP)– indispensable à la formation des particules virales – ont été comparées. Résultat : les taux de similitude entre les isolats algériens variaient de 76 % à 99 %, confirmant une forte diversité génétique.
Parmi les isolats étudiés, l’échantillon «ALG99» a fait l’objet d’un séquençage complet par technologie haut débit (RNA-seq). Sa séquence génomique, longue de «8 646 nucléotides», a été entièrement décodée et déposée dans la base internationale «GenBank», une première pour l’Algérie.
Quatre groupes principaux de souches identifiés
L’analyse phylogénétique a permis de classer les isolats algériens en quatre grands groupes (I, II, III et IV), sur un total de neuf connus dans le monde. La majorité des souches algériennes se regroupent dans les groupes III et IV, qui comprennent aussi des variants observés en Europe et en Amérique.
Cette répartition témoigne de la circulation internationale du virus via les échanges commerciaux de plants de vigne. Certains isolats algériens, comme «DZ-GRSPaV-N18», présentent une forte proximité (99 %) avec des souches de référence américaines, tandis que d’autres, comme «ALG99», se distinguent par une divergence marquée, confirmant l’existence de variants propres au contexte localVoici une correction fluide et allégée de votre passage :
Les résultats de cette étude mettent en évidence un double enjeu pour l’Algérie. D’une part, un enjeu sanitaire, car la diversité génétique du GRSPaV complique la détection et le suivi de l’infection : certains tests diagnostiques pourraient en effet ne pas reconnaître toutes les variantes. D’autre part, un enjeu économique, puisque la longévité des ceps et la qualité de la production viticole peuvent être affectées, ce qui représente un risque pour une filière déjà en quête de compétitivité.
Le professeur Arezki Lehad, chercheur à l’École nationale supérieure d’agronomie d’Alger et co-auteur de l’étude, souligne que : « Comprendre la diversité génétique de ce virus est une étape décisive pour élaborer des programmes de certification sanitaire et protéger la filière viticole nationale ».
Les auteurs de l’étude recommandent de poursuivre les recherches sur : Les cépages autochtones et les vignes sauvages, qui pourraient constituer des réservoirs de diversité virale ; l’impact agronomique réel du GRSPaV sur les rendements et la qualité des raisins et la mise en place d’un système national de certification sanitaire pour garantir que le matériel de plantation soit indemne de virus.
Le projet de recherche a été financé dans le cadre du programme algéro-tunisien «INNOVITIS», qui vise à renforcer la coopération scientifique régionale sur les maladies de la vigne.
Cette première cartographie génétique du GRSPaV en Algérie constitue une avancée scientifique majeure. Elle apporte aux chercheurs, aux décideurs et aux viticulteurs des données inédites pour mieux comprendre et anticiper l’évolution de ce virus, considéré comme un problème mondial de la viticulture.
À l’heure où l’Algérie cherche à moderniser et diversifier son agriculture, ces travaux rappellent qu’une filière viticole compétitive passe aussi par une gestion rigoureuse des risques phytosanitaires, en particulier face à des pathogènes aussi discrets que redoutables.
A.R.







