Ingénieure d’État en informatique et systèmes d’information, Chahrazed Saadi a exercé comme développeuse avant de diriger le volet commercial de l’entreprise familiale dans l’automobile. Cofondatrice du cabinet CréaBusiness, elle est également consultante en genre et économie bleue. Ancienne présidente de commission au CNESE, elle est membre du bureau du CNC DPME (2025–2028) et préside la SEVE depuis 2022.
Entretien réalisé par Sofiane Idiri
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Dans quels secteurs les femmes entrepreneures sont-elles aujourd’hui les plus actives, et quels domaines émergents gagneraient à être investis davantage ?
Il n’existe plus aujourd’hui de secteurs où les femmes n’investissent pas. Elles sont dans l’agriculture, un secteur ô combien dur et dont le retour sur investissement peut être à long terme. Elles sont dans le bâtiment, dans l’industrie notamment l’agroalimentaire. Elles sont présentes dans le commerce à hauteur de 41% (CNRC) et dans le digital elles sont très actives.
Les exigences du développement économique, de la diversification et des opportunités offertes par les politiques publiques, des secteurs émergents sont aujourd’hui inscrits dans les priorités du pays et les femmes ne peuvent pas rester en marge de ces plans de développement.
Je citerais à ce propos quatre grands secteurs : les énergies renouvelables, la transformation digitale, la biotech, l’économie verte et le recyclage.
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Quel rôle peuvent jouer les femmes cheffes d’entreprises dans la diversification économique et la transition vers une économie durable ?
L’entrepreneuriat féminin est un levier essentiel et principal pour un développement économique durable.
Les compétences des femmes dans les STEM par exemple qui sont un maillon fort dans la chaîne de valeurs des éléments structurants d’une économie et projets économiques et transversaux à tous les secteurs, mais vous avez aussi l’ambition professionnelle que portent les femmes et leur détermination à contribuer au développement de leur pays.
Pour toutes ces raisons, nous travaillons pour l’autonomisation et l’inclusion économique des femmes pour qu’elles mettent leurs compétences au service d’une diversification économique portée aujourd’hui par les politiques publiques et soutenue par l’implication des femmes algériennes cheffes d’entreprises.
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Pensez-vous que la société algérienne et les institutions reconnaissent pleinement les femmes cheffes d’entreprises comme des actrices économiques à part entière ?
Depuis l’indépendance, la femme algérienne, après avoir accompli son devoir pour la libération du pays, s’est complètement investie dans la reconstruction du pays, encouragée par la démocratisation de l’enseignement et l’accès à l’emploi sans discrimination. Toutes les constitutions algériennes ont toujours mis à égalité hommes et femmes.
Vous évoquez les institutions dans votre question, à juste titre d’ailleurs car elles sont les gardiennes des lois de la république et à cet effet, notre association est un partenaire des institutions à travers des programmes et la concertation, preuve que l’inclusion économique des femmes est à l’ordre du jour dans l’agenda des institutions.
Nous avons des partenariats avec des organismes financiers comme le FGAR, le Ministère de la formation et de l’enseignement professionnels, le Ministère de la jeunesse et nous sommes membre élu au bureau du CNC DPME sous la tutelle du Ministère de l’industrie, membre du conseil de la fiscalité (Ministère des finances) et cette présence nous permet d’être une force de proposition auprès des pouvoirs publics et donc de placer l’entrepreneuriat féminin au rang des acteurs actifs dans l’écosystème économique.
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Quelle importance accordez-vous à la solidarité entre femmes entrepreneures, aux réseaux nationaux et internationaux ?
L’échange entre nos membres est une action parmi tant d’autres. Nous avons des mentors qui encadrent et conseillent les porteuses de projets, des formatrices qui apportent leur expertise aux autres membres.
Au plan international, nous sommes membre fondateur du réseau WIB (Women in Business) qui regroupe l’Algérie, le Liban, l’Égypte, la Tunisie, l’Allemagne, la Côte-d’Ivoire et le Sénégal, un nréseau qui regroupe donc l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient et nous sommes fières d’avoir le portail qui permet aux 1500 entreprises membres du ré- seau de communiquer et de bâtir des B2B. C’est à mon sens la forme la plus efficace de la solidarité, celle de l’échange et de la complémentarité.
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Dernièrement, vous faisiez partie d’une délégation composée de plusieurs responsables algériens en visite de travail en Italie. Comment s’est déroulée cette mission et quels en ont été les résultats ?
Dans le cadre du programme européen Économie bleue dont le Ministère de l’agriculture, du développement rural et de la pêche est partenaire, une délégation algérienne composée des acteurs de l’écosystème économique algérien (MADRP, économie du savoir, start-up et micro-entreprises, Ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur et secteur privé) a effectué un voyage en Italie pour connaître le fonctionnement de l’écosystème italien dans le secteur bleu et les bonnes pratiques, sachant l’expertise italienne dans ce secteur, dans l’innovation et la PME. Nous avons eu le privilège d’être reçus par Son Excellence Monsieur Khelifi, ambassadeur de l’Algérie en Italie.
Cette visite m’a permis d’établir des contacts avec des associations professionnelles, des incubateurs, des start-up innovantes afin de permettre aux membres de l’association de développer des partenariats commerciaux mais aussi d’organiser prochainement un voyage d’affaires en Italie avant la fin d’année.
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Quels conseils donneriez-vous à une jeune femme qui souhaite entreprendre aujourd’hui, et quels sont vos espoirs pour l’avenir de l’entrepreneuriat féminin en Algérie ?
Notre pays a besoin de toutes les synergies pour gagner le pari du développement économique. Ce pari exige des performances entrepreneuriales de tout chef d’entreprise.
Aux femmes qui sont partie prenantes de ce challenge, je dirais l’importance d’étudier son idée avant de se lancer, de se former continuellement, d’avoir une culture économique, d’être résiliente face aux difficultés, de commencer petit et de penser grand, de s’entourer d’un réseau de femmes cheffes d’entreprises car seule on est invisible et ensemble nous sommes invincibles.
Je n’ai jamais douté de la capacité de l’entrepreneuriat féminin à s’adapter aux différents contextes économiques, à sa résilience face aux freins ni à sa créativité pour toujours rebondir. Optimiste vous dites ?
Je n’aurais pas été à la tête de cette prestigieuse association qu’est SEVE si je ne croyais pas en l’avenir prospère de l’économie de mon pays et en la détermination des Algériennes à entreprendre et à être des championnes pour contribuer à bâtir une économie durable.
S. I.







