«Findus» ou l’illustration du gain honteux
«Souvent les révolutionnaires d’autrefois ont succombé à l’appât du gain et se sont laissé prendre à la tentation de confisquer des ressources publiques pour leur enrichissement personnel.»
Nelson Mandela
Le gain, encore le gain, toujours le gain, le feuilleton continue, le trafic est partout: dans les usines, chez les fournisseurs, les distributeurs, les traders… et même chez le petit commerçant de quartier qui vous tutoie et qui connait un peu votre vie, tant la confiance règne.
N’allez surtout plus parler de traçabilité à des consommateurs profanes, non-initiés, sans expérience et sans connaissance. De toute façon, ils ne croient plus en rien, ils sont sceptiques et suspicieux. Ils n’ont pas besoin de mots pour guérir les maux. Ils ont besoin d’actes. N’osez pas leur dire pourquoi?
Ne soyons pas dupes. Les acheteurs sont écœurés par le comportement infâme de ces vendeurs de rêves et… de mort. Eh oui, le rêve devient cauchemar. Il blesse, mutile et tue. Tout est trafiqué, falsifié ou altéré.
Findus, une marque de plats préparés, voilà un autre scandale qui se retrouve dans nos assiettes, sans y avoir été invité.
De quoi s’agit-il? D’une tricherie
Le scandale éclate lorsque plusieurs grandes chaines de distribution ont écoulé des produits alimentaires de la marque Findus, en faisant croire au consommateur que les plats préparés étaient à base de bœuf. Cette affaire qui va connaitre plusieurs rebondissements va mettre en lumière des pratiques frauduleuses, à grande échelle, qualifiées dans le jargon juridique, de tromperie sur la qualité substantielle d’un produit (remplacer quelque chose, par une autre). En l’espèce, le remplacement du bœuf par le cheval. Pour quelle raison? Parce que la viande de cheval est moins chère que la viande de bœuf.
Quel est le circuit de la chaîne alimentaire? Complexe et tortueux. C’est toute cette chaîne du commerce alimentaire qui sera suspectée: négociants, intermédiaires, transformateurs, distributeurs, fournisseurs…. Qu’on en juge, plutôt: de l’approvisionnement à la commercialisation, les itinéraires sont emmêlés et les acteurs nombreux.
Dans l’affaire Findus et de la viande chevaline, le scandale a pris le chemin sinueux de la tricherie: la viande incriminée aurait été achetée par Draap Trading Ltd, une société néerlandaise basée dans les îles vierges britanniques (un paradis fiscal des plus prospères et dont les sociétés ne paient aucune taxe sur l’activité), auprès de deux abattoirs roumains. Elle aurait ensuite été cédée à Spanghero, une société spécialisée dans le négoce de la viande et de l’élaboration de produits alimentaires, qu’elle aurait aussitôt revendue à Comigel, préparateur de plats cuisinés au profit de plusieurs marques, dont Findus, la société par qui le scandale est arrivé.
La suite, nous la connaissons; les lots de lasagnes estampillées, viande de bœuf, contenaient du cheval. Ils étaient disponibles dans les rayons de la grande distribution (Leclerc, Casino, Carrefour, Auchan…).
Comment voulez-vous qu’on se retrouve dans ce maquis de la fraude et de la tromperie?
La crise de la viande chevaline a mis en évidence les carences de l’État, dans les systèmes de contrôle mis en place.
Tout indique que le monde de la finance et des pratiques douteuses enfreint toutes les convenances sociales, culturelles, morales et intellectuelles et n’a cure de la moralité, de l’éthique ou du bien-être des consommateurs. C’est la porte ouverte au blanchiment et aux autres activités illicites.
On est loin de la vertu, de l’éthique, des valeurs morales et de la pensée de Chilon de Sparte (illustre philosophe et penseur grec).
C’est à lui qu’on doit la fameuse citation «mieux vaut une perte qu’un gain honteux; dans le premier cas tu n’auras à t’affliger qu’une fois, dans le second, toujours».
Le gain, obtenu de manière honteuse, ne dérange nullement les consciences des maitres de la tricherie et de l’argent facile.
Pour ce faire, ne faut-il pas instaurer une nouvelle infraction pénale à l’adresse de gens sans scrupules et sans retenue: «le crime d’empoisonnement de masse». C’est le prix à payer par ceux qui auraient oublié, de toute évidence, les règles de bienséance et les codes de bonne conduite.
Les marchands de la mort pensent avoir le droit et la puissance avec eux. Attention ! L’histoire ne pardonne pas. Les feux du ciel, aussi.
Lies HAMIDI
Docteur en droit
Directeur de l’Institut de Développement de l’Entreprise et de Gestion (IDEG)
