Loin de vouloir se contenter des anciennes expériences de simple assemblage de kits importés, qualifiées ironiquement de «simple gonflage de pneumatiques», le chef de l’État exige une intégration locale profonde incluant la fabrication de la carrosserie, de la tôle, des pneus et de la boîte de vitesses.
Pour réussir ce pari audacieux, la nation nord-africaine entend mobiliser ses infrastructures existantes, ses alliances internationales stratégiques et ses ressources naturelles.
La sous-traitance et l’intégration locale
Le premier atout majeur de l’Algérie réside dans la restructuration globale de sa politique automobile, axée sur un taux d’intégration locale progressif et obligatoire.
Le pays ne part pas d’une feuille blanche mais s’appuie sur des structures en pleine expansion, à l’image de l’usine Fiat du groupe Stellantis installée à Tafraoui, dans la wilaya d’Oran.
Ce pôle industriel emblématique affiche l’ambition ferme d’atteindre un taux d’intégration locale de 40% dès 2027, servant de base pour l’objectif de 2028.
L’un des piliers opérationnels de cette stratégie est le développement d’un réseau dense de sous-traitants nationaux capables de fournir des composants essentiels, depuis les éléments de carrosserie jusqu’aux pneumatiques.
Cette densification du tissu industriel local vise à créer de la valeur ajoutée sur le territoire et à rompre définitivement avec la dépendance technologique extérieure.
Le poids des partenariats européens
Pour concrétiser cette transition d’un modèle d’assemblage à une fabrication totale, l’Algérie mise sur des partenariats internationaux de premier plan.
Les discussions menées par les autorités industrielles algériennes ciblent des coopérations rigoureuses avec des constructeurs et équipementiers italiens et allemands.
Ces alliances stratégiques s’articulent autour du transfert technologique direct et du développement des compétences en ingénierie mécanique.
C’est ainsi que des projets majeurs sont évoqués, combinant l’expertise allemande pour la motorisation, notamment via la marque Opel, et le savoir-faire italien de Stellantis pour les lignes de ferrage-soudage et de peinture.
Ce parrainage technique par de grandes nations de l’automobile européenne apporte la rigueur de certification et les standards de qualité indispensables pour rendre les véhicules algériens compétitifs.
L’atout énergétique et des matières premières
Au-delà des usines, l’avantage compétitif de l’Algérie s’ancre dans ses ressources naturelles et ses capacités de production de matières premières industrielles.
La fabrication de la tôle d’acier et des structures métalliques lourdes pour l’automobile s’adosse directement aux grands complexes sidérurgiques du pays, à l’instar des méga-projets miniers nationaux.
Disposer d’une énergie locale abondante et compétitive permet aux usines de transformation de fonctionner à des coûts opérationnels nettement inférieurs à ceux constatés sur le continent européen.
De plus, la valorisation de la filière pétrochimique nationale offre des perspectives directes pour la production locale des composants plastiques, des caoutchoucs et des polymères, essentiels pour l’ameublement intérieur des véhicules et les chaînes de fabrication de pneus.
Le marché intérieur et les débouchés africains
Le dernier levier d’action pour pérenniser cette industrie est l’importance du marché intérieur combinée à une vision d’intégration régionale africaine.
L’Algérie représente le deuxième plus grand marché automobile d’Afrique, garantissant une absorption massive de la production initiale et une rentabilité rapide pour les investisseurs.
Parallèlement, la volonté de l’État de déployer des infrastructures logistiques d’envergure, comme les projets de liaisons ferroviaires transsahariennes, démontre une ambition claire: faire de la future voiture nationale un produit d’exportation majeur vers les marchés d’Afrique subsaharienne.
En se positionnant au carrefour de l’Europe et du continent africain, l’Algérie utilise ses atouts logistiques pour transformer un défi politique et industriel en un véritable moteur de diversification économique à long terme.
H. O.
L’apport de la sidérurgie nationale
Pour fabriquer une voiture à 100% algérienne, la maîtrise des matières premières est indispensable. C’est ici qu’intervient la puissance sidérurgique du pays, portée par des géants comme le complexe de Tosyali à Oran ou celui de Bellara à Jijel. L’industrie automobile consomme d’immenses volumes d’acier plat de haute qualité pour emboutir les carrosseries, les châssis et les structures internes. L’intégration de la fonderie locale permettra également de couler les blocs moteurs et les pièces de suspension directement en Algérie, réduisant à néant la dépendance aux importations de pièces brutes.
L’avantage est double: le pays valorise ses gigantesques gisements de fer, notamment celui de Gara Djebilet, tout en exploitant une énergie locale bon marché pour transformer ce métal. Ce raccordement direct entre le secteur minier, la métallurgie lourde et les lignes de montage automobile constitue la véritable colonne vertébrale du projet de souveraineté industrielle voulu par l’État.
L’usine Fiat d’Oran comme modèle
L’usine Stellantis de Tafraoui, dans la wilaya d’Oran, s’impose comme le projet pilote de la nouvelle politique automobile nationale. Inauguré fin 2023, ce site industriel n’a pas seulement relancé le secteur; il sert de matrice pour l’objectif de 2028. Alors que la réglementation algérienne impose d’atteindre un taux d’intégration de 35 % après trois ans de production, l’usine Fiat affiche des ambitions plus élevées, visant les 40% d’ici 2027. Pour y parvenir, Stellantis structure une zone des fournisseurs adjacente à son usine. L’enjeu immédiat est de localiser la production de composants majeurs : les sièges, les faisceaux électriques, le vitrage et les éléments de carrosserie. En formant la main-d’œuvre locale aux standards internationaux et en signant des contrats de sous-traitance à long terme, ce pôle industriel valide la faisabilité technique d’un véhicule fabriqué en Algérie. Il démontre que le passage du montage à la production réelle est désormais amorcé.





