Ces chantiers, qui s’inscrivent au cœur de la stratégie de développement de Sonatrach, illustrent la volonté de l’Algérie de transformer davantage ses hydrocarbures sur le territoire national.
Les deux projets d’Arzew et de Skikda portent, d’une part, sur une unité de production d’huiles de base de groupe II et de groupe III, prévue au sein de la raffinerie d’Arzew, et, d’autre part, sur un complexe pétrochimique dédié à la production d’éthylène dans la zone industrielle de Skikda. Les contrats à pourvoir couvrent les études d’ingénierie de base FEED, l’acquisition des licences de procédé ainsi que les prestations de conseil en gestion de projet PMC.
D’après MEED, les sociétés retenues sont, entre autres, le chinois China HuanQiu Contracting & Engineering Company HQC, l’égyptien Engineering for the Petroleum and Process Industries Enppi, l’espagnol Tecnicas Reunidas. Lancé en août 2025, le processus de présélection a pris du retard, la date limite de dépôt des dossiers ayant été repoussée au-delà de l’échéance initiale.
Sur le plan technique, les huiles de base de groupe II et III sont des produits pétroliers hautement raffinés, utilisés pour fabriquer des huiles moteur, des lubrifiants industriels et d’autres lubrifiants spécialisés.
L’éthylène constitue, pour sa part, l’une des matières premières pétrochimiques les plus importantes au monde : environ la moitié de la production mondiale sert à fabriquer du polyéthylène, le plastique le plus répandu sur la planète.
L’Algérie poursuit, rappelle le média, «une expansion majeure» de ses industries de raffinage, de pétrochimie et d’aval pétrolier et gazier, afin de traiter davantage de ses hydrocarbures localement plutôt que de les exporter sous forme de brut, de gaz naturel ou de produits intermédiaires à faible valeur ajoutée. Plusieurs grands projets sont déjà en cours de construction ou en phase d’appel d’offres.
En juin 2025, le ministre Mohamed Arkab avait annoncé un programme d’investissement pétrochimique de 7 milliards de dollars pour la période 2025-2029, avec l’ambition de faire passer le taux de transformation des hydrocarbures en produits à plus forte valeur ajoutée de 32 % à 50 %.
La pétrochimie au cœur de la feuille de route du ministère
Cette orientation a été réaffirmée le 17 octobre 2026 devant la commission des Finances et du Budget de l’Assemblée populaire nationale APN. Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2027, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, y a présenté le bilan du secteur pour 2026 et ses orientations stratégiques, en présence de la ministre des Relations avec le Parlement, Najiba Djilali, et du président de la commission, Abdelhafid Brima. Le développement des industries de transformation figure parmi les axes mis en avant.
Le premier objectif concerne le taux de valorisation. Le ministre a indiqué que le secteur vise à porter la transformation et la valorisation des hydrocarbures à «plus de 50 %» de la production primaire, contre « environ 30 % » actuellement, soit un gain d’une vingtaine de points.
En d’autres termes, la moitié de la production primaire devrait, à terme, être transformée et valorisée. Un tel relèvement suppose de multiplier les capacités de raffinage et de pétrochimie, d’où l’importance des projets cités ci-après.
Pour y parvenir, une enveloppe d’environ 71,6 milliards de dollars a été consacrée au développement de l’activité hydrocarbures. Sur ce total, près de 13 milliards de dollars, soit environ 18 %, sont destinés aux projets de raffinage et de pétrochimie, tandis que l’amont en mobilise 52 milliards. Ces chiffres ont été présentés aux députés dans le cadre de l’examen du PLF 2027.
Le ministre a cité plusieurs projets structurants. Le premier est la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud. À Arzew sont programmées l’unité de production de méthyl tertio-butyl éther MTBE et le complexe de polypropylène PDH-PP, tandis que Skikda doit accueillir l’unité d’alkylbenzène linéaire LAB. Un projet similaire est également évoqué en Turquie.
Ces unités couvrent des segments variés de la chaîne de valeur. Le MTBE est un composant utilisé dans la formulation des carburants, l’alkylbenzène linéaire est une matière de base de l’industrie des détergents, tandis que le polypropylène, obtenu à partir du propane par déshydrogénation (procédé PDH), est un plastique largement employé dans l’emballage et de nombreuses industries de transformation. Le raffinage, pour sa part, fournit les produits de base dont dépendent généralement ces filières.
Ces projets font écho à ceux rapportés par MEED. Les huiles de base d’Arzew et l’éthylène de Skikda viennent compléter un dispositif industriel où se concentrent déjà plusieurs des unités citées par le ministre.
Ces orientations traduisent la logique défendue par le ministère : passer de l’exportation de matières premières à une industrie de transformation capable de fournir des intermédiaires et des produits à plus forte valeur ajoutée. Elles confirment que la pétrochimie constitue l’un des leviers de la stratégie de valorisation des ressources nationales à l’horizon 2030.
Avec la présélection des quatre groupes, les projets d’Arzew et de Skikda franchissent une étape préalable à leur réalisation : celle des études d’ingénierie, des licences de procédé et de la gestion de projets.
S. I.






