L’Algérie, qui ambitionne de porter dans les prochaines années la contribution de l’industrie dans le PIB à 10 % voire 12 %, est appelée à mettre les bouchées doubles afin de relever ce défi, tout en développant davantage le tissu national de la sous-traitance.
Par Akrem R.
Une nouvelle stratégie est mise en place par le gouvernement avec le concours des opérateurs économiques et industriels publics et privés pour notamment relancer l’industrie nationale, dont le ratio sur le PIB est aujourd’hui entre 5 et 6 %.
C’est minime pour un pays comme l’Algérie qui veut intégrer le giron des pays émergents dès 2027 et atteindre un PIB de 400 milliards de dollars. Donc la réforme et la relance de l’industrie nationale tous azimuts sont plus que nécessaires pour atteindre ces objectifs ambitieux, notamment le segment de la sous-traitance qui reste un des leviers de croissance, de création de valeur ajoutée et d’emploi.
Actuellement, le ratio de sous-traitance d’activité sur l’industrie est évalué à 10 %, avec 1 300 entreprises en activité dans différents secteurs, notamment la mécanique, la métallurgie, l’automobile, a fait savoir Kamel Agsous, président de la Bourse algérienne de sous-traitance (BASTP).
Ce taux est encore loin de la moyenne des pays industrialisés, où des industries matures tirent vers le haut la sous-traitance. À titre d’exemple, en France, c’est l’automobile à 30 % à peu près et l’aéronautique à 20 %–25% qui tirent l’industrie de la sous-traitance.
En Allemagne, c’est toujours l’automobile et les industries de biens d’équipement. En Corée du Sud, on retrouve à peu près les mêmes niveaux, dira l’intervenant lors de son passage sur les ondes de la radio nationale « Chaîne III », indiquant que l’Algérie a identifié de son côté les secteurs porteurs.
«C’est ce que nous avons fait, nous, au niveau de la Bourse avec le concours du ministère de l’Industrie : nous avons identifié les secteurs qui sont matures et qui peuvent être porteurs», a souligné Agsous, indiquant que les secteurs porteurs sur lesquels on peut s’appuyer pour développer de façon conséquente la sous-traitance industrielle, ce sont les industries manufacturières.
Le potentiel national sous-exploité
En effet, un grand travail reste à faire dans le domaine industriel et en particulier dans la sous-traitance pour la transformation industrielle du pays.
Selon lui, le potentiel national reste sous-exploité alors que les besoins des grands donneurs d’ordres, notamment Sonatrach, représentent une opportunité économique majeure.
La compagnie nationale pétrolière consomme à elle seule près de 500 000 composants, multipliés par les pièces de rechange associées, ce qui représente plusieurs millions d’unités par an.
La valorisation financière de ce marché atteint environ 750 millions de dollars selon l’entreprise, un milliard selon d’autres estimations. Si une part significative de cette demande était captée par les entreprises locales, cela constituerait une véritable manne pour l’industrie nationale, a estimé M. Agsous. Une politique de promotion du contenu local est adoptée par le groupe Sonatrach et même Sonelgaz ces dernières années, contribuant à l’émergence de nouvelles PME et notamment à la réduction de la facture d’importation.
Toutefois, un grand travail reste encore à faire par les PME algériennes qui manquent parfois du savoir-faire nécessaire pour les industries de précision.
En effet, les secteurs matures comme l’industrie mécanique, l’énergie, les hydrocarbures, les services industriels ainsi que les filières en plein essor, notamment l’automobile, les infrastructures ferroviaires, le dessalement de l’eau de mer, les énergies renouvelables et l’exploitation minière, exigent des sous-traitants un niveau élevé de performance technique.
Face à ces standards internationaux, la mise à niveau des PME constitue aujourd’hui la principale priorité, a recommandé Kamel Agsous.
Pour répondre aux besoins des nouveaux acteurs, «il faut nécessairement moderniser nos entreprises afin qu’elles puissent fabriquer aux standards internationaux et intégrer durablement les chaînes de valeur», a affirmé le président de la BASTP, précisant que la sous-traitance industrielle, lorsqu’elle est solide, permet l’import substitution, la création de richesse, la montée en compétences et l’accumulation technologique.
Réformes nécessaires pour un véritable décollage
Selon M. Agsous, les entreprises publiques doivent se restructurer pour se recentrer sur leur cœur de métier et externaliser davantage. Il faut créer des filières homogènes, disposer de structures internes de suivi du taux d’intégration et redonner au management industriel une gouvernance conforme au code de commerce.
Il est indispensable, dira-t-il, de libérer les initiatives économiques, de dépénaliser l’acte de gestion et de lever les freins qui empêchent les donneurs d’ordres publics et les PME privées de coopérer efficacement.
En outre, la BASTP propose également une loi spécifique sur l’investissement productif, distincte du code des investissements actuel. Elle viserait à réduire drastiquement les délais de réalisation des projets industriels, souvent retardés de plusieurs années.
Pour une usine de technologie moyenne, le délai ne devrait pas dépasser 12 à 18 mois après le premier coup de pioche. Une telle loi simplifierait les procédures administratives et protégerait les investissements jugés stratégiques pour le pays.
Automobile : une filière exigeante mais porteuse d’avenir
Interrogé sur la visibilité pour les sous-traitants dans l’industrie automobile, M. Agsous a rappelé que ce secteur est celui où les chaînes de valeur sont les plus fragmentées au monde.
La réussite dépendra de deux conditions majeures : l’identification de volumes suffisants pour permettre des économies d’échelle et l’aptitude des entreprises locales à produire conformément aux exigences internationales.
«Les sous-traitants ont besoin d’un niveau minimal de production nationale pour assurer la rentabilité de leurs investissements. Aujourd’hui, seul le constructeur italien installé à Oran est opérationnel, ce qui reste insuffisant. Les investisseurs sont prêts à se lancer, mais exigent une visibilité sur les volumes. Selon l’intervenant, il faut atteindre 300 000 à 400 000 véhicules par an pour rendre le marché attractif», affirme-t-il, en indiquant que c’est une industrie prometteuse mais contraignante, nécessitant une organisation rigoureuse et une montée en compétences rapide des sous-traitants.
Le développement de la sous-traitance dans l’automobile passe, ajoute-t-il, par l’arrivée de nouveaux partenaires industriels.
«Il est essentiel de convaincre les constructeurs de venir en Algérie avec leurs équipementiers afin de former des partenariats avec les entreprises locales. Cela permettrait une fabrication rapide de pièces répondant aux standards mondiaux et offrirait des débouchés à l’export via les réseaux internationaux de ces équipementiers», a détaillé Agsous.
Ces deux facteurs – volumes suffisants et partenariats stratégiques – sont la clé pour donner de la visibilité aux opérateurs algériens et enclencher le développement du secteur. En somme, pour les autorités et les opérateurs, l’enjeu est désormais clair : transformer la sous-traitance en un vecteur durable de compétitivité, d’intégration nationale et de souveraineté industrielle.
A. R.





