Alger, Algérie

lundi 26 octobre 2026 03:33

BRICS : Le Sud global se coordonne en Inde

BRICS : Le Sud global se coordonne en Inde

Le complexe Bharat Mandapam de New Delhi accueille le 18e sommet des BRICS, une rencontre multilatérale d'envergure internationale organisée sous la présidence de l'Inde.

Cet événement, qui se tient depuis hier, samedi, et jusqu’à aujourd’hui, dimanche, rassemble les dirigeants des pays membres ainsi qu’une dizaine de délégations alliées et de pays partenaires au cœur d’une conjoncture internationale marquée par d’importantes mutations géopolitiques et économiques.

Ce rassemblement constitue la quatrième présidence indienne du forum depuis sa création, reflétant le rôle de premier plan du pays hôte dans l’animation des débats du Sud global.

L’extension récente du bloc intègre des dynamiques régionales diverses, élargissant substantiellement le périmètre d’action de l’organisation. Dans un monde caractérisé par des tensions commerciales globales, des conflits armés et des réalignements stratégiques, les chefs d’État présents cherchent à définir des orientations communes face aux déséquilibres structurels de la gouvernance mondiale contemporaine.

Un bloc en pleine expansion

Le cadre actuel de l’organisation illustre sa transformation progressive d’un noyau initial d’économies émergentes vers une alliance élargie à de nouveaux partenaires stratégiques. Aux côtés des membres fondateurs, l’inclusion récente de nations telles que l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, les Émirats arabes unis et l’Indonésie confère au bloc une
représentativité accrue sur les scènes africaine, asiatique et moyen-orientale.

Cette diversification géographique s’accompagne d’une complexification évidente des relations internes, chaque État apportant ses propres priorités économiques et ses contraintes diplomatiques nationales.

La participation physique de figures de premier plan, notamment le président chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine et le président iranien Massoud Pezeshkian, met en lumière l’intérêt persistant pour cette plateforme de concertation malgré les pressions extérieures. Face à la résurgence de politiques protectionnistes et à la perspective de nouvelles barrières tarifaires à l’échelle mondiale, le bloc s’efforce d’établir des mécanismes de résilience collective aptes à prémunir ses membres contre les chocs financiers et à stimuler l’économie de
marché dans le Sud global.

L’autonomie financière

Les discussions au sein des sessions ministérielles et des groupes de travail se concentrent prioritairement sur l’architecture financière internationale et l’autonomie des échanges commerciaux. Un enjeu clé réside dans la
promotion de mécanismes de règlement en monnaies locales et la connexion des systèmes de paiement rapide afin de réduire la dépendance systémique vis-à-vis des devises tierces.

Ce sujet est particulièrement suivi dans un contexte de pressions économiques et de sanctions internationales touchant certains membres.

Parallèlement, la cohésion interne du groupe est mise à l’épreuve par des différends géopolitiques régionaux, notamment les situations de conflit au Moyen-Orient et les ajustements bilatéraux le long des frontières asiatiques.

L’équilibre recherché par le gouvernement de New Delhi consiste à consolider ses partenariats économiques traditionnels, en particulier ses approvisionnements énergétiques auprès de la Russie, tout en maintenant un dialogue constructif et des partenariats stratégiques avec les puissances occidentales.

Les séances de travail bilatérales, notamment entre l’Inde et la Chine, visent ainsi à désamorcer les rivalités commerciales internes et à stabiliser les relations bilatérales après des années de gel diplomatique.

Attentes en matière de multilatéralisme

Les délégations présentes partagent l’objectif d’obtenir une réforme profonde des institutions multilatérales nées de l’aprèsguerre, jugées déconnectées des réalités démographiques et économiques du XXIe siècle.

Les attentes se focalisent sur une plus grande représentativité au sein des instances de décision financières et politiques globales, comme le Fonds monétaire international ou le Conseil de sécurité des Nations unies.

Au-delà des aspects purement monétaires, le sommet de New Delhi met l’accent sur la coopération industrielle et le développement technologique partagé sous le thème officiel de la résilience, de l’innovation et de la durabilité.
Les pays membres aspirent à sécuriser leurs chaînes de valeur, à favoriser l’innovation locale et à
éviter l’émergence de monopoles technologiques mondiaux.

Les initiatives indiennes introduites durant cette présidence incluent des propositions concrètes
de plans d’action pour les petites et moyennes entreprises pour la période 2026-2030, ainsi que la
création de fonds de soutien à l’innovation pour les jeunes pousses, visant à ancrer la coopération technique dans des projets industriels tangibles pour le Sud global.

Adoption de la déclaration finale

Les séances plénières ont abouti à l’adoption unanime de la Déclaration de New Delhi, un document final officialisant les positions partagées par l’ensemble des membres du groupe.

Les résolutions réaffirment l’attachement du bloc à la diplomatie préventive, au règlement pacifique des différends et au renforcement d’un système international multipolaire basé sur le droit international et le principe de non-ingérence. Les signataires ont appelé à la retenue maximale face aux crises actuelles pour préserver la stabilité des voies de navigation et des infrastructures commerciales stratégiques.

Sur le plan économique, le sommet a validé une feuille de route pour la consolidation des chaînes
d’approvisionnement intra-groupe et l’amélioration de la sécurité alimentaire et énergétique.

Cet accord marque la conclusion de la présidence tournante indienne pour l’année 2026. Le gouvernement indien transmettra officiellement la direction des activités à la Chine, ouvrant une nouvelle phase d’orientation pour
cette plateforme multilatérale en pleine reconfiguration.

R. I.

Repères et chiffres

Né en 2009 sous l’impulsion du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, le bloc des BRICS s’est structuré avec l’arrivée de l’Afrique du Sud en 2010, avant d’opérer un virage historique en 2024 en inté- grant plusieurs nouvelles puissances économiques. Aujourd’hui, cet ensemble élargi représente une force démographique et économique incontournable, réunissant près de 45 % de la population mondiale et pesant pour plus de 35 % du produit intérieur brut (PIB) global à parité de pouvoir d’achat, devançant ainsi le poids économique du G7.Au-delà des données démographiques, le groupe s’affirme comme un acteur central de la transition énergétique et des flux de marchandises, contrôlant environ 40 % des réserves mondiales de pétrole brut et un quart des exportations de biens. L’institutionnalisation du bloc repose notamment sur la Nouvelle banque de développement (NBD), basée à Shanghai, qui finance des projets d’infrastructures alternatifs.

Les acquis de New Delhi

Le 18e sommet s’est clôturé par l’adoption de la Déclaration de New Delhi, un texte de compromis qui scelle l’unité de façade du bloc malgré des sensibilités géopolitiques divergentes. Sur le plan financier, les membres ont acté l’accélération des mécanismes de règlement en monnaies locales et le renforcement des interconnexions bancaires transfrontalières, réduisant ainsi la dépendance collective envers les circuits occidentaux traditionnels. Le sommet a également validé un plan d’action industriel 2026-2030 axé sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la coopération technologique pour les petites et moyennes entreprises du Sud global. Enfin, les dirigeants ont officialisé le passage de témoin à la Chine, qui assurera la présidence tournante de l’organisation.

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