Alger, Algérie

lundi 26 octobre 2026 03:35

Une société mixte algéro-chinoise pour moderniser les ports : Une réforme structurelle en marche, le phosphate à l’horizon

Une société mixte algéro-chinoise pour moderniser les ports : Une réforme structurelle en marche, le phosphate à l’horizon

Entre la création d’une société mixte algéro-chinoise pour le dragage et l’extension des ports aogerien, le ministére d3s travaux publics engage une modernisation profonde de ses infrastructures portuaires au service de son ambition industrielle.

Entre la création d’une société mixte algéro-chinoise pour le dragage et l’extension des ports algérien, le ministère des travaux publics engage une modernisation profonde de ses infrastructures portuaires au service de son ambition industrielle.

Par Sofiane Idiri

La réunion de travail convoquée dimanche soir par le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, M. Abdelkader Djellaoui, au siège de son département ministériel, marque une étape décisive dans la politique nationale de modernisation des infrastructures portuaires.

En présence des cadres centraux du ministère, ainsi que des directeurs généraux de l’ANRIP, de MEDITRAM, du Laboratoire d’études maritimes (LEM) et de la société chinoise de génie portuaire CHEC, deux dossiers d’une importance stratégique majeure ont été examinés en détail selon le communiqué du ministère.

Le premier concerne la mise en place d’une société mixte algéro-chinoise dédiée aux opérations de dragage dans les ports nationaux. Ce projet, qui s’inscrit dans le prolongement des instructions données par le président de la République lors du Conseil des ministres du 19 avril dernier, répond à un besoin critique : garantir la navigabilité et l’accessibilité permanente des infrastructures portuaires algériennes à des navires de fort tirant d’eau.

Le dragage portuaire consiste à extraire les sédiments qui s’accumulent naturellement au fond des bassins et des chenaux d’accès. Sans entretien régulier, les ports voient leur capacité d’accueil se réduire progressivement, rendant impossible l’accostage des grands navires de commerce et de vrac.

L’établissement d’une structure permanente, dotée de moyens propres et fonctionnant selon un partenariat technologique avec l’expertise chinoise reconnue comme l’une des plus avancées au monde dans ce domaine, représente ainsi un changement de paradigme. La CHEC, filiale du groupe China Communications Construction Company (CCCC), figure parmi les leaders mondiaux de l’ingénierie maritime.

Son association à des entités publiques algériennes comme l’ANRIP et MEDITRAM permettra, à terme, de constituer un savoir-faire local durable, réduisant la dépendance aux prestataires étrangers tout en maîtrisant les coûts d’exploitatio.

La création de cette société mixte n’est pas un simple accord commercial : c’est la fondation d’une souveraineté maritime opérationnelle pour l’Algérie. La réunion a également permis de présenter le plan de travail détaillé, avec un calendrier précis des différentes phases de mise en œuvre. Cette rigueur de planification témoigne de la volonté politique de traduire rapidement les décisions présidentielles en résultats concrets et mesurables.

Au-delà de l’aspect technique, l’enjeu est économique : un port accessible en toutes conditions à des navires de grande capacité, c’est une compétitivité accrue pour les exportateurs algériens, des coûts logistiques réduits et une attractivité renforcée pour les investisseurs étrangers.

Dans un contexte de diversification économique urgente, chaque amélioration portuaire constitue un levier direct de croissance.

L’extension du port d’Annaba, clé du projet phosphate de Bled El Hadba

Le second volet de cette réunion stratégique a été consacré à l’état d’avancement du projet d’extension du port minéralier d’Annaba. Plus précisément, il s’agit de la réalisation d’un quai minier destiné à l’exportation du phosphate, inscrit dans le cadre du gigantesque projet intégré de valorisation du phosphate de Bled El Hadba, l’un des chantiers industriels les plus ambitieux jamais engagés en Algérie.

Depuis la visite de terrain effectuée par le ministre le 9 avril dernier, les progrès réalisés ont été passés en revue avec minutie. Les participants ont arrêté un ensemble de mesures destinées à accélérer le rythme des travaux : renforcement des ateliers en équipements lourds, mobilisation de ressources humaines supplémentaires, et optimisation de la coordination entre les différents corps de métier intervenant sur le chantier, explique le communiqué du ministère.

Le gisement de Bled El Hadba, situé dans la wilaya de Tébessa, représente l’une des plus importantes réserves de phosphate en Algérie. Le projet intégré prévoit l’extraction du minerai, sa transformation en engrais et en acide phosphorique sur le sol algérien, puis son exportation via le port d’Annaba.

Ce schéma vertueux vise à maximiser la valeur ajoutée nationale au lieu d’exporter le phosphate brut à faible prix. Le port d’Annaba constitue le débouché naturel et indispensable de ce projet.

Sa position géographique sur la côte algérienne, sa proximité relative avec les sites miniers de l’intérieur du pays et ses infrastructures existantes en font le point d’exportation privilégié. Cependant, les installations actuelles ne sont pas dimensionnées pour absorber les volumes qu’implique une production à plein régime du projet phosphate intégré.

D’où la nécessité absolue d’un quai minier moderne, profond et équipé de systèmes de chargement en vrac performants. Sans le quai d’Annaba, le projet phosphate reste un joyau sans écrin : la transformation industrielle n’aura de sens que si la chaîne logistique d’exportation est à la hauteur de l’ambition.

L’enjeu dépasse largement le cadre régional. L’Algérie ambitionne de devenir un acteur de premier plan sur le marché mondial des fertilisants phosphatés, un secteur en pleine tension depuis les bouleversements géopolitiques récents qui ont perturbé les circuits d’approvisionnement mondiaux.

Avec des réserves estimées à plusieurs milliards de tonnes, le pays dispose d’un atout considérable. Mais cet atout ne peut se transformer en avantage compétitif que si l’ensemble de la chaîne de valeur, de la mine au navire, fonctionne de manière intégrée et efficiente.

La réunion du 10 mai s’inscrit donc dans une logique de suivi rigoureux et d’impulsion politique au plus haut niveau. Elle confirme que le gouvernement traite ces dossiers avec la priorité qu’ils méritent, conscient que les retards dans la réalisation des infrastructures d’exportation se traduisent directement en manque à gagner pour l’économie nationale.

En combinant la modernisation du dragage portuaire et l’extension du port d’Annaba, l’Algérie pose les jalons d’une véritable souveraineté maritime et industrielle pour les décennies à venir.

S. I.

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