Une circulaire de la Direction générale du budget, datée du 4 mars 2026, réforme en profondeur la manière dont les crédits de paiement sont notifiés et gérés dans le cadre de la loi de finances 2026. L’objectif : en finir avec les blocages chroniques qui paralysent l’exécution des projets publics.
Par K. Boukhalfa
En effet, lors du dernier exercice budgétaire, seulement 42% des crédits d’investissement alloués ont été effectivement consommés. Pendant ce temps, des entreprises de réalisation attendent pendant des mois le règlement de leurs factures, des chantiers tournent au ralenti faute de redéploiement des enveloppes, et certaines wilayas se retrouvent les mains liées face à des procédures trop lourdes pour réorienter leurs ressources vers les priorités du terrain. C’est ce tableau que la Direction générale du budget entend corriger.
Ainsi, à travers une correspondance portant le numéro 7512, signée le 4 mars 2026 par le directeur général du budget, Loukam Réda, le ministère des Finances officialise une nouvelle procédure de notification des crédits de paiement dédiés à l’investissement public. Le texte rompt avec la logique procédurale ascendante qui, jusqu’ici, freinait la capacité des gestionnaires à agir rapidement.
Le changement central porte sur la manière dont les crédits sont communiqués. Fini les notifications opération par opération : pour l’exercice 2026, les crédits de paiement seront désormais notifiés de façon groupée par programmes et sous-programmes.
Cette consolidation permet aux responsables de programmes de disposer d’une vision globale de leur enveloppe et d’arbitrer plus librement entre les différentes opérations, sans se heurter aux délais inhérents aux validations successives. Concrètement, la réforme introduit une chaîne de délégation à trois niveaux.
Le responsable de programme reçoit les crédits notifiés et les ventile entre les différentes activités placées sous sa responsabilité, y compris les activités décentralisées et les programmes complémentaires de développement des wilayas.
Le responsable d’activité prend ensuite le relais pour répartir ces crédits entre les opérations concrètes, en tenant compte de l’état d’avancement réel de chaque chantier.
Toute demande de crédit complémentaire devra obligatoirement être accompagnée d’un dossier justificatif, soumis d’abord au responsable de programme, qui saisit ensuite les services du ministère des Finances si nécessaire.
Un suivi trimestriel pour garder la main
La décentralisation des décisions d’allocation ne signifie pas pour autant un relâchement du contrôle. Bien au contraire : la circulaire organise une remontée d’information structurée.
Les responsables d’activité devront transmettre périodiquement à leurs supérieurs hiérarchiques un état détaillé de la distribution des crédits par sous-programme, intégrant tout ajustement intervenu en cours d’exercice.
Le responsable de la fonction financière sera chargé de consolider l’ensemble de ces données et de les adresser, tous les trois mois, aux services du ministère des Finances.
Ce dispositif vise à offrir au ministère une lecture quasi en temps réel de l’avancement des projets, tout en lui permettant d’identifier rapidement d’éventuelles dérives — retards de consommation, sous-utilisation de crédits ou blocages locaux — afin d’y apporter des corrections avant qu’elles ne s’accumulent.
Fait notable, la circulaire s’adresse explicitement aux walis, aux côtés des secrétaires généraux des ministères, des responsables de la fonction financière, des responsables de programmes et des divisions opérationnelles.
Leur rôle dans l’exécution des investissements publics décentralisés est ainsi formellement reconnu et encadré. Il leur est demandé de se conformer strictement aux nouvelles procédures afin de garantir le bon déroulement des projets sur leurs territoires respectifs.
Cette réforme intervient dans un contexte où l’efficience de l’investissement public en Algérie demeure structurellement questionnée. Elle constitue une réponse administrative concrète à des dysfonctionnements documentés.
Mais sa portée dépendra, in fine, de la capacité des gestionnaires à s’approprier ces nouveaux outils, ainsi que de la rigueur avec laquelle le suivi trimestriel sera effectivement mis en œuvre sur le terrain.
K. B.





