Le territoire algérien possède l’une des biodiversités les plus riches de la région méditerranéenne en abritant près de 70% des trois cents plantes utilisées à des fins économiques majeures sur le marché mondial, à l’image du thym, du romarin, de la menthe poivrée ou encore de la lavande, comme le rapporte la Radio Algérienne.
Cependant, les experts s’accordent à dire que ce potentiel demeure encore largement vierge sur le plan industriel. Alors que le professeur Mohamed Yousfi souligne dans les colonnes du quotidien El Watan qu’une infime fraction de cette flore endémique a été rigoureusement étudiée et exploitée scientifiquement à des fins thérapeutiques, la directrice du laboratoire de recherche sur les plantes médicinales de l’Université de Blida, Madame Houmani Zahia, rappelle quant à elle via l’Algérie Presse Service (APS) que la culture et la valorisation industrielle de ces ressources représentent un levier majeur pour générer des revenus extérieurs durables.
Cette richesse se déploie à travers des écosystèmes variés, allant des forêts humides de la Kabylie jusqu’aux zones arides du grand Sud saharien, où des coopératives locales exploitent déjà des espèces uniques adaptées aux conditions extrêmes.
Le grand bond en avant de la structuration institutionnelle
Face à ces constats, l’encadrement institutionnel et numérique de la filière connaît une nette accélération à travers plusieurs initiatives étatiques d’envergure.
Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pilote un projet majeur visant à répertorier et numériser plus de quatre cents espèces de plantes afin de faciliter leur exploitation économique rationnelle par les start-ups et les industriels.
En parallèle, le lancement historique de la Fondation algérienne des plantes médicinales et aromatiques, relayé par le journal Horizons, vient formaliser le pont entre la recherche universitaire, les forestiers et les investisseurs privés autour de normes de sécurité élevées.
Sur le terrain, la Direction générale des forêts (DGF) supervise un projet de valorisation de vingt-sept millions de dollars, soutenu par des agences internationales, destiné à la réhabilitation durable des paysages naturels et à la formation des populations locales à la domestication des plantes.
Pour les investisseurs locaux et internationaux, la filière offre des perspectives de rentabilité élevées, particulièrement stimulées par le cadre législatif algérien qui facilite l’accès au foncier industriel et accorde des exonérations fiscales avantageuses.
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a d’ailleurs officiellement intégré cette filière dans son rapport intitulé « Cahier d’opportunités d’investissement agricole responsable en Algérie », validant ainsi sa haute viabilité commerciale à l’échelle internationale. Le segment de l’extraction de molécules et de la transformation locale s’avère particulièrement porteur pour implanter des unités de distillation avancées.
Plusieurs wilayas, à l’instar d’El Tarf et de Tlemcen, financent activement des projets d’extension d’unités spécialisées dans la production d’huiles essentielles de haute pureté, de compléments alimentaires et de principes actifs destinés aux industries cosmétiques et pharmaceutiques.
Cette dernière cherche activement à intégrer des extraits naturels locaux pour réduire sa dépendance aux importations et conquérir de nouvelles parts de marché sur le continent africain.
Toutefois, l’essor économique de cette filière ne peut se concevoir sans une régulation stricte et une attention particulière portée à la durabilité des écosystèmes.
Le défi de la durabilité et de la conformité internationale
Face à la pression commerciale croissante, l’administration du Parc National du Djurdjura, s’exprimant dans Eco Times, tire la sonnette d’alarme et appelle à réglementer urgemment la cueillette sauvage du thym et de l’origan afin d’éviter la dégradation irréversible des milieux naturels.
De surcroît, pour s’imposer durablement sur les marchés internationaux, les opérateurs économiques doivent impérativement s’aligner sur les normes d’innocuité globales.
Les autorités sanitaires nationales travaillent d’ailleurs à l’allègement et à la modernisation des procédures d’Autorisation de Mise sur le Marché pour les médicaments à base de plantes.
C’est à ce prix que le secteur des plantes médicinales en Algérie cessera d’être un simple héritage culturel pour devenir une industrie d’avenir compétitive, où la science et la terre s’allient harmonieusement.
N. A.






