L’approfondissement de la réforme financière, avec ses multiples facettes entamées depuis plusieurs années, n’est cependant pas encore achevé, malgré les progrès importants enregistrés dans sa mise en œuvre. En effet, de sérieux changements ont été réalisés en 2025 et 2026, marqués par l’introduction de nouveaux mécanismes synonymes de modernisation du secteur.
Le plus récent instrument mis en place est le factoring (affacturage), dont le décret d’application vient de paraître, ouvrant ainsi la voie à sa mise en œuvre effective. Il convient de rappeler qu’une loi de finances des années 90 avait déjà prévu l’introduction des fonds communs de placement (FCP), des Sicav et du factoring dans le système financier algérien.
Toutefois, ces changements sont restés lettre morte pendant des décennies. La Banque d’Algérie et la COSOB (le gendarme du marché boursier) viennent enfin de réactiver ces instruments, qui sont aujourd’hui opérationnels ou sur le point de le devenir.
Il faut souligner l’importance cruciale du factoring dans la gestion de nos entreprises. Les sociétés qui se spécialiseront dans ce domaine auront pour mission de recouvrer les créances des entreprises, un problème de taille qui pèse lourdement sur la trésorerie de nombreuses entités dans notre pays.
L’exemple le plus saillant est celui de Sonelgaz, dont la filiale distribution enregistrait pas moins de 168 milliards de dinars de créances non recouvrées en 2025, soit l’équivalent de plus d’un milliard de dollars américains.
L’instruction de la Banque d’Algérie, datée du 7 octobre dernier, précise que le déploiement de cet instrument financier doit s’effectuer via les banques commerciales et les établissements financiers. En d’autres termes, les institutions intéressées devront créer des sociétés spécialisées dans ce domaine.
Cela offre aux banques la possibilité de commercialiser un nouveau produit, et ce mécanisme deviendra pleinement opérationnel dès la constitution de ces filiales.
Ce changement intervient dans la foulée de la réglementation promulguée en 2025 par l’institut d’émission concernant les prestataires de services de paiement (PSP). Cette nouveauté en Algérie s’inscrit dans le cadre de la « stratégie nationale de modernisation et de sécurisation du système de paiement, visant à encourager l’innovation financière tout en renforçant la confiance des citoyens dans les services numériques », comme le souligne un site spécialisé.
Le rôle principal d’un PSP est de garantir des transactions fluides et sécurisées. Mandaté par une entreprise, il accepte et traite les paiements électroniques, permettant généralement à cette dernière de recevoir des paiements par carte de crédit ou de débit.
En septembre 2026, une nouvelle entité de l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy, baptisée «Djezzy Paiement Service», a été autorisée par la Banque centrale à se constituer en PSP. Il s’agit d’une première en Algérie.
Une fois l’autorisation de constitution obtenue, l’agrément définitif pour pouvoir exercer est accordé par la Banque d’Algérie dans un délai de 12 mois. Ces prestataires de services contribueront également, de manière significative, au développement du commerce électronique dans le pays.
Sur le front des instruments boursiers, le premier fonds commun de placement, «Afriya Investment» — géré par la société de gestion de fonds d’investissement Tell Market —, a été agréé par la COSOB le 5 octobre 2026. Par ailleurs, une nouvelle réglementation sur les sociétés à capital-risque a été promulguée en 2025.
Tous ces progrès dans la modernisation du système financier ne doivent pas occulter le fait que l’Algérie est engagée dans une phase de rattrapage d’un grand retard accumulé dans le développement de son système financier et dans l’inclusion financière. Les efforts actuels visent à mettre le pays en phase avec la révolution numérique et les innovations financières mondiales.
D’autres étapes cruciales doivent encore être franchies pour que l’Algérie se hisse au diapason des pays émergents et pour que les citoyens, dans leur grande majorité, puissent pleinement bénéficier de ces avancées technologiques.
K. R.






