Alger, Algérie

lundi 26 octobre 2026 01:37

Du solaire national au corridor hydrogène vers l’Europe : L’Algérie change d’échelle

Hydrogène : Un accélérateur pour la R&D, l’entrepreneuriat et les start-up

L’un des potentiels les plus intéressants de l’économie de l’hydrogène ne réside pas uniquement dans la production de molécules vertes, mais dans sa capacité à stimuler la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat. Une filière hydrogène ne peut pas être durablement construite sur l’importation de technologies clés en main. Elle doit progressivement faire émerger des compétences, des solutions technologiques et des entreprises capables de répondre aux problèmes spécifiques de cette nouvelle industrie.

La recherche et développement constitue ainsi l’un des premiers leviers. L’électrolyse ouvre de nombreux axes de recherche autour des membranes, des électrodes, des catalyseurs, des matériaux résistants à l’hydrogène, de la réduction des métaux critiques, de l’amélioration des rendements et de l’augmentation de la durée de vie des équipements.

Chaque gain de performance peut avoir une traduction industrielle directe : réduction du coût de production, diminution de la consommation énergétique, amélioration de la fiabilité ou prolongation de la durée de fonctionnement des installations.

Maîtriser la production d’eau ultrapure

Le domaine de l’eau offre également un vaste champ d’innovation. La production massive d’hydrogène dans les régions arides nécessitera de maîtriser la production d’eau ultrapure et, dans certains cas, son approvisionnement à partir de ressources non conventionnelles.

Le couplage entre dessalement et électrolyse peut ainsi stimuler la recherche sur les membranes, les procédés hybrides, la réduction de la consommation énergétique, la valorisation des saumures et l’utilisation des énergies renouvelables pour le traitement de l’eau.

L’intégration entre hydrogène et énergies renouvelables constitue un autre domaine particulièrement favorable à l’innovation. La variabilité du solaire et de l’éolien impose d’optimiser en permanence le fonctionnement des électrolyseurs.

L’intelligence artificielle, les jumeaux numériques, les systèmes de contrôle avancés, la prévision de la production renouvelable et la maintenance prédictive peuvent permettre de développer des installations plus flexibles et plus efficaces.

Cela crée un marché potentiel pour les start-up spécialisées dans le numérique industriel et les technologies énergétiques.

Le stockage, le transport et la sécurité de l’hydrogène offrent également des opportunités entrepreneuriales. Les besoins concernent notamment les capteurs, les systèmes de détection des fuites, les matériaux résistants à la fragilisation, les équipements de compression, les réservoirs, les solutions de surveillance à distance et les outils de diagnostic.

Une start-up n’a pas nécessairement besoin de fabriquer un électrolyseur complet pour participer à la chaîne de valeur. Elle peut développer un composant, un logiciel, un capteur, un système de contrôle ou une solution de maintenance répondant à un besoin précis.

Les dérivés de l’hydrogène élargissent encore cet espace d’innovation. L’ammoniac vert, le méthanol renouvelable et les carburants de synthèse nécessitent de nouvelles solutions dans les domaines de la catalyse, de l’optimisation des procédés, de la récupération de chaleur, de la conversion du CO₂ et de l’efficacité énergétique. Ils peuvent ainsi donner naissance à des entreprises technologiques positionnées sur des niches à forte valeur ajoutée.

L’un des enjeux majeurs sera alors de rapprocher beaucoup plus fortement les laboratoires et le monde économique. Une recherche qui reste uniquement au stade de la publication scientifique ne suffit pas à créer une industrie.

Les problèmes rencontrés sur les installations industrielles doivent devenir des sujets de recherche appliquée, tandis que les résultats des laboratoires doivent pouvoir être transformés en prototypes, puis en produits et services commercialisables. Cette continuité entre laboratoire, prototype, démonstrateur, start-up et industrialisation est essentielle.

Pour l’Algérie, cette approche pourrait être particulièrement pertinente. Le pays dispose déjà de compétences scientifiques et techniques dans les matériaux, les membranes, le traitement de l’eau, l’électrochimie, les énergies renouvelables, les procédés industriels et l’ingénierie.

L’hydrogène peut offrir à ces compétences un marché d’application concret. Des programmes associant centres de recherche, universités, entreprises publiques et privées, incubateurs et investisseurs pourraient être orientés vers des défis technologiques clairement identifiés par l’industrie.

Les « Hydrogen Innovation Hubs »

Il serait également possible d’imaginer des « Hydrogen Innovation Hubs » regroupant laboratoires, plateformes expérimentales, start-up et industriels. Ces structures pourraient travailler sur des problématiques très concrètes : électrolyseurs de petite et moyenne capacité, systèmes de dessalement couplés à l’hydrogène, matériaux et revêtements, stockage, capteurs, digitalisation, optimisation énergétique, sécurité et maintenance prédictive. L’objectif serait de transformer les capacités scientifiques existantes en solutions industrielles et commerciales.

Cette dynamique pourrait également favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs scientifiques. Un chercheur développant une membrane plus performante, un système de contrôle intelligent ou une méthode innovante de traitement de l’eau pourrait créer une start-up autour de sa technologie.

De même, des ingénieurs issus des grandes entreprises énergétiques pourraient développer des solutions répondant aux besoins spécifiques des installations hydrogène et les commercialiser ensuite sur d’autres marchés.

Mais il faut éviter une autre illusion : multiplier les start-up ne signifie pas créer un écosystème d’innovation. Une start-up technologique a besoin de plateformes d’essai, de financement, de propriété intellectuelle protégée, de premiers clients industriels et d’un accès aux infrastructures.

Sans démonstrateurs et sans marché, beaucoup de technologies resteront au stade du prototype. L’enjeu est donc de créer un environnement dans lequel une jeune entreprise puisse passer du laboratoire au marché.

La commande publique et les grands opérateurs industriels peuvent jouer ici un rôle déterminant. En devenant les premiers utilisateurs de solutions développées localement, ils peuvent contribuer à réduire le risque technologique pour les jeunes entreprises. Des programmes de démonstration, des appels à projets industriels et des mécanismes de financement dédiés pourraient permettre de tester les innovations dans des conditions réelles.

Pour que l’hydrogène devienne réellement un moteur de R&D et d’entrepreneuriat, plusieurs actions devraient être engagées. Il faudrait d’abord consacrer une part clairement identifiée des grands investissements hydrogène à la recherche appliquée et à l’innovation locale. Il serait également nécessaire de créer des programmes de financement spécifiquement dédiés aux technologies hydrogène, depuis la preuve de concept jusqu’au démonstrateur industriel.

La mise en place de plateformes nationales d’essais et de démonstration devrait constituer une priorité. Elles permettraient aux chercheurs et aux start-up de tester leurs technologies dans des conditions réelles sans supporter seuls le coût considérable d’une infrastructure industrielle.

Il serait également pertinent de renforcer les mécanismes de transfert technologique entre universités, centres de recherche et entreprises, notamment à travers des laboratoires communs, des contrats de recherche appliquée, des chaires industrielles et des programmes de doctorats directement associés aux besoins de la filière.

Soutien aux start-up « Hydrogen Tech »

L’Algérie gagnerait aussi à développer un programme spécifique de soutien aux start-up « Hydrogen Tech », avec un accès facilité au financement, aux infrastructures d’essai, à la propriété intellectuelle, à l’accompagnement industriel et aux premiers marchés. Le rôle des grands opérateurs énergétiques serait essentiel pour offrir à ces jeunes entreprises leurs premières possibilités d’expérimentation et de commercialisation.

Enfin, il serait stratégique d’identifier quelques domaines dans lesquels l’Algérie peut raisonnablement construire un avantage technologique plutôt que de chercher à maîtriser l’ensemble de la chaîne.

Les membranes et le traitement de l’eau, les systèmes hybrides solaire-hydrogène, l’optimisation numérique, les matériaux, le stockage, la maintenance intelligente et certaines technologies liées à l’ammoniac vert pourraient constituer des niches particulièrement intéressantes.

L’objectif final ne devrait donc pas être simplement de produire de l’hydrogène en Algérie, mais de produire également les connaissances, les technologies et les entreprises qui permettront de construire cette industrie.

La véritable réussite serait de transformer les investissements dans l’hydrogène en une capacité durable de recherche, d’innovation et d’entrepreneuriat, capable non seulement de répondre aux besoins nationaux, mais aussi de proposer des solutions compétitives aux marchés régionaux et internationaux.

L’Algérie ne doit pas chercher uniquement à devenir productrice d’hydrogène vert. Elle devrait ambitionner de devenir progressivement productrice de technologies, de compétences et de solutions pour l’économie mondiale de l’hydrogène.

N. D.

Lire le journal

Lisez l’édition du jour en ligne facilement.

Newsletter Contributions

Recevez chaque matin l’essentiel de l’actualité du domaine.