En ce début d’année 2026, l’Algérie engage une transformation profonde de son modèle social et économique. Porté par une Loi de finances offensive et des revalorisations salariales historiques, le pays tente de relever le défi de l’insertion de sa jeunesse tout en accélérant sa transition vers une économie de la connaissance. Entre protection du pouvoir d’achat et incitations fiscales pour les start-ups, le marché du travail dessine un nouveau contrat social.
Par Lyazid Khaber
L’événement marquant de ce premier trimestre est l’entrée en vigueur du décret présidentiel n° 25-345, actant la hausse du Salaire national minimum garanti (SNMG) à 24.000 DA. Cette revalorisation de 20%, attendue par les partenaires sociaux, vise à stabiliser le pouvoir d’achat face aux dynamiques inflationnistes mondiales.
Parallèlement, l’allocation chômage, pilier de la politique d’insertion, a été portée à 18.000 DA pour l’exercice 2026. Au-delà du soutien financier, le ministère du Travail a instauré un suivi rigoureux, faisant en sorte que les bénéficiaires puissent désormais valider leur parcours d’insertion tous les six mois via les plateformes numériques de l’ANEM.
Cette mesure, dotée d’une enveloppe de 420 milliards de dinars, marque une volonté de passer d’une logique de transition à une insertion durable.
La Loi de finances 2026 introduit des leviers fiscaux inédits pour dynamiser le secteur privé, moteur essentiel de la création d’emplois hors hydrocarbures.
La loi de finances 2026, et le pari de l’innovation
Pour les jeunes entreprises et les start-up labellisées, l’exonération de l’Impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS) est désormais prolongée de deux années supplémentaires en cas de renouvellement du label.
Le texte législatif prévoit également des abattements significatifs sur les charges patronales (allant de 50 % à 80 %) pour tout recrutement de primo-demandeurs d’emploi.
Ces incitations sont particulièrement agressives dans les secteurs de l’AgriTech et de la HealthTech, où l’exonération de TVA sur les équipements technologiques vise à réduire le coût d’investissement par poste créé. L’objectif étant d’atteindre les 20.000 start-up d’ici 2029.
Formation et compétences…
Pour répondre à l’inadéquation entre l’offre et la demande de compétences — un point souvent soulevé par le Bureau International du Travail (BIT) — le secteur de la formation professionnelle a lancé sa session de février avec l’accueil de 285.000 nouveaux stagiaires.
L’accent est désormais mis sur les « Centres d’excellence », créés en partenariat avec des leaders industriels nationaux et internationaux. Ces structures visent à former une main-d’œuvre spécialisée dans les métiers du futur, à savoir : intelligence artificielle, cybersécurité et énergies renouvelables.
Selon l’Office National des Statistiques (ONS), cette stratégie est vitale pour abaisser le taux de chômage des diplômés, qui reste une priorité absolue du plan d’action gouvernemental.
Vers une croissance résiliente
Malgré un contexte international volatil, les rapports de la Banque mondiale et du FMI s’accordent sur une croissance du PIB algérien proche de 3,8 % pour l’année en cours. Cette dynamique est portée par une diversification réelle de l’économie, où le secteur privé commence à peser significativement dans la balance des emplois permanents.
Avec le lancement de la stratégie «Algérie Numérique 2030 », 2026 se profile comme l’année du décollage pour l’économie du savoir. En combinant protection sociale et incitations à l’entrepreneuriat, l’Algérie pose les jalons d’un marché de l’emploi plus moderne, capable d’absorber les talents d’une jeunesse de plus en plus qualifiée et connectée.
L. K.
La Carte des Opportunités par Région
L’année 2026 marque un tournant dans la décentralisation de l’emploi en Algérie. Selon les orientations du Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT), le dynamisme ne se concentre plus uniquement sur le littoral, mais s’étend vers les Hauts-Plateaux et le Grand Sud.
- Nord & Littoral (Alger, Oran, Annaba) : Pôle dominant pour les services numériques, la finance et les sièges sociaux. C’est ici que se concentrent 70% des start-up labellisées et les nouveaux métiers de la cybersécurité.
- Hauts-Plateaux (Sétif, Bordj Bou Arreridj, Tiaret) : Véritable cœur industriel du pays. On y observe une forte demande en techniciens de maintenance industrielle, en logistique et en transformation agroalimentaire.
- Sud & Grand Sud (Adrar, Ouargla, In Salah) : Zone prioritaire pour l’énergie et l’agriculture saharienne. Les incitations fiscales de la Loi de finances 2026 (jusqu’à 80% de réduction de charges patronales) y boostent le recrutement local.
L. K.







