Alger, Algérie

lundi 26 octobre 2026 01:39

Vue d'ensemble de la zone industrielle et du port commercial de Tunis

Tunisie : Une économie sous contrainte budgétaire et commerciale

En cette mi-octobre 2026, l’économie tunisienne navigue en eaux troubles, partagée entre des signaux de stabilisation interne et des vents contraires extérieurs persistants. L’Institut National de la Statistique (INS) affiche un taux de croissance de 2,4% pour le premier semestre 2026, tandis que le budget de l’État maintient un cap prévisionnel annuel de 3,3%.

Néanmoins, l’accélération de l’inflation à 5,6% en septembre et le creusement spectaculaire du déficit commercial rappellent l’urgence des réformes de structure.

Le principal signal d’alarme provient des échanges extérieurs. Selon les derniers indicateurs publiés par l’INS, le déficit commercial tunisien a bondi de 25,5% sur les neuf premiers mois de l’année 2026, frôlant la barre des 21 milliards de dinars.

Cette dégradation est presque intégralement imputable à la facture énergétique du pays, exacerbée par la flambée des cours mondiaux des hydrocarbures et les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Si la Tunisie diversifie ses débouchés — à l’instar d’une hausse remarquable de 140% de ses exportations vers la République démocratique du Congo portée par le secteur du BTP — sa dépendance vis-à-vis des importations européennes et des marchés énergétiques étrangers fragilise sa balance des paiements.

Pour soutenir le pouvoir d’achat face à la hausse des coûts, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a fait le choix de maintenir son taux d’intérêt directeur à 7%, une décision jugée prudente par les analystes face aux pressions inflationnistes.

Une croissance portée par le privé et les partenaires internationaux

Malgré ce tableau financier tendu, les autorités mettent en avant la résilience macroéconomique globale du pays. Lors du récent Forum financier arabe à Tunis, le ministère des Finances a rappelé que l’appareil d’État maintient des indicateurs d’endettement acceptables compte tenu des crises successives.

La Tunisie se classe d’ailleurs au 6e rang africain du HelloSafe Prosperity Index 2026, illustrant une relative solidité par rapport à ses pairs régionaux.

Cette résilience trouve un écho favorable auprès de la Société financière internationale (IFC), filiale de la Banque Mondiale, qui ambitionne de mobiliser au moins 300 millions de dollars d’investissements en Tunisie pour l’année 2026.

Les secteurs stratégiques ciblés incluent l’agrobusiness — soutenu par le record historique des exportations de dattes qui ont dépassé le milliard de dinars —, l’industrie manufacturière automobile et surtout les énergies renouvelables.

À cet égard, le projet de centrale solaire de Kairouan ou le partenariat industriel avec l’Algérie pour la construction d’une centrale électrique de 1.400 MW illustrent la volonté du pays d’amorcer une véritable transition énergétique.

Sortir de la gestion de crise pour relancer l’emploi

Pour les experts tunisiens, l’enjeu des prochains mois consistera à basculer d’une simple politique d’atténuation des chocs à une transformation structurelle durable.

Les discussions gelées avec le Fonds Monétaire International (FMI) depuis 2023 continuent de restreindre l’accès aux financements extérieurs bilatéraux lourds, contraignant l’État à solliciter de manière intensive les banques nationales.

Cette stagnation des réformes de fond pèse directement sur le marché du travail. Le chômage se maintient à un niveau élevé de 14,9%, grimpant à 26,6% chez les jeunes diplômés.

Sans un assainissement des entreprises publiques, une simplification drastique des procédures administratives et un recours accru à la numérisation, la Tunisie risque de voir sa croissance s’essouffler à moyen terme.

La nomination récente d’Alexander Kremer comme nouveau directeur pays de la Banque Mondiale à Tunis pourrait toutefois donner une impulsion neuve au dialogue sur les réformes prioritaires.

R. E.

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