L’horreur de ce double drame, humain et écologique, qui a frappé l’Algérie est incommensurable. Il faudra du temps pour panser cette plaie béante dans le corps de la collectivité nationale.
Jijel, Tizi Ouzou, Béjaïa, Sétif, Skikda, Annaba et El Tarf traîneront pendant longtemps les stigmates d’un été particulièrement meurtrier. Des populations entières ont perdu tout ce qu’elles possédaient, se retrouvant sans rien au milieu des cendres, n’ayant plus ni maisons ni sources de subsistance.
Ces terres autrefois généreuses sont devenues, en l’espace de quelques jours, des zones grises où le feu dévorant a tout emporté sur son passage, ravageant des vies humaines et l’économie locale.
Le centre-est du pays et le Tell oriental auront du mal à se remettre de cette terrible catastrophe écologique dont on n’a pas encore mesuré l’ampleur. L’arbre roi (le chêne-liège) a subi d’énormes dégâts. Cette région du pays, faut-il le rappeler, concentre 80 % de la production nationale de liège.
L’emblème des hauteurs algériennes, le Sapin de Numidie (Abies numidica), et le cèdre ont eux aussi été sévèrement touchés par les flammes dévastatrices. Selon des spécialistes, il faudra compter « entre 3 et 5 ans pour voir ces paysages reverdir, et 50 à plus de 100 ans pour retrouver une forêt mature et une biodiversité pleinement structurée ». Immense est l’impact des incendies ravageurs sur les écosystèmes ; le coût environnemental est énorme.
Combien de CO₂ a été émis par ces milliers d’hectares brûlés qui, en temps normal, jouent le rôle inverse de puits de carbone, ce qui aggrave le réchauffement climatique ? C’est à l’aune de cette dévastation que l’on mesure la valeur du dôme vert réduit à néant.
Nous avons, certes, perdu une partie de notre couvert végétal protecteur, mais nous avons appris une leçon. Quels que soient les moyens mobilisés — et l’État n’a pas lésiné sur les moyens en acquérant notamment plusieurs avions bombardiers d’eau —, rien ne vaut la prévention en amont.
Mettre en place un système préventif contre ce type de catastrophe nous prémunira mieux à l’avenir. Nous avons également un acquis : la solidarité légendaire des Algériens ; toujours au rendez-vous dans les moments difficiles.
Même si le gouvernement n’a ménagé aucun effort pour une prise en charge prompte et diligente des sinistrés, pour que la vie reprenne son cours normal dans ces contrées dévastées, il sera difficile de guérir la plaie béante laissée par le drame que nous venons de vivre.
S. R.






