Jeudi 22 octobre 2026, le procureur général près la Cour d’Alger a ordonné aux services de la police judiciaire, relevant des différents corps de sécurité compétents et placés sous la supervision du Pôle national de lutte contre la criminalité organisée, d’ouvrir des investigations «immédiates, urgentes et globales».
Les vidéos en cause montrent des individus déversant des denrées alimentaires de large consommation, ainsi que des légumes de variétés diverses, parfaitement propres à la consommation, dans le but, selon le communiqué, d’en empêcher la distribution, de créer la rareté sur le marché et de spéculer sur les prix.
Les enquêtes ont un double objectif. Elles visent d’abord à identifier toute personne ayant participé à ces actes, les ayant incités, financés ou en ayant tiré profit, «quelle que soit sa qualité ou sa position».
Elles doivent ensuite mettre au jour les réseaux et ramifications qui se cachent derrière, retracer le parcours des marchandises ainsi que les circuits de stockage et de distribution, puis déférer les mis en cause devant les juridictions compétentes pour des poursuites «dans la limite maximale permise par les lois en vigueur».
Le ton du parquet général est sans équivoque. La loi sera appliquée «avec fermeté et sans exception» à tous ceux dont l’implication sera établie. Le communiqué qualifie ces faits d’«atteinte flagrante à la subsistance du citoyen» et de «jeu avec la sécurité alimentaire de la société», portant atteinte à l’ordre public économique de l’État.
La gravité est d’autant plus grande, souligne-t-il, que ces actes apparaissent sous une forme organisée, fondée sur la coordination et la répétition, ce qui révèle l’existence de groupes criminels qui provoquent délibérément des crises, ciblent le pouvoir d’achat, menacent la santé publique et fragilisent l’économie nationale.
Le parquet général appelle par ailleurs les citoyens à la vigilance et à la responsabilité, en les invitant à signaler toute pratique similaire aux services de sécurité ou au ministère public, la protection de l’économie nationale et de la subsistance des citoyens étant «une responsabilité partagée entre l’État et la société».
Gouvernement : régulation des marges, contrôle de terrain et mobilisation générale
Au niveau du gouvernement, la mobilisation est tout aussi visible. Le même jour, le Premier ministre a présidé une réunion du Conseil interministériel consacrée au suivi du dossier de la commercialisation des viandes rouges, en application des instructions et orientations du président de la République, données lors du dernier Conseil des ministres, sur la maîtrise des prix des produits de large consommation et la préservation du pouvoir d’achat.
Cette rencontre s’est tenue en présence des ministres concernés, du secrétaire général de l’Union générale des commerçants et artisans algériens UGCAA et de représentants de la fédération des viandes rouges affiliée à l’organisation. Les préoccupations et propositions des professionnels ont été écoutées, notamment sur la disponibilité régulière de ces viandes à des prix maîtrisés.
Jeudi également, la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amel Abdellatif, a indiqué devant la Commission des finances et du budget de l’APN, lors de la présentation du budget de son secteur pour 2027, que son département s’attèle à l’élaboration des textes réglementaires nécessaires à la régulation de l’activité des intermédiaires de vente et au plafonnement des marges de bénéfice, en tenant compte des chaînes de production et de commercialisation, en application des orientations du président Abdelmadjid Tebboune.
Elle a précisé que les mesures prévues comprennent le renforcement du suivi local quotidien des prix et de la disponibilité des produits, en coordination avec les walis, ainsi que l’intensification des contrôles sur le terrain afin de relever les dysfonctionnements et d’en vérifier les causes.
Une base de données numérique commune, que préparent le ministère de l’Intérieur et le Haut-Commissariat à la numérisation, vise à centraliser les informations sur les prix et la disponibilité des produits et à instaurer un mécanisme d’alerte précoce en cas de hausses anormales.
La démarche englobe aussi l’acquisition des surplus de production locale, leur stockage et leur déstockage en cas de besoin, ainsi que le suivi des pratiques commerciales liées aux produits importés et la vérification des écarts de prix constatés. La complémentarité entre contrôle de terrain, information numérique et analyse économique doit permettre, a-t-elle souligné, d’intervenir en temps opportun et de contribuer à la stabilité du marché.
Sur le terrain, les directions du commerce des wilayas multiplient les sorties quotidiennes. Dans le cadre de la permanence du week-end, les équipes de contrôle de Biskra et d’Aïn Témouchent ont intensifié leurs interventions pour vérifier le respect de l’affichage des prix et des tarifs.
À Béchar, les agents de contrôle ont également mené des interventions de terrain pour s’assurer de la disponibilité des produits et relever les infractions, afin de préserver le pouvoir d’achat.
À Chlef, les agents poursuivent leurs interventions pour superviser le déstockage des quantités de pomme de terre destinées à la commercialisation, au prix de 65 dinars le kilogramme.
Contrôle des prix, signalement et dénonciation
Dans le cadre des orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à instaurer un suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de large consommation, la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amel Abdellatif, a réuni, mardi 20 octobre 2026, les directeurs régionaux du commerce par visioconférence.
Cette rencontre a été consacrée aux modalités de mise en œuvre du dispositif de suivi décentralisé des prix, de l’approvisionnement et de la disponibilité des produits sur l’ensemble du territoire national.
À cette occasion, la ministre a instruit les responsables du secteur de renforcer les équipes de contrôle et d’intensifier leurs interventions quotidiennes sur le terrain, en coordination avec les secteurs concernés. L’objectif est de détecter rapidement les dysfonctionnements, de vérifier la disponibilité des produits essentiels et de contribuer à la stabilité du marché.
Parallèlement, le ministère a rappelé à l’ensemble des opérateurs économiques, tous secteurs confondus, l’obligation d’afficher clairement et lisiblement les prix des produits et les tarifs des services.
Le non-respect de cette disposition peut entraîner des poursuites judiciaires, conformément à la loi n° 04-02 du 23 juin 2004 relative aux règles applicables aux pratiques commerciales, ainsi que la fermeture administrative du local et la saisie des produits concernés par l’infraction.
Le dispositif prévoit également le lancement d’une plateforme numérique dédiée au suivi des signalements et des réclamations, accompagnée d’une application mobile destinée aux citoyens. Ces outils permettront notamment de signaler les éventuels dépassements concernant les prix, l’hygiène et la sécurité sanitaire des consommateurs.
S. I.






