La capitale camerounaise, Yaoundé, est devenue le 26 septembre 2026 l’épicentre des réflexions stratégiques sur l’avenir du continent avec la présentation officielle, au siège de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), du rapport de la Banque africaine de développement (BAD) dédié aux Perspectives économiques régionales pour l’Afrique centrale 2026.
Ce document de référence, dont les conclusions ont été publiées en détail par l’Africa News Agency, dresse un état des lieux lucide d’une zone macroéconomique aux dynamiques contrastées.
Entre résilience conjoncturelle et fragilités systémiques, la sous-région se trouve à la croisée des chemins, portée par des perspectives de croissance encourageantes mais talonnée par l’urgence absolue de réformer ses modèles productifs.
Une accélération de la croissance portée par les réformes
Sur le front de la conjoncture, les nouvelles orientations de la BAD incitent à un optimisme mesuré. Après avoir traversé une période d’incertitudes mondiales, la croissance économique de la région est projetée à 3,8% pour l’année 2026.
Cette trajectoire ascendante devrait encore s’accentuer à moyen terme pour atteindre 4,1% en 2027, signalant une reprise progressive de l’activité globale et une meilleure résistance des marchés intérieurs face aux vents contraires de l’économie mondiale.
Cette dynamique positive repose notamment sur la remontée des cours de certaines matières premières et sur la mise en œuvre de réformes de stabilisation macroéconomique par plusieurs États membres.
Toutefois, comme le rapporte le quotidien Cameroon Tribune, cette embellie statistique globale cache des exigences de fond qui touchent directement le quotidien des populations de la sous-région. Intervenant lors du séminaire de présentation, le Directeur Général du Bureau régional de la BAD, Dr Léandre Bassole, a rappelé avec insistance qu’«une économie peut résister aux chocs, mais si elle ne crée pas un véritable impact sur sa population, cela reste vain».
Il a également ajouté que du point de vue de l’institution, « le contribuable doit percevoir le lien entre les impôts acquittés et les services publics effectivement rendus », soulignant ainsi la nécessité d’une gouvernance plus transparente et axée sur les résultats.
Une trajectoire régionale, des réalités nationales contrastées
Derrière cette moyenne régionale se dessinent pourtant des dynamiques hétérogènes au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), car la structure intrinsèque de chaque économie nationale dicte en réalité son niveau de résilience réelle.
Fort d’un tissu productif relativement plus diversifié, le Cameroun maintient solidement son rôle de locomotive économique de la zone. Selon les données du rapport, la croissance camerounaise devrait s’établir à 4,0% en 2026, une performance qui pousse les autorités à appeler à une rupture avec les anciens modèles de développement.
Coprésidant les travaux à Yaoundé, Paul Tasong, Ministre Délégué auprès du Ministre de l’Économie, a formellement insisté sur la nécessité d’un changement de paradigme axé sur le thème clé de cette édition, à savoir « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté ».
Pendant ce temps, les pays historiquement plus dépendants des hydrocarbures tracent une route plus sinueuse. Le Gabon et la République du Congo déploient d’importants efforts pour consolider leurs filières industrielles et minières hors pétrole, cherchant ainsi à stabiliser leurs prévisions de revenus face à la volatilité structurelle des marchés internationaux du brut.
Cette situation contraste radicalement avec le bas de l’échelle régionale, où des économies plus fragiles restent en quête d’une véritable stabilisation macroéconomique. C’est le cas de la République centrafricaine qui affiche une reprise beaucoup plus modérée, avec une projection de croissance limitée à 2,9% pour 2026.
Ce ralentissement centrafricain, largement tributaire d’infrastructures logistiques défaillantes et de vulnérabilités sécuritaires persistantes, illustre parfaitement le besoin pressant d’investissements structurels coordonnés à l’échelle communautaire.
Un gouffre budgétaire à combler d’urgence
L’ampleur du chantier apparaît d’autant plus vertigineuse que le déficit de financement annuel actuel de la sous-région s’élève à 35,6 milliards de dollars.
Ce gouffre budgétaire menace directement de paralyser les ambitions d’émergence des États si des mécanismes innovants et alternatifs de levée de fonds ne sont pas immédiatement déployés par les décideurs politiques et les régulateurs financiers régionaux.
Pour combler un tel déficit, les experts de la BAD préconisent une accélération audacieuse des réformes fiscales afin d’optimiser la mobilisation des ressources domestiques, tout en encourageant un recours accru aux partenariats public-privé (PPP).
L’urgence est d’autant plus locale que des médias spécialisés comme EcoMatin rapportent qu’un pays comme le Cameroun concentrerait à lui seul 26% de ce déficit régional, un chiffre qui grimpe à 72% si on lui associe la République démocratique du Congo.
Face à cette concentration des besoins, la BAD recommande instamment d’actionner de nouveaux leviers de financement de masse, suggérant notamment l’émission d’« obligations à la diaspora » pour capter l’importante épargne des expatriés.
En définitive, le salut économique de l’Afrique centrale dépendra de sa capacité à transformer ses bonnes perspectives de croissance à court terme en un écosystème financier attractif et crédible, seul capable d’attirer les flux nécessaires à sa mutation industrielle.
R. A.





