Alger, Algérie

lundi 26 octobre 2026 01:37

Eruption du puits Goumeri W-8 au Niger : L’Algérie dépêche des experts

Eruption du puits Goumeri W-8 au Niger : L’Algérie dépêche des experts

Du 12 au 19 octobre 2026, une mission technique algérienne a été déployée au Niger après l’éruption du puits pétrolier Goumeri W-8. Un geste de solidarité qui traduit le net réchauffement des relations bilatérales depuis février.

Selon le communiqué du ministère des Hydrocarbures, sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a dépêché, du 12 au 19 octobre 2026, une délégation composée de cadres et d’experts du ministère des Hydrocarbures, de l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH) et du groupe Sonatrach.

Leur mission : apporter un appui et un accompagnement techniques après l’incident survenu sur le puits «Goumeri W-8», dans la zone d’Agadem, au nord-est du Niger.

Sur place, les membres de la mission ont mené des discussions avec les ministres nigériens du Pétrole et de l’Environnement. Les échanges ont porté sur l’état actuel du puits et sur les mesures d’urgence nécessaires pour contenir l’incident et en limiter l’impact environnemental, en s’appuyant sur l’expertise algérienne en matière d’hydrocarbures.

À l’issue de la visite, la délégation a été reçue par le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, qui a remercié le président Tebboune pour sa «réponse rapide» à la demande d’aide et pour la mobilisation des compétences algériennes, ajoute la même source.

Les deux ministres nigériens ont eux aussi exprimé leur gratitude à Alger et au ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab.

Du côté algérien, on souligne que cette initiative illustre les liens de fraternité entre les deux pays et la volonté de poursuivre le partage d’expertise, au service d’une coopération africaine fondée sur la solidarité et le bénéfice mutuel.

L’éruption a débuté le 25 septembre sur le puits Goumeri W-8, exploité par CNPC Niger Petroleum, filiale du groupe chinois CNPC, dans un bloc situé à quelque 1 700 km de Niamey. Dans un communiqué lu le 12 octobre, le ministère nigérien du Pétrole a évoqué un incident environnemental d’une gravité exceptionnelle, la situation étant «partiellement contenue, mais pas totalement maîtrisée».

Aucun décès n’a été déploré, mais deux employés ont été hospitalisés. La plateforme, partagée avec les puits W-3 et W-4, est fortement dégradée et l’intégrité de ces deux derniers est compromise. Niamey a écarté toute piste criminelle ou terroriste et annoncé une enquête avec l’appui d’une «expertise algérienne».

Du gel diplomatique au dégel

Une telle coopération d’urgence était loin d’aller de soi il y a un an. En avril 2025, après l’annonce par Alger de l’abattage d’un drone malien, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), avaient rappelé leurs ambassadeurs en Algérie. Alger avait appliqué la réciprocité, ce qui avait quasiment gelé les canaux politiques pendant près de dix mois.

Le tournant est intervenu début 2026. Une importante délégation algérienne conduite par Mohamed Arkab s’est d’abord rendue à Niamey, environ trois semaines avant la visite de Tiani.

Le 12 février, les ambassadeurs des deux pays ont repris leurs fonctions, le président Tebboune ordonnant le retour immédiat de son représentant à Niamey afin de relancer le dialogue politique au plus haut niveau et de concrétiser des «projets stratégiques».

Les 15 et 16 février, le général Tiani a effectué une visite officielle de deux jours à Alger, que le chef de l’État algérien a présentée comme la fin d’une période de froid inhabituelle.

L’énergie, moteur du rapprochement

Le dossier énergétique est au cœur de cette relance. À l’occasion de la visite de Tiani, Tebboune a annoncé la relance du gazoduc transsaharien (TSGP), qui doit acheminer le gaz nigérian vers l’Algérie via le Niger. Sonatrach devait en lancer la construction sur le sol nigérien après le ramadan.

D’une longueur de 4 128 km, dont 841 km au Niger, le projet est évoqué avec celui du bloc pétrolier de Kafra, au nord du Niger. Le président algérien a par ailleurs promis un soutien à Niamey, confronté à de sérieuses difficultés économiques, dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

Le partenariat s’est depuis traduit dans les faits : le 14 août, Sonatrach et la Sonidep ont chargé au terminal de Sèmè, au Bénin, leur première cargaison commune de brut Meleck extrait à Agadem.

Les 21 et 22 septembre, Mohamed Arkab s’est de nouveau rendu à Niamey, porteur d’un message du président Tebboune, pour évoquer l’accélération du TSGP et le renforcement du partenariat Sonatrach-Sonidep.

Dans ce contexte, la mission d’octobre apparaît comme l’illustration concrète d’une coopération technique que les deux capitales entendent inscrire dans la durée.

Pour Alger, elle valorise le savoir-faire de ses opérateurs énergétiques et consolide un partenaire clé au Sahel ; pour Niamey, elle apporte une aide précieuse face à une crise dont l’issue reste suspendue à la maîtrise complète du puits.

S. I.

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