Alger, Algérie

lundi 26 octobre 2026 04:13

Brahim Guendouzi, universitaire et économiste : «Une dynamique inflationniste devient difficile à maîtriser lorsqu’elle s’installe»

Brahim Guendouzi, universitaire et économiste : «Une dynamique inflationniste devient difficile à maîtriser lorsqu’elle s’installe»

Approvisionnement agricole, coûts de transformation et marges de distribution, Brahim Guendouzi explique les facteurs de hausse des prix et les niveaux auxquels doit intervenir la régulation. Il revient également sur les effets de l’inflation sur les ménages et les entreprises.
  • EcoTimes : La hausse des prix de nombreux produits de consommation suscite une incompréhension croissante chez les ménages algériens. Comment expliquer ce renchérissement ? Relève-t-il principalement d’une augmentation des coûts de production, de dysfonctionnements dans les circuits de distribution ou de pratiques spéculatives ?

Brahim Guendouzi : Il faut distinguer trois niveaux d’analyse. Tout d’abord, les entreprises de transformation enregistrent les différentes dépenses engagées pour obtenir leurs produits finis. Elles vendent ensuite ces produits à des prix départ usine.

Les frais logistiques de distribution et les marges commerciales des distributeurs ne sont pas pris en compte dans ces prix. Il faut donc comparer les prix départ usine et les prix à la consommation.

L’écart peut correspondre à des marges normales, conformes à une réalité économique donnée. Mais il peut aussi révéler des marges anormales. Dans ce cas, il y a un problème dans le fonctionnement des circuits de distribution.

Les producteurs doivent maîtriser leurs circuits de distribution, mais ils n’y parviennent pas toujours. Cela peut leur poser problème, car ils ne maîtrisent plus leurs produits en matière de prix et de marges.

C’est une difficulté réelle dans l’économie nationale : plusieurs entreprises ne maîtrisent pas leurs circuits de distribution, dans lesquels interviennent de nombreux acteurs.

Le deuxième aspect concerne l’approvisionnement des entreprises de transformation, notamment dans l’agroalimentaire, en matières premières auprès des agriculteurs. Les quantités nécessaires ne sont pas toujours disponibles.

La qualité peut aussi poser problème, et des pertes peuvent survenir avant la transformation. Elles peuvent être liées à un mauvais stockage, à une mauvaise qualité des produits ou aux conditions climatiques.

Les délais d’acheminement doivent également être pris en compte. L’entreprise peut répercuter ces pertes sur ses coûts de production et les compenser par une augmentation de ses prix de vente départ usine.

Le troisième aspect est la rareté du produit. Certains produits agricoles ne sont pas disponibles en quantités suffisantes par rapport aux besoins des consommateurs.

Le déséquilibre entre l’offre et la demande se traduit alors par une hausse des prix à la source, avant la transformation en usine, puis se répercute sur les prix à la consommation.

  • Dans quelle mesure les inspections menées dans les unités de production peuvent-elles permettre de remonter aux véritables causes des hausses et d’identifier d’éventuelles marges injustifiées ?

Ces contrôles servent, en premier lieu, à réaliser un audit. Il s’agit d’identifier le niveau auquel se pose le problème : l’approvisionnement en amont des usines, les prix à la production ou les circuits de distribution. Il faut déterminer les maillons concernés.

Ils doivent ensuite permettre de prendre des décisions et de réguler le marché en fonction du niveau auquel se situe le véritable problème. S’il existe des écarts ou des disparités injustifiés, il faut prendre des mesures pour rétablir la régularité de l’activité économique, particulièrement dans les domaines sensibles comme les biens de consommation courante.

  • Malgré les contrôles répétés, la hausse des prix demeure une préoccupation pour les ménages. Quelles réformes faudrait-il engager pour réguler durablement le marché ?

Les problèmes se posent à trois niveaux. Le premier concerne l’approvisionnement des unités de transformation. Les quantités de produits agricoles qui leur sont livrées ne sont pas toujours régulières. D’une année à l’autre, la production peut augmenter ou diminuer selon les conditions climatiques et les conditions de production.

Il faut donc identifier les problèmes en amont. Le deuxième niveau concerne les unités de production et de transformation. Il faut examiner les prix à la production au regard des coûts identifiés et comprendre pourquoi ils peuvent évoluer d’une année à l’autre. Les entreprises subissent les contraintes de leur environnement.

En période d’inflation, les hausses de prix concernent tous les secteurs d’activité et les entreprises répercutent leurs coûts sur leurs prix de vente départ usine. Le troisième niveau concerne les dysfonctionnements des circuits de distribution, qui ne sont pas toujours identifiés. Certains circuits sont entre les mains du secteur informel.

Les marges commerciales pratiquées ne sont donc pas identifiées. La régulation de l’État doit se faire à ces trois niveaux. Il faut rappeler qu’une grande partie des produits vendus sur le marché relève de la liberté des prix et de la concurrence.

Les produits subventionnés dont les prix sont fixés par l’État font l’objet d’un contrôle étroit. Pour les autres, les prix sont libres. Toutefois, les circuits de distribution, tels qu’ils sont organisés, peuvent parfois entraîner des dérives sur les prix, comme nous l’avons constaté cet été.

  • Au-delà de l’érosion du pouvoir d’achat, quelles peuvent être les répercussions d’une hausse persistante des prix sur la consommation des ménages, l’activité des entreprises et la croissance économique ?

La hausse des prix génère une pression inflationniste qui porte préjudice aux consommateurs et aux ménages. Ceux qui disposent de revenus fixes, notamment les salariés et les retraités, sont particulièrement concernés.

La perte de pouvoir d’achat se répercute sur leur niveau de consommation. La pression inflationniste pénalise également les entreprises, car elle touche la structure de leurs coûts de production. Elle peut se répercuter sur leurs prix de vente et les rendre moins compétitives. Un système de prix mal maîtrisé peut alimenter une inflation qui devient difficile à contenir.

Les pouvoirs publics doivent donc assurer un suivi régulier de la masse monétaire, des coûts de production et des hausses salariales. Cela nécessite un ensemble de mesures de politique économique.

Nous avons déjà vécu cette situation après la Covid, lorsque l’inflation avait dépassé 15 % pour les produits alimentaires. Il a fallu du temps et de la rigueur de la part de l’État pour arriver aujourd’hui à un indice des prix à la consommation de 4,5%.

T. A. L.

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