L’Afrique a, en effet, adopté un plan historique pour enfin employer les diplômés du secteur de la santé. En août 2026, lors de la 76e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique à Addis-Abeba, les ministres africains de la Santé ont validé une stratégie décennale majeure.
Baptisé Programme de gestion des personnels de santé en Afrique (2026-2035), ce texte vise à former, intégrer et retenir trois millions de professionnels supplémentaires sur le continent afin de résorber un chômage paradoxal et dévastateur.
Un million de diplômés au chômage
L’Afrique fait face à une contradiction intenable : ses infrastructures manquent cruellement de personnel soignant alors que près d’un million de diplômés de la santé restent sans emploi. Les données récentes de l’année 2024 révèlent une situation alarmante, avec un taux de chômage atteignant 46 % chez les sage-femmes, 58 % chez les médecins et jusqu’à 69 % chez les infirmiers.
Pour maintenir les hôpitaux à flot, de nombreux pays s’appuient de manière disproportionnée sur le bénévolat. Au Kenya par exemple, des mesures de gel des embauches dictées par les finances publiques ont laissé sur le carreau plus de 5 000 infirmiers pourtant indispensables. Cette impasse est le fruit direct d’un manque criant de concertation entre les ministères de la Santé, du Travail et des Finances.
En l’absence de débouchés stables et de conditions de travail décentes, l’exode des cerveaux s’accélère. En 2026, environ 46 % des soignants africains affirment envisager une émigration vers l’Europe ou l’Amérique du Nord, contre 42 % deux ans plus tôt, ce qui fragilise les budgets investis dans leur formation initiale.
Moins de 13 % de chômeurs en 2035
Le nouveau plan régional ne se contente pas de formuler des vœux pieux et impose des objectifs quantitatifs rigoureux à l’horizon 2035. L’objectif principal est de faire chuter le taux de chômage global des professionnels de la santé de 27 % à moins de 13 %. Pour y parvenir, le programme exige que 80 % des gouvernements africains intègrent des mécanismes formels de recrutement d’ici dix ans.
La densité médicale devra elle aussi bondir de 27 à 47 agents de santé pour 10 000 habitants, un seuil nécessaire pour espérer atteindre la couverture sanitaire universelle. L’Organisation mondiale de la Santé insiste sur le fait que la formation universitaire n’est que la première étape d’un long processus.
Les États doivent de toute urgence garantir des salaires réguliers, un encadrement solide et des parcours de carrière attractifs pour stabiliser leurs effectifs. Sans un tel sursaut politique et organisationnel, le continent s’expose à un déficit cumulé de six millions de soignants d’ici 2035, menaçant gravement sa souveraineté sanitaire face aux crises épidémiques futures.
Un dollar investi, dix dollars gagnés
Derrière l’urgence humanitaire se cache un calcul macroéconomique particulièrement stratégique pour les gouvernements du continent. Selon les modélisations financières présentées lors du sommet d’Addis-Abeba, combler le déficit de recrutement réclame un effort budgétaire additionnel minime, estimé entre 4 et 6 dollars par habitant et par an.
L’impact positif de cette dépense est pourtant massif puisque chaque dollar injecté dans les effectifs médicaux génère un retour sur investissement direct de près de 10 dollars pour l’économie locale. Quant aux bénéfices sociaux globaux, ils sont évalués à près de trente fois la mise de départ grâce à la réduction de la mortalité et à l’augmentation de la productivité générale.
Les dirigeants de l’OMS soulignent que recruter ces diplômés constitue le meilleur levier pour bâtir des économies résilientes. En combinant cet effort budgétaire avec la numérisation des parcours de soins et la production locale de médicaments, l’Afrique pose enfin les fondations d’un système de santé autonome, capable de protéger sa population et de retenir ses talents.
H. O.
La crise des effectifs en chiffres
Le Programme de gestion des personnels de santé en Afrique (2026-2035) s’appuie sur des données alarmantes qui résument l’urgence de la situation sur le continent :
- Un million de professionnels de la santé diplômés sont actuellement sans emploi ou sous-employés en Afrique.
- 69 % des infirmiers et 58 % des médecins diplômés n’ont pas d’intégration formelle sur le marché du travail.
- 46 % des soignants en activité envisagent activement d’émigrer vers l’Europe ou l’Amérique du Nord d’ici la fin 2026.
- 10 dollars de retour sur investissement économique direct sont générés pour chaque dollar dépensé dans l’embauche médicale.
- 13 % est le taux maximum de chômage visé par l’OMS d’ici 2035, contre 27 % au début du plan.






