Face à la croissance rapide de la demande électrique et aux mutations profondes du marché mondial de l’énergie, l’Algérie accélère sa stratégie de diversification énergétique. Si le gaz naturel demeure aujourd’hui le pilier du système électrique national, le développement du solaire s’impose progressivement comme l’un des axes majeurs de la transition énergétique du pays. Dotée d’un potentiel d’ensoleillement parmi les plus élevés au monde et d’un vaste territoire saharien propice aux installations photovoltaïques à grande échelle, l’Algérie cherche désormais à transformer cet avantage naturel en levier industriel, économique et géopolitique dans un contexte international marqué par l’accélération des politiques de transition énergétique.
Par Lyazid Khaber
Le système électrique algérien figure aujourd’hui parmi les plus développés du continent africain. La capacité nationale de production avoisine désormais les 26.000 mégawatts, permettant de couvrir les besoins du pays, notamment lors des pics de consommation estivaux où la demande peut atteindre des niveaux particulièrement élevés sous l’effet de l’usage massif de la climatisation et de la croissance urbaine.
Cette robustesse du réseau électrique est le résultat de plusieurs décennies d’investissements publics dans les infrastructures énergétiques, menés principalement par le groupe Sonelgaz, qui ont permis d’étendre progressivement l’accès à l’électricité à l’ensemble du territoire national.
Cependant, cette performance structurelle repose presque entièrement sur une seule ressource. En effet, la production d’électricité en Algérie provient très majoritairement du gaz naturel, qui alimente l’essentiel des centrales thermiques réparties à travers le pays.
Cette dépendance énergétique a longtemps constitué un avantage stratégique pour l’Algérie, compte tenu de l’abondance de ses ressources gazières et de la maîtrise technologique acquise dans l’exploitation des hydrocarbures.
Mais cette configuration pose aujourd’hui une nouvelle équation énergétique. La hausse continue de la consommation intérieure d’énergie réduit progressivement les volumes de gaz disponibles pour l’exportation, alors même que ces exportations représentent l’un des piliers des recettes extérieures du pays.
Dans ce contexte, la diversification du mix énergétique apparaît de plus en plus comme une nécessité stratégique afin de concilier sécurité énergétique nationale et maintien des capacités d’exportation.
La diversification énergétique devient une priorité stratégique
Face à ces enjeux, la diversification du système énergétique s’impose progressivement comme une orientation incontournable de la politique énergétique nationale. L’intégration des énergies renouvelables dans le mix électrique vise à répondre à plusieurs objectifs simultanés.
Il s’agit de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays, réduire la pression sur les ressources gazières et préparer l’économie nationale à l’évolution du marché mondial de l’énergie, marqué par la montée en puissance des technologies bas carbone.
Dans cette perspective, le solaire apparaît comme la solution la plus naturelle pour l’Algérie. Située au cœur de la ceinture saharienne, une région qui bénéficie de l’un des niveaux d’irradiation solaire les plus élevés de la planète, l’Algérie dispose d’un potentiel exceptionnel pour la production d’électricité photovoltaïque.
Dans plusieurs régions du Sud, l’ensoleillement dépasse fréquemment 3.000 heures par an, offrant des conditions particulièrement favorables à l’exploitation de centrales solaires à grande échelle.
Conscientes de cet atout stratégique, les autorités ont engagé ces dernières années un programme ambitieux visant à développer les capacités nationales d’énergies renouvelables.
L’objectif affiché consiste à atteindre environ 15.000 mégawatts de capacités renouvelables à l’horizon 2035, principalement à travers le développement de centrales photovoltaïques implantées dans les régions sahariennes et les Hauts-Plateaux.
Les premiers résultats du programme solaire
La mise en œuvre de cette stratégie est principalement pilotée par le groupe public Sonelgaz, chargé de développer les nouvelles infrastructures de production et d’assurer leur intégration dans le réseau électrique national.
Plusieurs projets de centrales solaires sont actuellement en cours de réalisation dans différentes wilayas du pays, notamment dans les régions bénéficiant des meilleures conditions d’irradiation solaire et disposant d’un accès facilité aux infrastructures électriques existantes.
Les premiers résultats de ce programme commencent à se concrétiser sur le terrain. Début mars 2026, le directeur de la communication du ministère de l’Énergie, Khalil Hedna, indiquait sur les ondes de la Radio nationale que plusieurs centrales solaires devraient entrer en service au cours de l’année pour une capacité cumulée d’environ 1.480 mégawatts.
Cette mise en service progressive constitue une étape importante dans la montée en puissance des énergies renouvelables dans le système électrique national.
Certaines installations affichent déjà un niveau d’avancement particulièrement avancé. C’est notamment le cas des projets situés dans les wilayas d’El Meghaïer, de Biskra et d’El Oued, qui figurent parmi les premières grandes centrales photovoltaïques du programme national et devraient contribuer de manière significative à l’intégration du solaire dans le mix énergétique algérien.
Une transition observée de près par les organisations internationales
L’orientation solaire engagée par l’Algérie s’inscrit dans une dynamique plus large observée à l’échelle mondiale et continentale. Dans son rapport consacré aux perspectives énergétiques africaines, l’International Energy Agency souligne que l’Afrique possède près de 60 % des ressources solaires les plus favorables de la planète, tout en restant encore largement sous-équipée en capacités photovoltaïques par rapport à son potentiel réel.
Selon l’agence internationale, l’exploitation de ces ressources pourrait transformer profondément les systèmes énergétiques du continent et accélérer l’électrification dans de nombreuses régions où l’accès à l’électricité reste encore limité.
Dans cette perspective, les pays d’Afrique du Nord, qui disposent à la fois d’un fort potentiel solaire et d’infrastructures énergétiques relativement développées, pourraient jouer un rôle stratégique dans cette transformation.
Les analyses de l’International Renewable Energy Agency confirment également cette tendance. L’organisation souligne dans plusieurs rapports que le coût de production de l’électricité solaire a chuté de près de 90 % à l’échelle mondiale depuis 2010, faisant du photovoltaïque l’une des sources d’énergie les plus compétitives dans de nombreuses régions du monde, en particulier dans les zones fortement ensoleillées.
Pour l’Algérie, le développement du solaire ne se limite pas à une simple évolution technologique du système électrique. Il représente également une opportunité majeure de diversification économique et de développement industriel dans un contexte où le pays cherche à réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures.
Un potentiel économique et industriel considérable
Le déploiement des centrales photovoltaïques pourrait en effet favoriser l’émergence progressive d’une filière industrielle nationale autour des technologies énergétiques.
Cette dynamique pourrait concerner plusieurs secteurs d’activité, allant de l’ingénierie énergétique à la construction d’infrastructures, en passant par la fabrication d’équipements électriques et de structures de montage pour les panneaux solaires.
Plusieurs experts du secteur estiment que ces investissements pourraient générer un effet d’entraînement significatif sur l’économie nationale et contribuer à la création de milliers d’emplois dans les années à venir, notamment dans les régions sahariennes et les Hauts-Plateaux où se concentrent la majorité des projets solaires.
Le défi technique de l’intégration au réseau
Il y a lieu de noter par ailleurs que le développement rapide des capacités solaires pose néanmoins un certain nombre de défis techniques importants. Contrairement aux centrales thermiques traditionnelles, la production photovoltaïque dépend directement des conditions d’ensoleillement et présente donc un caractère intermittent qui peut compliquer la gestion de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité.
L’intégration de ces nouvelles capacités exige donc une adaptation progressive des infrastructures électriques, notamment à travers le renforcement du réseau de transport, l’amélioration des systèmes de gestion de l’électricité et le développement de solutions permettant d’assurer la stabilité du système électrique.
Sur ce terrain, l’Algérie dispose toutefois d’un avantage non négligeable. Le pays possède déjà un réseau électrique national interconnecté relativement robuste ainsi qu’une expertise technique importante dans l’exploitation d’infrastructures énergétiques de grande échelle, héritée de plusieurs décennies de développement du secteur des hydrocarbures.
Vers une nouvelle géographie énergétique
Les autorités algériennes privilégient ainsi une approche pragmatique de la transition énergétique, dans laquelle le gaz naturel continuera encore pendant plusieurs années à jouer un rôle central en tant qu’énergie d’équilibre permettant de stabiliser le système électrique.
Cette stratégie graduelle vise à garantir la sécurité de l’approvisionnement énergétique tout en introduisant progressivement les énergies renouvelables dans le mix national.
À plus long terme, le développement du solaire pourrait également redessiner la géographie énergétique du pays. Les régions du Sud et des Hauts-Plateaux, longtemps considérées comme périphériques dans l’économie nationale, disposent d’un potentiel solaire exceptionnel qui pourrait les transformer en pôles majeurs de production d’électricité à grande échelle.
Dans un contexte international marqué par la transition énergétique et la recomposition rapide des marchés de l’énergie, la valorisation du potentiel solaire saharien pourrait ainsi devenir l’un des axes structurants de la stratégie énergétique algérienne pour les décennies à venir, ouvrant la voie à une nouvelle étape dans l’histoire énergétique du pays.
L. K.
Vers le renouvelable et la modernisation
L’Algérie connaît actuellement un développement rapide de son secteur électrique, avec des indicateurs impressionnants. En effet, avec un taux de pénétration électrique de 99,8 % et une puissance installée de 26.017 MW en 2024, selon les dernières données publiées par les agences nationales, l’Algérie se place en pole position des pays africains.
Cette croissance reflète une stratégie énergétique ambitieuse qui combine modernisation des infrastructures, diversification vers les énergies renouvelables et électrification des zones rurales.
Diversification énergétique et transition vers le solaire
Actuellement, le mix énergétique algérien est largement dominé par le gaz naturel, représentant près de 99 % de la production électrique. Dans ce contexte, l’Algérie a lancé une politique de transition énergétique visant à réduire cette dépendance et à développer les capacités renouvelables, principalement solaires.
L’objectif national est d’installer entre 15.000 et 22.000 MW de production renouvelable d’ici 2030-2035. Le programme « Solar 1000 » illustre cette ambition, avec la construction de 2.000 MW de centrales solaires réparties dans 12 wilayas, en complément de projets déjà opérationnels dans des zones comme Naâma ou Saïda. Ces initiatives contribuent à diversifier le mix énergétique et à renforcer la sécurité énergétique du pays.
Électrification rurale et zones isolées
Une autre priorité du développement électrique algérien est l’électrification des zones rurales et agricoles. Depuis 2020, plus de 100.000 exploitations agricoles ont été raccordées au réseau national.
Dans les zones particulièrement isolées, l’alimentation est parfois assurée par des kits solaires autonomes, permettant un accès stable à l’électricité et favorisant le développement économique local.
Ces efforts permettent de combler les « zones d’ombre » du réseau, contribuant à un développement inclusif et à une meilleure qualité de vie pour les populations rurales.
Modernisation du réseau et interconnexion régionale
Face à une demande en forte croissance, estimée entre 15 et 20 % par an, l’Algérie investit massivement dans la modernisation de ses infrastructures électriques. Le déploiement de smart grids vise à améliorer la fiabilité et l’efficacité de la distribution, tout en intégrant de nouvelles sources d’énergie renouvelable dans le système.
En parallèle, le pays renforce son rôle dans le marché énergétique régional grâce au projet Medlink, destiné à interconnecter l’Algérie à l’Italie et à exporter jusqu’à 2 GW d’électricité vers l’Europe. Cette initiative positionne l’Algérie comme un acteur stratégique dans la sécurité énergétique de la région méditerranéenne.
Vers une stratégie énergétique durable
L’ensemble de ces programmes illustre une stratégie nationale cohérente qui consiste à réduire la dépendance au gaz, développer les énergies renouvelables, électrifier les zones isolées et moderniser le réseau pour répondre à une demande croissante. Ces initiatives devraient également permettre à l’Algérie de devenir exportateur d’électricité, contribuant à la fois à la transition énergétique mondiale et au développement économique national.
Nouvelle carte énergétique de l’Algérie : La géographie du solaire
Pour accompagner son ambition de 15.000 MW à l’horizon 2035, l’Algérie a lancé le projet stratégique des « 2.000 MW », réparti sur 15 centrales photovoltaïques. Cette cartographie, qui s’étend sur 12 wilayas, ne doit rien au hasard : elle répond à une logique de précision mêlant potentiel climatique, impératifs industriels et stabilité du réseau national.
L’analyse géographique des sites retenus par Sonelgaz révèle une exploitation rationnelle du territoire. En effet, le choix des emplacements s’est concentré sur des zones où l’irradiation solaire est maximale, variant entre 2.500 et 3.900 heures par an. Ainsi, en ciblant les Hauts-Plateaux et le Grand Sud, l’Algérie mobilise un foncier de plus de 4.250 hectares, sélectionné pour sa faible valeur agricole mais sa rentabilité énergétique exceptionnelle.
Dans les Hauts-Plateaux, des wilayas comme M’Sila, Biskra, Batna et Laghouat ont été désignées comme pôles prioritaires. Ces régions offrent un avantage stratégique majeur car elles bénéficient d’un ensoleillement massif tout en restant à proximité immédiate des grands centres de consommation du Nord. Cette configuration permet d’injecter l’énergie solaire dans le réseau avec un minimum de pertes techniques liées au transport.
Le Grand Sud, quant à lui, accueille les infrastructures les plus imposantes. Les wilayas de Ghardaïa, Ouargla, El Oued et Béchar deviennent les nouveaux bastions de la production verte. Un site emblématique illustre cette mutation. Il s’agit de la centrale de Tindouf (200 MWc).
Dotée de systèmes de stockage performants, elle est spécifiquement dimensionnée pour alimenter le méga-projet minier de Gara Djebilet, marquant ainsi la naissance d’une industrie lourde décarbonée en plein Sahara.
Une ingénierie de raccordement pour la stabilité du réseau
L’un des défis majeurs soulignés par les experts réside dans l’intégration de l’énergie intermittente au réseau national. Pour y répondre, Sonelgaz a implanté ses centrales à proximité immédiate des nœuds du Gestionnaire du Réseau de Transport de l’Électricité (GRTE).
Des sites comme Hassi Delaa à Laghouat ou Guerrara à Ghardaïa ont été choisis pour leur capacité à absorber et redistribuer instantanément cette puissance nouvelle sans déstabiliser la fréquence du réseau. Cette répartition sur 12 wilayas permet également une gestion décentralisée de l’énergie.
En multipliant les points d’injection, l’Algérie réduit sa vulnérabilité aux aléas climatiques locaux. Si une couverture nuageuse réduit la production dans l’Est, les centrales de l’Ouest ou du Sud-Ouest compensent l’apport, garantissant une fluidité de l’offre.
Enfin, l’émergence de nouvelles wilayas comme El M’Ghaier et Touggourt dans ce programme de 2.000 MW témoigne d’une volonté d’aménagement du territoire.
En transformant ces régions en pôles de production électrique, l’État crée de nouveaux écosystèmes industriels. Tout compte fait, ce maillage géographique rigoureux confirme que l’Algérie ne se contente pas de produire de l’énergie, elle redessine sa souveraineté économique à partir de son espace saharien.
L. K.





