Face à la flambée des prix des viandes rouges en Algérie, l’Institut technique des élevages (ITELV) vient de rendre public un travail inédit portant sur le coût réel de revient d’un kilo de viande rouge ovine. Menée au niveau de la ferme de Baba Ali, cette étude propose également un modèle technique d’engraissement intensif susceptible de réduire fortement les coûts de production et, par ricochet, de contribuer à la stabilisation des prix sur le marché national.
Synthèse Akrem R.
En effet, cette analyse technique menée a mis en lumière les écarts réels de coûts entre deux modèles d’engraissement des agneaux de race Ouled Djellal. Les résultats, issus d’un suivi rigoureux de 45 têtes extrapolés à un atelier de 100 agneaux, montrent qu’un système naisseur-engraisseur permet de diviser par deux le coût de revient du kilo de viande rouge ovine.
L’étude rappelle que la filière des viandes rouges, dominée par les élevages bovins et ovins, évolue dans un marché interne «libre et fortement rémunérateur», où la demande reste durablement élevée et l’offre peu élastique. Résultat : les prix atteignent des niveaux «excessivement élevés» pour la majorité des ménages.
Face à cette tension structurelle, l’ITELV a engagé une expérimentation d’engraissement intensif de 45 agneaux de race Ouled Djellal — extrapolée ensuite à un atelier type de 100 têtes — afin de déterminer le coût de production exact, comparer deux modèles d’élevage et proposer un schéma d’organisation de la filière.
L’étude compare deux systèmes, à savoir entre le modèle «Engraisseur» et «Naisseur–Engraisseur». Concernant le premier modèle, l’éleveur achète les agneaux âgés de 6–7 mois au prix moyen de 30 000 DA l’unité, dont les résultats ont démontré que ce système est coûteux et peu rentable.
Les résultats en témoignent : « Coût de production : 814 DA/kg vif et coût en carcasse chaude : 1 694,84 DA/kg, avec une marge éleveur estimée à environ 5 979 DA/tête, jugée insuffisante vu le coût d’achat des animaux ».
Dans le détail, les postes les plus lourds représentent plus de 95 % du coût total, c’est le matériel biologique (agneaux) et l’alimentation (maïs, tourteaux, foin d’avoine). S’agissant du modèle «Naisseur– Engraisseur», dans ce système, l’éleveur produit lui-même ses agneaux ; leur coût d’élevage est évalué à 5 974 DA/tête.
Les résultats sont comme suit : «Coût de production : 323 DA/kg vif ; coût en carcasse chaude : 673,37 DA/kg et marge éleveur : 2 376 DA/tête».
Le gain majeur provient de la réduction du coût du matériel biologique, qui passe de 3 000 000 DA (modèle engraisseur) à seulement 597 490 DA pour 100 têtes.
Écart entre les deux modèles : plus de 2,4 millions de dinars économisés
À l’échelle d’un atelier de 100 agneaux, le modèle naisseur–engraisseur permet 2 402 510 DA d’économie globale ; un coût réduit de 490 DA par kilo vif et une meilleure maîtrise du cycle de
production et des prix. Ces résultats démontrent que la dépendance des engraisseurs au marché spéculatif des agneaux constitue l’un des principaux facteurs de hausse des prix de la viande rouge.
À cet effet, l’ITELV propose un schéma d’organisation visant à éliminer les intermédiaires, fluidifier la commercialisation et rapprocher l’éleveur du consommateur.
Le circuit proposé relie directement : Producteur / Éleveur – Abattoir – Boucher – Ménages. Ce circuit court permettrait d’alléger les prix au détail et de mieux valoriser le travail des éleveurs.
Les recommandations de l’ITELV pour baisser durablement les prix
L’étude avance plusieurs mesures structurantes : généraliser l’engraissement intensif pour augmenter l’offre régulière de viande rouge ; utiliser des agneaux plus jeunes (moins de 6 mois – 30 kg
minimum) pour optimiser la croissance et la valorisation de l’aliment ; adopter une durée fixe d’engraissement de trois mois ; substituer le foin par la paille, moins coûteuse mais suffisante comme aliment de lest ; étaler les mises bas toute l’année afin d’éviter les ruptures d’approvisionnement ; et promouvoir le modèle naisseur–engraisseur, le plus compétitif économiquement.
L’étude de l’ITELV démontre clairement que le coût élevé du matériel biologique et la spéculation sur le marché des agneaux constituent les principales causes de l’envolée des prix de la viande ovine.
La généralisation du modèle naisseur–engraisseur, associée à une réorganisation en circuit court, apparaît comme une solution viable pour produire une viande rouge accessible et rentable, tout en soutenant la modernisation de la filière ovine nationale.
A. R.







