L’étape d’évolution que connaît actuellement l’économie algérienne, focalisée sur le développement des investissements locaux et la diversification des activités, est en train de faire apparaître les besoins cruciaux en matière d’innovation, de recours à la haute technicité et d’utilisation des nouvelles technologies. Ces besoins se manifestent aussi bien pour le volet de l’innovation et de l’amélioration de la qualité des produits que pour le bon usage des facteurs de compétitivité permettant de maîtriser les coûts et d’augmenter la rentabilité.
Par Amar Naït Messaoud
L’intégration optimale de la technicité, adaptée à chaque branche ou domaine d’activité économique, et l’adoption des nouvelles technologies dans le processus de production, commandent imparablement une nouvelle approche de la formation de la ressource humaine sous toutes ses déclinaisons (formation professionnelle, formation continue, université) et une implication plus structurée de l’Université dans le domaine de la recherche appliquée.
Cette dernière est sensée être axée sur les l’identification, conjointement avec le personnel d’encadrement, des problématiques et des enjeux au sein de l’appareil économique (entreprises de production, entreprises de réalisation, bureaux d’études, structures auxiliaires d’accompagnement) et de proposer des solutions innovantes et réalistes qui devraient être mises en œuvre par les personnels de ces structures, assistés, le cas échéant par les chercheurs universitaires.
L’Université algérienne, avec plus de 2 millions étudiants à la rentrée universitaire de 2025, dont près de 350.000 nouveaux, ne cesse d’alimenter des espoirs, à travers ce qui est attendu d’elle en matière de formation des élites et de connectivité optimale avec les besoins économiques du pays.
Avec la dimension qu’elle a prise dans la société, l’Université est censée contribuer de façon décisive à l’émergence d’une nouvelle économie.
À son tour, dans une relation dialectique connue depuis longtemps dans les pays industrialisés, l’économie- avec sa vitalité, son dynamisme et ses besoins incessants en matière d’innovation et de technicité- contribue aussi à donner corps à une université performante dont les activités de recherche sont axées sur la société et l’économie.
«Capter» l’élite technique du pays
Les observations et les «flèches» décochées à l’Université algérienne, relativisant son implication dans le champ économique national et pointant son niveau pédagogique, ont sans doute été exagérées. La preuve du contraire, s’il en était besoin, peut être vue à travers ces «fournées» d’étudiants (au milieu de la graduation ou en sortie d’université) qui font le bonheur de laboratoires, d’hôpitaux ou de boites d’informatique étrangers.
D’ailleurs l’un des défis majeurs de la nouvelle économie algérienne est de créer les conditions d’implication et de stabilisation de ces élites techniques tentées par l’aventure à l’étranger, dans des pays (Europe ou Amérique du Nord) sont aujourd’hui sous une terrible pression de crise économique et sociale.
Mais, la solution de la «captation» et de la stabilisation de l’élite technique algérienne passe par un effort commun, celui, d’une part, de la mère patrie, à travers l’amélioration du climat des affaires et d’investissement de façon à offrir des opportunités à tous les enfants du pays, et, d’autre part, celui des élites elles-mêmes, d’autant plus que, depuis au moins deux ans, les conditions d’installation et d’insertion dans les pays étrangers deviennent plus compliquées en raison d’un climat géostratégique mondial défavorable.
Au cours de ces dernières années, le nombre de diplômés qui sortent chaque année de l’Université tourne autour d’une moyenne de200 000 à 300 000.
Le nombre de bacheliers qui rejoignent chaque année l’Université est d’environ 350 000. La pression «démographique» est réelle à telle enceinte que les pôles universitaires ne cessent d’être crées y compris parfois dans des chefslieux de daïras. On parle d’un taux de redoublement en première année qui dépasse 50%.
Locomotive de l’économie émergente
Des responsables pédagogiques incriminent en premier lieu le médiocre niveau des bacheliers en matière de langues étrangères par lesquelles sont assurées un grand nombre de spécialités scientifiques et techniques.
L’Université ne peut que subir les faiblesses du système éducatif, et principalement de la dernière étape de ce système, à savoir le lycée. En tous cas, les remous qui avaient caractérisé ce palier au début des années 2000 (seuil des cours qui figurent à l’examen du Bac « imposé » par la pression des élèves, fraudes au baccalauréat et d’autres aléas), avaient accompagné directement les bacheliers vers leurs amphithéâtres et salles de travaux dirigés de l’Université.
À l’Université, les questions de tendance et de logistiques (bourses, résidences universitaires transport,..) avaient, pendant des années, focalisé l’attention des gestionnaires sans doute plus que les questions pédagogiques. Les responsables de l’administration universitaire et même les responsables centraux étaient englués complètement dans ces questions d’intendance.
Cela se passait au moment où l’État avait consenti des efforts considérables, peu fréquents en Afrique, dans la construction d’universités, de centres universitaires, de résidences universitaires, de bibliothèques, salles de conférences, auditoriums,…etc.
Les choses ont commencé à bouger au cours de ces cinq dernières années, lorsque l’économie algérienne a été appelée à faire un virage historique, en réduisant les importation et surtout en ouvrant le champ d’investissement aux activités les plus diversifiées hors de la sphère des hydrocarbures.
C’est à ce moment-là qu’un début de connexion commençait à s’établir entre le champ économique et l’Université à travers les startups et micro-entreprises fortement soutenues par les pouvoirs publics.
Des incubateurs d’entreprises se sont multipliés, de nouveaux horizons d’activités ont été explorés et beaucoup de résultats probants ont été engrangés. Cette dynamique, qui combine l’Université, l’esprit de recherche et l’ouverture sur le monde économique est appelée à se renforcer à chaque étape d’évolution de l’économie nationale.
Ce sont l’Université, la recherche, l’innovation, couplées aux décisions pertinentes des gestionnaires de l’économie nationale (sur le plan de la planification stratégique et du soutien à l’investissement productif) qui feront, demain, la locomotive de l’économie émergente telle qu’elle est vue et souhaitée par l’Algérie.
A. N. M.







