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Trésorerie bancaire et baisse de financement : Les banques algériennes face à la crise !

Par Eco Times
15 avril 2021
Dans Analyses
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Trésorerie bancaire et baisse de financement : Les banques algériennes face à la crise !

Depuis la crise financière provoquée par la chute des prix du pétrole, les banques algériennes se retrouvent face à une situation inconfortable, laquelle a davantage été amplifiée par la parution de la COVID-19, qui a provoqué une stagnation économique et financière constatable. En outre, cette crise pandémique a eu un impact néfaste en ce qui concerne les relations et les échanges internationaux. Les répercussions de la COVID-19 sur les économies non structurées, qui n’obéissent pas à certaines exigences socio-économiques et commerciales, ont été plus lourdes que pour les pays ayant une économie plus organisée. 

Par Saïd Si Amara

Economiste, cadre supérieur, banquier

La problématique posée se manifeste à travers le fait que les banques algériennes affichent quasiment une incapacité de financement des entreprises, et cela même à court terme. Je pense aux crédits d’exploitation ; cette forme de prestation qui renforce les caisses des entreprises et assure parallèlement une liquidité immédiate, comme mode de soutien financier simple et de courte durée, car l’encaissement des fonds prêtés augmentés des intérêts s’effectue dans un délai n’excédant pas 90 jours, du fait que cette prestation bancaire repose sur des titres de créances palpables, ainsi que sur les différents effets commerciaux.

En Algérie, les secteurs les plus impactés sont le BTPH, le transport et le tourisme. Malgré tout cela, la gouvernance du secteur bancaire n’a entrepris aucune politique consistant à mieux gérer cette situation inconfortable. Aussi, l’absence de mesures d’urgence allant au moins dans le sens de la sauvegarde de la trésorerie relative aux banques algériennes ainsi que leurs portefeuilles clients, particulièrement ceux impactés par des déséquilibres constatables mais plus ou moins récupérables. Cela est censé être le véritable rôle des banques, principalement en ce moment critique où l’objectif premier étant d’empêcher l’arrêt de la machine économique. Malheureusement, les établissements bancaires n’ont pas joué le rôle qu’on attendait d’eux, au lieu de cela ils ont déclenché des procédures rigides dans l’optique de récupérer leur argent, sans tenir compte du contexte économique dans lequel ils s’enlisent. Le plus grave est que les banques refusent catégoriquement certaines demandes, même celles qui concernent le rééchelonnement et/ou l’annulation partielle ou totale des agios et intérêts moratoires rattachés aux entreprises, cela sans tenir compte de leurs tailles et historiques. L’intégralité du portefeuille (grandes entreprises, petites et moyennes entreprises, microentreprises, particuliers) est traitée de manière identique par le biais d’un même mécanisme.

La plupart des banques, bannissent toute tentative de règlement à l’amiable, pour la simple et unique raison se traduisant par la garantie détenue sur le client telle que l’hypothèque. Quel que soit le statut du client ou sa nature juridique, les responsables chargés du recouvrement passent directement à la mise en jeu et la réalisation des garanties. En me basant sur ma propre expérience, je ne recommande absolument pas ce processus de recouvrement, si ce n’est qu’après l’épuisement de toutes les voies et tentatives de recouvrement à l’amiable, ainsi que la constatation de l’arrêt définitif ou la faillite de l’entreprise.

Comment faire pour financer nos investissements à court et moyen termes, sans avoir les ressources en liquidités pour les investissements à court terme ?

Cette situation risque de faire baisser la liquidité, laquelle générerait à court terme une rareté de financement et, par voie de conséquence, la cherté des prestations bancaires afin de compenser cet écart de rendement qui, à son tour, provoquerait parallèlement sans doute aucun la baisse des demandes relatives à l’investissement et la stagnation, voire même la baisse du stock valeur (bons de caisse, monnaie, garanties, placements bancaires etc.) au niveau des banques algériennes.

Aussi, et en sus de tout cela, il ne faut en aucun cas écarter les transactions électroniques réalisées et engagées entre les intervenants et les intermédiaires dans le circuit économico-bancaire. En effet, qui dit baisse du stock valeur au niveau des banques, dit baisse des transactions entre elles. Ce qui représente un niveau non négligeable en termes d’opérations inter et intra-bancaires, suite à l’utilisation des nouveaux moyens et outils technologiques.

Mon analyse, ainsi que mon point de vue afin de mieux faire, c’est de sauvegarder le tissu et le portefeuille bancaire, de comprendre que le recouvrement n’est pas strictement la récupération des fonds qui ont été mis à la disposition des entreprises de manière machinale, sans tenir compte des conséquences directes et indirectes, mais c’est aussi savoir préserver la pérennité des entreprises dans le but de prolonger leur participation à la vie économique.

Pour mieux comprendre le recouvrement non forcé, il me semble approprié de mettre en exergue les faits ci-dessous :

– Arrêter un plan de rééchelonnent avec une entreprise en difficulté renvoie au fait que l’entreprise en question continuera son activité, en assurant une certaine liquidité au niveau des caisses bancaires de manière progressive et régulière et sous le contrôle des banques, sachant qu’un amortissement partiel de la créance avoisinant les 15% jusqu’à 50% est exigé au préalable selon les négociations arrêtées entre les parties.

– Différer la vente aux enchères. Cette procédure lourde et coûteuse demande beaucoup de temps, dont il ne faut absolument pas écarter la difficulté de transformation des titres de créances, ou toutes autres garanties, ainsi que les charges financières relatives, lesquelles sont détenues par les banques sur leur clientèle afin de s’octroyer plus de liquidités.

– Eviter la constitution de provisions en fin d’exercice, car un seuil élevé de ces provisions provoquerait la diminution et la baisse du résultat de la banque, ce qui engendrerait une fragilisation de son bilan et l’apparition à moyen terme d’un déséquilibre entre les ressources et les emplois, si la fréquence de recouvrement est faible par rapport à la distribution des crédits.

– Prévoir une politique de grâce en termes d’agios et de pénalités de retard, au cas par cas, dont le calcul se fera en tenant compte de l’environnement économique de l’entreprise.

Est-il rationnel de faire payer une entreprise des pénalités de retard sur un remboursement à échéances, en ignorant la quasi-totalité des indices nationaux et internationaux et en faisant l’impasse sur l’état de stagnation,  relatif à ses environnements immédiats et macroéconomique ?

C’est pour cette raison que je considère le rééchelonnement d’un crédit bancaire comme étant une forme de recouvrement devant être soumise à de nouveaux accords et conditions entre les parties concernées, en vue d’octroyer une seconde chance aux entreprises. L’objectif étant double, d’une part, sauver leur cycle d’exploitation et, d’autre part, leur permettre de rembourser leurs dettes, lesquelles viendront augmenter le niveau des liquidités des banques.

Dans le cas contraire, et en dernier ressort, le recouvrement forcé peut être relancé par les banques, si ces dernières jugent que la situation de certaines entreprises, après le rééchelonnement de leurs dettes, n’a pas atteint l’objectif escompté.

S. S.-A.

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