Les centrales électriques alimentées au pétrole et au gaz continuent de dominer le paysage énergétique du monde arabe. Malgré l’accélération des stratégies de transition vers les renouvelables, ces infrastructures thermiques demeurent le pilier de la sécurité électrique régionale.
Par K. Boukhalfa
C’est ce qui ressort de la dernière analyse publiée par l’unité de recherche de la plateforme spécialisée «Attaqa» basée à Washington.
Selon cette analyse, les dix premiers pays arabes totalisent 336,6 gigawatts (GW) de capacité opérationnelle issue du pétrole et du gaz à fin janvier 2026. À cela s’ajoutent 136,66 GW de projets en développement, qu’ils soient annoncés, en phase de pré-construction ou déjà en chantier.
Un signal clair : la région continue de miser massivement sur les hydrocarbures, tout en développant progressivement les énergies renouvelables.
Ainsi, dans cette course aux mégawatts, l’Algérie occupe une position singulière : cinquième du classement régional, elle joue la carte du gaz domestique avec la sérénité d’un pays qui produit ce qu’il consomme.
Producteur majeur de gaz naturel et fournisseur clé de l’Europe, l’Algérie affiche une capacité opérationnelle de 26.326 MW, reposant quasi exclusivement sur le gaz domestique. Une configuration qui lui confère une sécurité d’approvisionnement enviable, à l’abri des tensions sur les intrants énergétiques qui fragilisent certains de ses voisins.
Le modèle national repose sur la valorisation domestique d’une ressource abondante et compétitive. Les centrales thermiques, pilotées par le groupe public Sonelgaz, constituent l’ossature du réseau électrique national et garantissent une couverture quasi totale du territoire, y compris lors des pics de consommation estivale.
Dans un contexte de demande intérieure en forte progression — portée par la croissance démographique, l’extension du parc immobilier et le développement industriel — ces infrastructures offrent une flexibilité que les renouvelables, encore en phase d’expansion, ne peuvent totalement assurer à court terme.
Ce socle gazier n’est pas figé pour autant. Quelque 4305 MW sont actuellement en développement, dont la majorité en phase de construction active.
En parallèle, Alger a engagé un virage stratégique vers le solaire, capitalisant sur l’immense potentiel d’ensoleillement du Sahara — l’une des zones à plus fort rayonnement solaire au monde — pour diversifier progressivement son mix énergétique et alléger la pression sur les centrales thermiques.
À moyen terme néanmoins, le gaz naturel restera la pierre angulaire du système électrique national, tant pour des raisons économiques que techniques.
Un voisinage arabe sous tension
À l’échelle régionale, le tableau est contrasté. L’Arabie saoudite domine sans partage avec 97.807 MW installés et 31.385 MW en développement, une expansion qui s’inscrit dans la Vision 2030 visant un mix électrique équilibré à parts égales entre gaz et renouvelables, avec l’abandon progressif des centrales au pétrole.
L’Égypte, deuxième avec 54.218 MW — portés notamment par les trois méga-centrales Siemens ayant injecté 14,4 GW dans le réseau national — fait face à des tensions sur l’approvisionnement en gaz qui la poussent vers les importations de GNL et freinent tout nouveau projet thermique (2375 MW seulement en développement).
L’Irak (44.525 MW) se distingue par le portefeuille de projets le plus ambitieux de la région avec 49.815 MW en développement, tandis que les Émirats arabes unis (44.097 MW) combinent gaz, nucléaire et renouvelables.
Complètent ce classement le Koweït (19.509 MW), la Libye (14.627 MW), Oman (13.625 MW, tourné vers le solaire et l’hydrogène vert), le Qatar (12.577 MW, adossé aux troisièmes réserves mondiales de gaz) et Bahreïn (9281 MW).
Ce volume illustre la centralité persistante du pétrole et du gaz dans la sécurité énergétique régionale. Pour l’Algérie comme pour ses voisins, l’enjeu consiste désormais à trouver un point d’équilibre entre valorisation des ressources fossiles — pilier budgétaire et industriel — et accélération de la transition énergétique.
Dans les prochaines décennies, l’Algérie disposera toujours d’atouts rarissimes pour réussir ce pari : des réserves gazières abondantes pour financer et sécuriser le passage, un gisement solaire saharien parmi les plus généreux de la planète, et une fenêtre stratégique encore ouverte pour bâtir une filière renouvelable compétitive.
K. B.







