Le secteur du tourisme dans la wilaya de Bouira continue à être animé et alimenté de façon quasi «hégémonique» par la station climatique de Tikjda. Dès que les premiers flocons de neige se fixent sur le sol, la station de Tikjda commence à enregistrer l’arrivée de visiteurs d’Alger, de Boumerdès, de Bouira, de Tizi Ouzou et même de villes plus éloignées.
Par Amar Nait Messaoud
Pendant les week‑ends, c’est une véritable ruée vers ce site du Parc national du Djurdjura (PND). Les foules de visiteurs, avec leurs voitures, ont du mal à être canalisées par les agents du Parc. Ces derniers sont souvent débordés.
Il arrive même que la concentration de voitures dans cette partie montagneuse soit à l’origine de graves blocages où des familles sont condamnées en fin de journée, sous des températures parfois négatives, à rester dans leurs véhicules attendant qu’il soit possible de faire demi‑tour.
Il y a quelques années, la sortie de ce «traquenard» de circulation n’a été possible qu’après une mobilisation massive, en pleine nuit, des services de sécurité avec la présence du wali.
Ces scènes relevant de la sécurité publique sont dues à la concentration de l’activité touristique presque exclusivement dans un seul site, celui de Tikjda, dans une wilaya qui possède pourtant d’énormes potentialités, mais demeurées en friche.
Cette même destination, Tikjda, peine à bénéficier d’un aménagement et d’une organisation qui puissent faire évoluer le tourisme de masse en écotourisme, selon les principes et les règles qui régissent ce dernier à l’échelle mondiale.
À plusieurs occasions, des réunions techniques au niveau de la wilaya réservées au domaine du tourisme, le constat de saturation de la station de Tikjda a été établi, de même qu’ont été émises des propositions de décongestionnement qui tardent à trouver le chemin de leur matérialisation sur le terrain.
L’image «mythique» de cette portion centrale du versant sud du Djurdjura commence, dans le schéma actuel de l’activité touristique, à montrer ses limites.
L’idée – émise à plusieurs reprises par des cadres, des techniciens ou de simples observateurs de la scène touristique – consistant à faire appel aux espaces voisins pour desserrer l’étau sur Tikjda, n’a pas encore «trouvé preneur».
Les espaces voisins, ce sont ces sites, ces forêts et ces villages du piémont ou du mi‑versant qui sont à même d’accueillir de petites infrastructures de séjour, des commerces d’artisanat et produits du terroir, des parcs de stationnement, réservant le déplacement vers Tikjda aux bus de transport en commun, ou même, pour des points plus rapprochés, au transport hippomobile (carrioles) proche de la nature.
En effet, le site de Tikjda se trouve, géométriquement, au sommet d’une pyramide qui a sa base dans la plaine de Semmach‑Mechedallah à l’est, et dans la plaine de Haizer‑Taghzout à l’ouest, sans oublier le plateau de Saharidj, ville au pied de Lalla Khedidja, qui peut servir de base logistique à une activité touristique de montagne qui va de Tizi n Kouila jusqu’à Tikjda.
En d’autres termes, il s’agit de découpler les structures logistiques (séjour et stationnement) de l’objet même de la visite, à savoir la matière première touristique (forêt de Tigounatine, Tighzert, le lac Goulmim, le plateau d’Assouel, la dorsale de l’Akouker, Taletat…).
Ces propositions ont été faites dans l’objectif d’assurer une meilleure fluidité des visiteurs à Tikjda, garantir une plus grande profitabilité de leur déplacement en montagne et prévenir les impacts négatifs sur la nature et le capital de biodiversité.
Les avantages « collatéraux » de ces éventuels aménagements seront naturellement issus de la valorisation des espaces voisins par des investissements en gîtes touristiques, en commerce de produits du terroir et de produits d’artisanat et en d’autres prestations de services liées spécifiquement à l’activité touristique.
Découpler la « matière première » du tourisme de la logistique
Vaste de presque 4500 kilomètres carrés, la wilaya de Bouira recèle d’autres sites touristiques de haute importance – à vocation naturelle, culturelle ou historique – qui ne demandent qu’à être reconnus, valorisés et classés.
Ces nouveaux espaces potentiels vont de la chaîne du Djurdjura, au nord, jusqu’au couloir de la steppe, au sud, en passant par les monts de l’Atlas blidéen (entre Lakhdaria et Tablat), le massif des Bibans et la dorsale du Titteri.
Sur la chaîne du Djurdjura, d’autres sites offrent de grandes possibilités d’exploitation, d’autant plus qu’ils connaissent des flux de visiteurs même dans l’état où ils sont actuellement, démunis de toute infrastructure (Tizi n Djaboub, Col de Tirourda, Aïn Zebda).
L’exubérante cédraie située entre le Col de Tirorda et Aïn Zebda, issue des reboisements des années 1970, attire des centaines de visiteurs, été comme hiver.
Au sud‑est du territoire de la wilaya, dans les entrailles du relief karstique des Bibans, la station thermale de Hammam Ksenna a toujours constitué un point de ralliement des amoureux du tourisme thermal et thérapeutique.
Ayant bénéficié d’un aménagement au début des années 2000, à travers l’investissement de l’entreprise Faraksen, le site constitue un point focal majeur de la destination touristique qu’il convient de renforcer par le transport et l’organisation des activités de commerce.
Plus au sud, c’est le mont Dirah, dominant la ville de Sour El Ghozlane de ses 1810 m d’altitude, qui constitue l’attraction de la région. Des jeunes et des familles se rendent en fin de semaine vers ces hauteurs. Des campings s’organisent en pleine nature.
En hiver, il est couvert d’un épais manteau de neige qui, au printemps, donne naissance à des dizaines de sources de résurgence à mi‑versant ou dans les villages du piémont, à l’image de Ouled Gacem et de Ouled Tadjine.
Un peu plus au nord, dans le massif du Titteri, la source appelée Fontaine du docteur (Aïn Tebib), attenante à la maison forestière du même nom, reçoit des dizaines de familles par jour à la recherche de l’air pur, du silence et de la nature sauvage.
À l’est du mont Dirah, le mausolée de Takfarinas offre une plus‑value culturelle et historique à la commune d’El Hakimia, elle qui abrite le tombeau d’un roi guerrier amazigh.
Exploiter l’atout des plans d’eau de barrages
À tous ces itinéraires touristiques traditionnels avérés, qui ne bénéficient pas, jusqu’ici, s’ajoutent les plans d’eau de barrages. En effet, outre l’ancien barrage hydraulique de l’Oued Lakhal, dans la région de Aïn Bessem, la wilaya de Bouira dispose, depuis 2008, de deux autres barrages de grande envergure. Il s’agit du barrage de Tilesdite, dans les communes de Bechloul et El Esnam, et du barrage de Koudiat Acerdoune, dans la commune de Maâla.
Le premier, d’une capacité de 170 millions de mètres cubes, voit son plan d’eau s’étaler sur un pourtour d’environ 37 kilomètres, une immensité bleue située au pied de la station climatique de Tikjda avec laquelle elle forme un ensemble naturel d’une fabuleuse harmonie avec la forêt et les sommets de Taouialt/Toumliline. Des visiteurs s’y rendent actuellement pendant tous les jours de la semaine.
Mais, en général, il s’agit plutôt d’un tourisme « sauvage », où des jeunes s’adonnent à la vente et à la consommation de boissons alcoolisées, dissuadant les familles de pouvoir se délecter des délices de la nature sous ces latitudes.
Le second plan d’eau est celui du deuxième plus grand barrage d’Algérie, à savoir Koudiat Acerdoune, d’une capacité de 640 millions de mètres cubes. Son plan d’eau, couvrant le cours moyen de l’Isser, va des hauteurs de Lakhdaria jusqu’à l’orée de Guerrouma, tout proche de Tablat. Il offre également d’énormes possibilités en matière touristique et d’activités nautiques.
Ce sont là des potentialités qui demeurent en friche malgré les projections du ministère de l’Hydraulique faites, la première fois, sur l’espace périmétral du lac du barrage de Beni Haroun, dans la commune de Grarem‑Gouga (wilaya de Mila).
Il y a lieu de rappeler que les quatre projets de zones d’expansion et sites touristiques (ZEST), formulés au cours des années 2010‑2012 par la direction du Tourisme de la wilaya de Bouira, grevés d’un problème de la nature juridique du terrain, ont été annulés après avoir bénéficié d’études préliminaires.
A.N.M.







