Chaque saison hivernale, le Sahara algérien s’impose comme l’une des destinations les plus prisées par les Algériens, mais également par de nombreux touristes étrangers. Parmi ces terres d’évasion, la wilaya de Timimoun occupe une place particulière. Dotée d’un potentiel touristique considérable, cette région saharienne peut contribuer de manière significative à l’économie nationale et à la création de richesses, notamment à travers l’artisanat, les sites touristiques, les ksour et les oasis. Cependant, malgré les avancées enregistrées ces dernières années, plusieurs défis restent à relever pour faire de Timimoun une wilaya touristique par excellence.
Par Sofiane Idiri
Connue sous plusieurs appellations, notamment le Gourara et l’Oasis rouge, en référence à sa situation géographique et à la couleur ocre de ses constructions traditionnelles, Timimoun séduit par son authenticité et son patrimoine exceptionnel. La ville connaît, ces dernières années, une hausse notable et continue du nombre de visiteurs.
Selon des chiffres communiqués par El Assab Yacine, enseignant en histoire, plus de 2 000 touristes étrangers ont été recensés en 2024, en plus de plus de 30 000 touristes nationaux, confirmant ainsi l’attractivité croissante de la région.
Face à cette dynamique, le développement du secteur touristique devient une nécessité. «Il est indispensable de renforcer plusieurs secteurs pour répondre à cette cadence», souligne El Assab Yacine, qui insiste sur l’importance de créer un centre de recherche spécialisé afin d’étudier de manière approfondie les besoins du tourisme local, ses contraintes et ses perspectives de développement.
L’hébergement, un enjeu central
Parmi les volets prioritaires figure celui de l’hébergement, élément clé pour permettre aux touristes de prolonger leur séjour. Dans cette optique, plusieurs projets sont en cours de réalisation.
À Ouled Saïd, un complexe touristique privé baptisé «Le Beau Rêve», avec une capacité d’accueil de plus de 320 lits. Le projet a récemment obtenu son autorisation de construction, il y a environ quinze jours, comme l’a confirmé le P/APC d’Ouled Saïd, M. El Hachmi Berrachid.
Par ailleurs, l’État a réservé, au niveau de Ksour Ighzar, une zone d’extension touristique d’une superficie de 30 000 hectares, destinée à l’investissement. «Cette superficie est aujourd’hui disponible sur la plateforme numérique dédiée à l’investissement», explique le maire d’Ouled Saïd, rappelant qu’«à un certain moment, cette option n’existait pas».
Mais l’hébergement ne suffit pas à lui seul. D’autres aspects doivent être pris en considération, à l’image des infrastructures routières, du transport, ainsi que de l’amélioration et de la valorisation des produits touristiques.
Timimoun compte en effet plus de 360 ksours, un patrimoine exceptionnel qui nécessite une approche globale et coordonnée. «Pour développer le tourisme, il faut adopter une approche multisectorielle», insiste le même responsable.
Bachir Kadiri, une vie dédiée au tourisme
Au cœur de cette dynamique, des figures locales incarnent l’âme du tourisme saharien. C’est le cas de Bachir Kadiri, guide emblématique de Timimoun, âgé de 63 ans. Son histoire avec le tourisme remonte à l’enfance.
«J’avais neuf ans lorsque j’ai accompagné pour la première fois un touriste italien. Il m’avait promis de m’envoyer un ballon depuis l’Italie», raconte-t-il avec émotion. Bien que l’adresse ait été oubliée, l’Italien n’a jamais oublié l’enfant. «Il m’a envoyé un collier avec ma photo, simplement à l’adresse “Timimoun”. L’agent postal m’a reconnu et le collier est arrivé entre mes mains», se souvient-il.
Depuis ce jour, Bachir Kadiri n’a jamais cessé d’aimer le tourisme. Il a même voyagé en Italie, avant de concrétiser son rêve en investissant dans le secteur. Il a ainsi construit un petit hôtel de 20 lits, baptisé «Agham Aqbou», soigneusement conçu et décoré.
Chaque chambre porte le nom d’un ksour ou d’un lieu emblématique de la wilaya, à l’image de Ksour Ighzar, avec une décoration unique qui reflète l’identité locale. Guide chevronné, il connaît parfaitement les moindres recoins de la région, y compris les zones les plus difficiles d’accès.
Le jumelage Akbou–Timimoun, un pont entre le Nord et le Sud
Au-delà du tourisme, Timimoun s’ouvre également sur des partenariats institutionnels porteurs. En janvier 2025, un accord de jumelage a été signé entre les communes de Timimoun et d’Akbou, à la suite d’une visite officielle d’une délégation d’Akbou conduite par son P/APC, M. Mouloud Salhi.
Cette visite intervient sept mois après la visite de deux délégations de Timimoun à Akbou, durant la saison estivale précédente. Cette fois, une délégation akboucienne de plus de 30 personnes a effectué un séjour huit jours à Timimoun, composée d’élus, d’acteurs culturels, de jeunes, de femmes et d’acteurs économiques. Ce séjour a coïncidé avec le festival “Ahalil”, événement culturel emblématique de la région.

Selon le vice-président de la commune de Timimoun, M. Bahadji Abderrahmane, ce partenariat vise un développement multidisciplinaire, englobant les domaines économique, culturel, associatif, et social.
«Le premier objectif de ce jumelage est de créer un pont Nord-Sud», explique Yanis Airouche, secrétaire général du comité des fêtes de la commune d’Akbou.
La solidarité constitue également un axe majeur de cette coopération. «L’objectif global est que chaque commune puisse s’entraider avec une autre dans plusieurs domaines», résume-t-il.
Immersion culturelle et découverte du patrimoine
Durant leur séjour, les membres de la délégation d’Akbou n’ont pas seulement assisté aux cérémonies officielles. Des échanges ont eu lieu entre élus et fonctionnaires des deux communes, chacun partageant son expérience.
La délégation a également découvert plusieurs sites emblématiques de Timimoun, notamment les ksour d’Ibahlal, d’Ighzar, de Tala et d’Agham Aqbou, ainsi que les foggaras, ces systèmes hydrauliques ancestraux toujours en activité.
Les visiteurs ont également exploré l’oasis de Tala, où ils ont déjeuné sous les palmiers avant une visite guidée de l’oasis et de son ksar. Sur place, des touristes étrangers étaient également présents, témoignant de l’attrait international de ces lieux.
Naïma Kadri, présidente de l’association Afzim, n’a pas caché son admiration : «Je suis émerveillée par la verdure, les détails, le fait de manger sous les palmiers. J’ai acheté quelques objets artisanaux et je compte en acheter d’autres», confie-t-elle.
Les jardins sont toujours irrigués par l’eau des foggaras, un système écologique impressionnant. «Ici, nous sommes en relation directe avec la nature. On comprend que l’être humain doit la respecter, et que chacun doit y contribuer», souligne Aziz Chardouh, vice-président de la commune d’Akbou chargé des affaires sociales.

Une coopération appelée à se renforcer
La visite a également concerné d’autres secteurs, notamment l’éducation, avec l’organisation d’une journée d’activités sportives au complexe sportif de Timimoun, au profit des enfants de la commune.
Cette dynamique de coopération est appelée à se poursuivre à travers plusieurs actions concrètes. «L’association Soummam d’aide aux malades nécessiteux se rendra prochainement à Timimoun», annonce Yanis Airouche, exprimant le souhait de renforcer ces échanges, notamment à travers des projets thématiques.
Entre richesse patrimoniale, potentiel touristique et partenariats institutionnels, Timimoun confirme ainsi son rôle de destination saharienne stratégique, tout en traçant progressivement la voie vers un développement touristique durable et structuré.
S. I.







